DE LA RESPIRATION DE L'ENFANT
mère et du fœtus éprouvent aussi des modifications importantes , le foie perd de son volume et de son poids. Il y a oblitération rapide des artères et de la veine ombilicale , du canal veineux , du canal artériel et du trou de Botal. Lorsque nous chercherons à déterminer combien de temps l'enfanta vécu, nous verrons apparaître avec la respiration, quelques phénomènes particuliers de la vie nouvelle ; le méconiuni est évacué de l'intestin. Le cordon ombilical se flétrit , se dessèche et tombe , 1'épiderme s'exfolie et se renouvelle.
Examen des poumons.
Volume. — Les poumons remplissent la cavité de la poitrine chez les enfants qui n'ont pas respiré. Billard a même observé des cas où les côtes étaient imprimées à leur surface. Lorsque la respiration a été complète , la dilatation des poumons augmente l'élargissement de la poitrine, qu'ils continuent à remplir entièrement, et le péricarde peut être alors presque entièrement recouvert par eux ; cependant ce signe n'est pas absolu.
Couleur. — Nous avons déjà dit que chez l'enfant qui n'a pas respiré , la couleur du poumon est brun-violacé, analogue à celle du foie d'un adulte; les nuances peuvent varier selon l'âge du fœtus et les maladies dont il est atteint. Les médecins-légistes s'accordent à considérer le tissu pulmonaire à cette époque comme étant composé d'un grand nombre de lobules à tissu rouge analogue au tissu du foie d'un adulte , compactes , sans aréoles visibles , lâchement unis par des lames celluleuses d'autant plus intimement unies que le terme de neuf mois approche ; leur réunion constitue les lobes des poumons.
Dès que la respiration est effectuée , et que l'air a pénétré dans les lobules pulmonaires , la coloration brune disparaît , et , à leur surface , dit M. Devergie (î) , se dessi- (î) Trailè de Méd. légale, 1840, t. î, p. 589.
nent les cellules pulmonaires , qui sont blanches. Dans l'épaisseur des parois de ces cellules se distribue un grand nombre de vaisseaux capillaires injectés de sang , ce qui donne aux poumons qui ont respiré une couleur rosée , ou bien encore une marbrure capillaire rose à fond blanc. Lorsque la respiration a été incomplète , on peut distinguer à côté d'un lobule distendu par l'air et rosé un lobule charnu et brunâtre.
Si on insuffle de l'air dans un poumon qui n'a pas respiré, la distension des lobules s'effectue ; mais le sang n'y ayant pas pénétré , l'injection colorée n'a pas lieu , et la nuance du poumon est blanche.
Dans les poumons pénétrés par l'air, soit naturellement, soit artificiellement , une consistance molle et spongieuse remplace la consistance charnue qui existait auparavant.
Poids. — Par le fait de la respiration , l'afflux du sang dans les poumons en augmente le poids absolu. Ploucquet (1) avait cru reconnaître un rapport à peu près constant entre le poids total de l'enfant et celui des poumons , selon que la respiration avait ou n'avait pas eu lieu , et il pensait que dans le premier cas le poids des poumons était dans le rapport de 2 à 70 ou de i à 35 , tandis qu'avant la respiration leur poids était de 1 à 70 , et qu'ainsi la respiration doublait le poids des poumons. Mahon (2) , Fodéré (3) , Marc (4), accordaient une assez grande valeur à ce mode d'examen. Mais d'autres expérimentateurs, Chaussier en France, Schmidt en Allemagne , ont recueilli plus de cinq cents observations desquelles on peut conclure que , chez les enfants qui ont respiré, le poids des poumons est le 39e ou le U2e de celui du corps, et que chez ceux qui n'ont pas respiré, ce poids est le U9e ou le 52e de celui du corps.
(1) Commentaria med. in processus criminal.
(2) Mèd. légale, t. u, p. 452.
(3) Mèd. légale, t. iv, p. 461.
4) Manuel d'autopsie cadavérique, p. lll et 151.
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M. Devergie a voulu tirer des travaux de Chaussier de nouvelles conséquences; mais il n'a établi qu'une classification différente des faits observés ; et contrairement aux conclusions de Chaussier , il en a déduit l'opinion pure et simple de Ploucquet.
M. Orfila avait cherché à comparer le poids des poumons à celui du cœur, et il en avait conclu que ce rapport étant souvent le même chez les enfants qui ont respiré et chez ceux qui n'ont pas respiré , il ne pouvait pas fournir de renseignement utile dans les expertises.
M. Devergie est arrivé , dit-il, par ses méditations sur ces expériences à une induction tout-à-fait opposée de M. Orfila. Nous avouons ne pas comprendre sur quels motifs est fondée cette opinion contradictoire.
Docimasie pulmonaire hydrostatique.
Ce moyen d'essai ou d'épreuve ( Soxzixo^uv , essayer, éprouver) a été indiqué par Galien (1) pour reconnaître si un enfant a respiré , mais il n'a été employé médicoîégaiement qu'en 1682 par Schréger. Il consiste à plonger dans l'eau les poumons , qui surnagent en raison de leur légèreté plus grande , s'ils ont été pénétrés par l'air, tandis qu'ils se précipitent au fond du liquide , si le tissu pulmonaire a conservé sa densité.
Cette opération est d'une grande importance dans les recherches médico-légales sur l'infanticide , et elle ne doit jamais être omise.
Le procédé d'examen devenu classique est ainsi décrit par tous les auteurs :
On détache la trachée-artère au-dessous du larynx, et le thorax étant ouvert , on enlève de la cavité de la poitrine les poumons, le cœur et le thymus réunis. On place cette masse d'organes dans un vase contenant au moins
(1) Opéra omnia de usa partium , lib. 16.
