‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 17 sur 127 · DE LA MOU T · texte numérisé non relu

DE LA MOU T

ses parties déclives varie, on le comprend aisément, et présente toutes les nuances possibles; la coïncidence d'une congestion cérébrale contribue nécessairement à diminuer leur intensité.

La mort subite par congestion cérébrale présente comme caractères anatomiques les plus ordinaires , l'accumulation du sang dans les méninges , ou l'injection sablée de la substance cérébrale.

Dans la mort subite par syncope , le cerveau et ses membranes , les .poumons n'offrent rien de particulier. Les cavités du cœur sont remplies de sang d'une manière égale; mais ce liquide, qui est très fluide dans tous les cas de mort rapide , a été observé trois fois par M. Devergie , dans un état de coagulation analogue à celui qui se produit chez les individus qui succombent à une mort lente, la sérosité sanguinolente séparée d'un caillot fibrineux.

Ce signe particulier n'a pas encore été noté assez souvent pour qu'il ait quelque valeur , mais il mérite d'être recherché.

Chez l'homme malade , les morts subites dépendent d'un grand nombre de causes , dont nous énumérerons quelques unes en citant les auteurs qui en ont fait le sujet de leurs recherches.

M. le docteur Lebert a réuni (1) un grand nombre de faits , parmi lesquels il a distingué les morts subites d'après leur cause et leur siège dans les poumons , il les divise en :

1° Congestion avec exhalation sanguine à la surface interne des ramifications bronchiques sans engouement notable des poumons (hémoptysie) ;

2° Engorgement sanguin des poumons sans splénisation , et congestion avec splénisalion. Ce dernier état est l'analogue de celui que nous avons ci-dessus décrit;

3° Apoplexie pulmonaire ou congestion sanguine brus

(1) Archives de Médecine, t. i, p. 389, 3e série.

que, avec déchirure ou infiltration dans le tissu de l'organe ;

k° Congestion inflammatoire des poumons. Les vieillards sont très sujets à ce genre de mort , après lequel on trouve le tissu pulmonaire en suppuration sans qu'il y ait eu de signes de pneumonie (1) ;

5° OEdème ou congestion séreuse des poumons : se développe à la fin des maladies éruptives ;

6° Emphysème spontané des poumons. MM. Ollivier (d'Angers) (2), Piedagnel, Andral, et récemment M. Prus, en ont rapporté des exemples.

7° Les affections nerveuses des poumons ont donné lieu aussi à des cas de mort subite.

À ces causes nombreuses de mort subite, il faut joindre les ruptures spontanées du cœur, celles des gros vaisseaux, dont M. Ollivier (d'Angers) (3) a rapporté quaranteneuf observations, et ces cas rares de méningite , de déchirures de la moelle , etc.

Le développement d'une quantité plus ou moins grande de gaz dans le cœur et dans les organes de la circulation , sans qu'il existât aucun signe de décomposition putride, est considéré par M. Ollivier comme cause de mort :

1° Quand , chez l'individu qui a succombé tout-à-coup , inopinément , un état de syncope avec décoloration de la face , ou un tremblement convulsif général de quelques secondes de durée , précède , ou pour mieux dire , accompagne cette brusque cessation de la vie. Quelques paroles exprimant une douleur violente ont été proférées quelquefois au moment de la mort ;

(1) Hourmann et Dechambre, Archives de Méd., t. xn, 2e série,

(2) Ollivier (d'Angers), Avch. de Méd. , mars 1833. — Prus, Ballet, de VAcad. de Méd., mars 1843.

(3) Ollivier (d'Angers), Dict. de Méd., t. vin, 2e édition, art. Coeur. — Gaz dans le cœur, Arch. de Mèd.y t. i, 3e série.

ni; LA MORT, 107

2° Lorsqu'on trouve alors les cavités droites du cœur

distendues par un gaz , ou du sang écumeux et rouge , de telle sorte que la percussion des parois de l'oreillette et du ventricule donne une résonnance analogue à celle qu'on perçoit en frappant sur l'estomac , ou sur tout autre organe creux gonllé par l'air. Le mélange du fluide aériforme avec le sang est une présomption de plus pour faire admettre que ce phénomène a eu lieu pendant la vie (ainsi qu'on le voit dans les expériences sur les animaux vivants); toutefois, l'oreillette et le ventricule droit ne contiendraient qu'un fluide gazeux sans présence de sang écumeux , que cette particularité ne suffirait pas pour faire considérer le phénomène dont il s'agit comme un effet cadavérique ; car , dans plusieurs cas où la mort a été causée chez l'homme par la pénétration accidentelle de l'air dans les veines , on a trouvé le cœur droit vide de sang, et ses cavités distendues par l'air sans mélange de ce liquide ;

3° Enfin , quand il n'existe ncore aucun commencement de putréfaction au moment de l'ouverture du cadavre, lorsqu'il n'y a aucun signe de décomposition putride qui puisse être la source du gaz qu'on retrouve accumulé dans les cavités droites du cœur.

Quelle que soit la cause qui donne lieu au dégagement d'un fluide gazeux dans le sang pendant la vie, et que;!;1 que soit la nature du gaz, il n'est pas douteux , d'après la rapidité de la mort, qu'il tue de la même manière que l'air qui pénètre accidentellement par l'ouverture d'un tronc veineux voisin du cœur. Ii*cst à noter que cette promptitude de la mort est encore accélérée par l'état plus prononcé de faiblesse dans lequel se trouve la personne.

Page 1