VI PRÉFACE
certaines collections encyclopédiques, qui sont une source précieuse pour ceux qui savent y puiser ; mais il en a aussi les défauts , la longueur et l'obscurité. On peut reprocher en outre à M. Devergie la forme vicieuse et le mode de rédaction qu'il a adoptés.
Dans l'intention , sans doute , d'être complet , ce médecin a extrait et reproduit plus ou moins textuellement de tous les ouvrages spéciaux tous les documents qui lui ont paru utiles ; mais il n'en fait pas toujours connaître l'origine , de sorte que l'opinion personnelle des auteurs se confondant avec celle de M. Devergie , le lecteur ne peut souvent discerner à qui appartient celle qui paraît prévaloir.
L'obscurité de certaines parties dépend aussi de l'accumulation des rapports qui ont été consignés comme des modèles à suivre. Or, on sait combien les faits en médecine légale sont loin d'être identiques , et quelle est l'importance des détails les plus minutieux sur les conclusions à en tirer; c'est donc à l'expérience du médecin qu'il appartient de faire à l'espèce qui lui est soumise une juste application des principes généraux de la science , et la citation répétée de ces modèles entraîne à l'hésitation les personnes qui ont besoin d'être guidées dans les recherches médico-légales.
D'un autre côté , on sait aussi quelles modifications et quels perfectionnements ont subis dans ces derniers temps les procédés de recherche et d'analyse chimique actuellement employés ; il en résulte que l'auteur présente dans les rapports qu'il donne comme modèles des procédés d'analyse dont l'expérience a démontré aujourd'hui l'insuffisance ou l'inexactitude , et qui sont remplacés par des méthodes plus simples et plus sûres.
Le Manuel complet de médecine légale, publié sous le nom du docteur Briand, est un résumé assez habilement fait des principaux ouvrages spéciaux publiés il y a quelques années; mais outre que ce manuel n'est plus au courant de la science , il n'est qu'une compilation , et il manque d'unité dans sa rédaction. Comme les opinions des auteurs de législation sont cités avec de grands détails , lorsque l'importance des questions m'a paru le mériter, j'ai extrait quelques uns des commentaires rapportés dans cet ouvrage.
PKKFACK. VII
Mon but , en écrivant un Manuel pratique de médecine légale, a été" de présenter au lecteur l'ensemble des règles à suivre dans Vélude pratique des questions multipliées , si délicates et si diverses qui composent cette science.
Afin d'éviter les défauts que j'ai signalés dans les ouvrages de MM. Devergie et Briand, et tout en m'efibrçant de ne rien omettre, une concision très grande dans la rédaction m'était indispensable : aussi , en citant les opinions des auteurs spéciaux , ai-je eu le soin de ne pas les altérer par des extraits incomplets ou incorrects, mais de noter avec une scrupuleuse exactitude les indications bibliographiques.
Le lecteur peut alors recourir aux sources, et approfondir chacune des questions dont l'étude particulière exige de si nombreuses recherches.
Le médecin, l'avocat, le juré qui veut s'initier à la connaissance des applications médico-légales , ou qui a occasion de les mettre en pratique , a besoin d'être guidé dans le mode d'exécution ou dans l'appréciation des faits pour lesquels il est appelé à donner son jugement ; ce ne sont donc pas des discussions lourdes et confuses qui pourront l'éclairer, mais des règles générales , simples et précises.
Mais, objectera-t-on , en médecine légale les faits sont tellement variés qu'il n'y a pas de règles possibles.
Cette assertion ne me paraît pas juste: en médecine légale, comme en pathologie , interne ou externe , comme en accouchements , etc. , un grand nombre de faits apparaissent fréquemment dans un tel état de simplicité , que l'appréciation en est en quelque sorte tracée à l'avance ; des préceptes généraux peuvent donc être formulés et suivis sans difficultés. Lorsqu'au contraire les faits sont compliqués, obscurs, il ne suffit pas d'avoir sous les yeux des observations présentées comme modèles à suivre , car les circonstances ne sont pas tellement identiques ou analogues , que l'on puisse appliquer à ces faits des conclusions toutes imprimées à l'avance. Il est évident que , dans ces cas , une longue pratique des expertises médicolégales, de l'expérience et de la sagacité, sont nécessaires au médecin pour lui permettre de distinguer ce que les faits présentent d'obscur ou de contradictoire.
Je me suis attaché dans ce manuel à traiter avec détails