IMP0IS©SÎNEMENT PAIS. I*ES GAZ
Certains gaz irritants déterminent l'asphyxie non seulement en raison de l'action qu'ils peuvent exercer sur le sys-
(1) Annales cl' Hygiène et de Médecine légale, t. xxvn , p. 287.
(2) Ibid.,t. i, p. 404.
tème nerveux et sur le sang, mais encore par la vive inflammation qu'ils produisent clans les organes delà respiration. Parmi ces gaz délétères nous citerons :
Gaz ammoniac, — Incolore ; odeur forte et piquante , verdit le sirop de violette ; le mélange du gaz acide chlorhydrique le fait apparaître immédiatement sous forme de vapeurs blanches et épaisses. — Le gaz ammoniac agit sur la membrane muqueuse pituitaire et sur les conjonctives; il occasionne les ophthalmies communes aux vidangeurs, et que l'on connaît sous le nom de mite.
Le vinaigre (acide acétique étendu) est l'antidote le plus efficace; on le fait respirer par petites quantités, jusqu'au retour régulier des inspirations et des expirations.
Émanations des fosses d'aisances. — Elles sont formées de gaz ammoniac , de sulfhydrate d'ammoniaque , quelquefois aussi de gaz azoté. Le plus souvent ces gaz sont mêlés à beaucoup d'air atmosphérique et tiennent en dissolution de la matière animale en putréfaction.
Pour éviter les accidents résultant de la présence des gaz contenus dans l'atmosphère d'une fosse , on y descend des lampes allumées , et si elles s'éteignent , on introduit des réchauds remplis de charbons bien allumés , que l'on renouvelle au fur et à mesure que le combustible s'éteint , jusqu'à ce qu'il brûle dans la fosse , comme s'il se trouvait exposé à l'air libre.
Pour brûler complètement le gaz , il faut descendre dans la fosse un tuyau qui communique avec le cendrier d'un fourneau produisant un fort appel.
Les émanations ammoniacales sont reconnaissables à leur odeur vive , à l'irritation qu'elles causent aux narines et à la conjonctive, aux vapeurs blanches qu'elles donnent quand on y plonge une baguette de verre mouillée d'acide chlorhydrique ; les émanations de sulfhydrate d'ammoniaque ont une odeur infecte , analogue à celle des œufs pourris ; elles noircissent un papier imprégné d'acétate de plomb.
EMANATIONS DES FOSSES D' AISANCES. /l99
Symptômes. Les vapeurs ammoniacales ont , comme nous venons de le dire , une action irritante sur les membranes muqueuse , oculaire , nasale et bronchique , et pourraient déterminer l'asphyxie ; cependant elles sont infiniment moins dangereuses que celles du sulfhydrate , parce que rarement l'individu qui les respire perd immédiatement connaissance. Au contraire , les vapeurs de suifhydrate d'ammoniaque tuent quelquefois instantanément. Lorsqu'elles agissent avec moins d'intensité , l'individu éprouve comme un poids très fort qui lui comprime l'épi— gastre et lui serre la tête : de là le nom de plomb qui a été donné à cette asphyxie par les vidangeurs. Il y a bientôt perte de connaissance , privation de sensibilité et de motilité ; une écume roussâtre s'échappe de ia bouche , le corps est froid, la face livide , les yeux ternes , les pupilles dilatées et immobiles , le pouls presque imperceptible et très irrégulier. Bientôt surviennent des mouvements convulsifs et des nausées ; le corps se renverse en arrière , et la mort arrive bientôt.
Lorsque l'air de la fosse est vicié seulement par le gaz azote et l'acide carbonique , l'asphyxie est plus lente et accompagnée d'un état d'accablement.
Les lésions observées sont analogues à celles que produit l'acide sulfhydrique.
Le chlore liquide ou le chlorure de soude peuvent être employés avec avantage dans un cas d'asphyxie de ce genre (1).
Émanations des égouts. — Elles sont formées d'azote, d'acide carbonique , d'acide sulfhydrique. C'est surtout ce dernier gaz qui cause de graves accidents : les symptômes et les lésions sont analogues à ceux que peut produire ce gaz lui-même. Outre ces accidents, il y a quel-
(1) Devergie, Médecine légale , t. m, p. 165.
quefois un délire furieux , un tremblement général , un véritable état de folie (1).
Le chlore est un gaz jaune-verdâtre , d'une odeur particulière qui le distingue de tous les autres. Il décolore la teinture de tournesol. Ce gaz pur détermine l'asphyxie; mêlé à l'air il occasionne de la toux et de réternument. On l'a employé en fumigations pour arrêter les progrès de la phthisie pulmonaire. On a cru remarquer que son action prolongée produisait l'amaigrissement (2).
Le gaz acide azoteux est sous forme de vapeurs rutilantes; son odeur est piquante, nauséabonde; ce gaz est très délétère , et il a occasionné la mort dans les cas où il s'était dégagé lors de la rupture des vases renfermant de l'acide azotique (3).
Gaz acide sulfureux. — Incolore , odeur caractéristique de soufre qui brûle , soluble dans l'eau et dans les solutions alcalines dont l'acide sulfurique le dégage à l'état gazeux. Ce gaz est très irritant ; on combat son action par l'ammoniaque étendue.
M. Orfila, dans la nouvelle édition de sa Toxicologie (18^3) a réuni dans un même chapitre (U) l'étude de plusieurs gaz , dont le mode d'action diffère de ceux que nous venons d'examiner, et qui ressemble sous plusieurs rapports à celui de quelques poisons narcotico-âcres. Nous profilons de l'obligeance extrême de M. Orfila , qui nous a communiqué les recherches nouvelles qu'il va publier.
Gaz protoxide d'azote. — Ce gaz est invisible , incolore ; il a une saveur douceâtre , il est soluble dans l'eau.
(1) Annales d'hygiène et de Méd. lég,, t. n, p. 49.
(2) Chistison, Treaiise on poisons, p. 697, 2e édit. — Bourgeois, Transacl. méd., t. Il, p. 156.
(3) Dir.t. des Sciences médicales , t. il , p. 388. — Bulletin de la Soc. méd. d' Emulât., octobre 1823.
(4) Orfila, Toxicologie, t. ri, p. 545, 4e éclit., 1843.