ZiO centimètres en hauteur d'eau de rivière ou d'eau potable , à la température de + 15 à + 20°.
On constate si la masse surnage , si elle reste suspendue au-dessous de la surface du liquide , ou si elle tombe au fond du vase ; on tient compte aussi de la promptitude ou de la lenteur de sa précipitation.
Ensuite on sépare les poumons du cœur, et on les met dans l'eau , ensemble , puis séparément. — On coupe chaque lobe en fragments du volume d'une amande ; on les comprime entre les doigts et sous l'eau , de manière à en exprimer l'air ou les gaz qu'ils renferment. Si l'air a pénétré dans les vésicules pulmonaires, il s'échappe sous la forme de mousse à bulles fines. Lorsqu'il y a emphysème, les bulles sont larges et peu nombreuses.
Il résulte de ce qui précède que l'on peut constater des différences dans le mode de surnatation ou dans le degré d'immersion de la masse entière ou des poumons détachés. Ces différences peuvent dépendre , soit de l'état de putréfaction et d'emphysème du cœur, des thymus , soit de la pénétration incomplète des gaz dans une portion des tissus pulmonaires : aussi a-t-on fait plusieurs objections à cette méthode d'examen hydrostatique.
Première objection. — Des poumons peuvent surnager quoiqu'ils appartiennent à un enfant mort sans avoir respiré.
Ce phénomène a lieu , il est vrai ; mais il ne résulte que delà putréfaction , ou de V emphysème morbide, ou enfin d'une insufflation.
M. Orfila a répété les expériences de Fabricius , de Mayer et de Camper sur la putréfaction (1) ; il en résulte que les poumons isolés du corps de l'enfant , et exposés à l'air, peuvent devenir emphysémateux par la putréfaction ; mais que cette putréfaction gazeuse des poumons ne s'opère
(t) Trailê de M éd. lég., 1836 , t. il, p. 177.
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que longlcmps après celle des autres organes de l'économie ;
Que dans les cas où un fœtus à terme , et qui n'a pas respiré , a séjourné pendant longtemps dans l'eau, les poumons séparés du corps peuvent , dans certaines circonstances , quitter le fond de l'eau , où ils sont restés pendant plusieurs jours , pour venir à la surface et retomber ensuite , ce qui dépend des diverses phases de la désorganisation ;
Que si le cadavre du fœtus mort-né s'est pourri dans l'eau , les poumons ne surnagent pas tant que les parois de la poitrine n'ont pas été détruites par la macération , à moins toutefois que ce cadavre , avant d'être ouvert , n'ait été exposé à l'air pendant quelques heures , surtout par un temps chaud , car alors les poumons peuvent être emphysémateux et surnager.
V emphysème morbide peut rendre certaines portions des poumons assez légères pour les faire surnager. Chaussier a observé ce phénomène chez des fœtus mort-nés qui ne présentaient pas de putréfaction , mais qui étaient morts pendant le travail de l'accouchement. Il attribuait cet emphysème à la contusion des poumons et à l'effusion de sang , dont l'altération avait dégagé des gaz.
On distingue cet emphysème , ainsi que celui qui provient de la putréfaction , de l'air de la respiration , parce que , dans ce dernier cas , l'air occupe les cellules pulmonaires , et ne peut en être facilement exprimé, tandis que, dans les premiers cas , les gaz sont placés dans le tissu lamineux qui sépare les cellules , et qui se dégagent par la pression la plus légère. • — L'examen sous l'eau est encore un moyen disîinctif.
V insufflation détermine dans les poumons la même légèreté spécifique et la plupart des caractères de la pénétration de l'air par la respiration : aussi les résultats des épreuves hydrostatiques ne doivent-ils pas être pris en con-
sidération , s'il est démontré par les témoignages que l'insufflation a été pratiquée. Mais si on a égard à la coloration du tissu pulmonaire , on reconnaît que quand l'enfant n'a pas respiré, il n'y a pas d'injection capillaire rosée, que la surface est blanche pâle , malgré la présence du fluide gazeux. Nous avons dit (page 234) que la respiration produisait une coloration toute différente.
Deuxième objection. — Les poumons peuvent surnager, au moins partiellement , si l'enfanta respiré pendant V accouchement , et s'il a péri aussitôt.
L'enfant ne peut pas respirer avant la rupture des membranes.
Ce n'est donc qu'après leur rupture et l'écoulement des eaux que l'enfant pourrait respirer. On a désigné sous le nom de vagissement utérin les cris qui ont été poussés , l'enfant étant ainsi placé.
Les opinions des médecins sur ce phénomène sont encore fort divergentes , on s'en est beaucoup occupé depuis l'année 1823; mais les faits authentiques et bien observés sont en très petit nombre. Hufeland (1) a cité un fait de vagissement utérin entendu par le docteur Zitterland. — En 1834, le docteur Henri a cru en observer un semblable. M. J. R. Marinus de Bruxelles a étudié le vagissement utérin sous le rapport médico-légal : 1° si l'enfant est dans la cavité utérine , les membranes rompues ou non ; 2° si la tête a franchi l'orifice utérin , qu'elle ait ou non dépassé le conduit vaginal.
M. le docteur Gaffe a fait à la Société médicale d'émulation (2), sur le mémoire de J. R. Marinus , un rapport qu'il termine par les conclusions suivantes :
1° Il est possible d'entendre le vagissement utérin , lorsque les membranes de l'œuf étant rompues et le col de l'u-
(1) JYouv. biblioth. méd., juin, 1823.
(?) Journ. des connaissances méd. , p. 15. Octobre 1841.