‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 59 sur 127 · DURÉE DE LA VIE DE L'ENFANT · texte numérisé non relu

DURÉE DE LA VIE DE L'ENFANT

Nous ne partageons pas l'opinion que ce médecin a émise d'une manière si absolue (1) , en disant que l'homicide volontaire cVun enfant naissant est un infanticide. En s'exprimant ainsi, M. Devergie juge la question de volonté et de criminalité en juré et non pas en médecin-légiste ; car le médecin-légiste n'est appelé qu'à constater les traces matérielles de violence ou de mort violente; et en l'absence de ces indices, si l'enfant n'a pas respiré ou que du moins l'expert n'en acquière pas la certitude par les expériences directes de docimasie , il doit considérer l'enfant comme n'étant pas né , comme n'ayant pas vécu de la vie extrautérine.

On a objecté que l'enfant pouvait vivre pendant un certain nombre d'heures de la vie circulatoire , sans respirer. Certes , nous admettons la possibilité de ces cas ; mais il est évident que l'enfant n'existe encore que de la vie fœtale , et que, pour le médecin-légiste , il n'y a pas eu vie extrautérine. Notre opinion est confirmée par celle qu'émet Marc lorsqu'il cite le cas d'infanticide de deux jumeaux , observé parle docteur Belloc du Havre (2).

§ III. L'enfant est né vivant et viable, combien de temps a-t-il vécu? — Depuis combien de temps est-il mort?

La première partie de la question se résout par la détermination de l'âge de l'enfant , et cette appréciation s'obtient en étudiant les changements anatomiques et physiologiques qui surviennent après l'établissement de la respiration.

Les travaux anciens de Billard , ceux de M. Denis , ont contribué à faire connaître ces modifications d'une manière assez complète.

V expulsion du méconium peut se faire en partie pendant un travail laborieux, mais il n'est jamais complètement évacué, et l'intestin en est pendant plusieurs jours fortement

(1) Devergie, Médecine légale , 1840, 1. 1, p. 53 i.

(1) Dkt. de Médecine en 25 volumes, art. Infanticide.

"Ikh MANUEL DE MÉDECINE LÉGALE.

coloré , ce qui a fait conclure à Billard que lorsqu'on rencontrera le colon teint fortement et uniformément en vert, on sera porté à croire que le méconium vient d'être récemment expulsé , et que l'enfant avait au moins un jour, ou au plus trois jours; si cette coloration verte est parsemée de plaques décolorées , l'expulsion pourrait être plus ancienne , et la naissance remonter à quatre jours.

La chute du cordon ombilical a lieu du quatrième au cinquième jour après la naissance; elle est précédée des phénomènes suivants : à la naissance , le cordon ombilical est frais , ferme , arrondi , bleuâtre. — - Au bout de trente à quarante heures , il est mollasse et flétri. — Sa dessiccation s'effectue ensuite en commençant par l'extrémité libre , et il acquiert une sécheresse et une coloration de parchemin.

Billard distinguait la dessiccation opérée après la mort à la coloration grisâtre du cordon , et à ce qu'il n'est pas vrillé.

La chute s'accompagne fréquemment d'une inflammation légère de l'ombilic avec suintement séro-purulent ; et dans ces cas la cicatrisation n'est guère complète que vers le douzième jour de la naissance.

Lorsque la chute du cordon est naturelle, les membranes se détachent circulairement sans former de lambeau, tandis qu'on en observe presque constamment quand il y a eu arrachement.

L'oblitération des vaisseaux est ordinairement complète lors de la chute du cordon.

Le canal artériel subit des changements qui ont été décrits par Bernt (1) et M. Orfila. Les variations qu'il présente avant son oblitération sont trop variables pour servir de règle dans la question qui nous occupe. Il en est de même pour l'époque de l'oblitération complète du trou de Botal.

La chute de V épidémie a fourni à Billard des résultats

(1) Préface de la Dissert, inaugurale d'Eiscnsiein. Vienne, 1824.

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