‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 6 sur 127 · BE L'IDENTITÉ · texte numérisé non relu

BE L'IDENTITÉ

Les questions d'identité ont pour but de déterminer si un individu est celui qu'il prétend être, ou s'il est celui que la justice présume reconnaître.

Ainsi , en matière de succession , la loi a voulu que la filiation ou que la possession d'état fût établie par diverses preuves (Cod. civ. , art. 319, 20, 21 ) , ou que des indices vinssent se joindre aux déclarations des témoins (Cod. civ., art. 323). Un absent revient après un long espace de temps réclamer ses biens (Cod. civ., art. 115 à 132), on est appelé à constater son identité. Après décès , un escroc usurpe le nom d'un individu longtemps absent , et mort en pays étranger , il veut entrer en possession de sa fortune ; un enfant a été changé en nourrice , il a été perdu , sa famille le réclame , etc. Dans tous ces cas le médecin peut être consulté.

En justice criminelle , les questions d'identité ont aussi une grande importance. Un criminel est arrêté en flagrant délit, il cherche à cacher son nom ; s'il est dans un cas de récidive , s'il est en rupture de ban , il aura recours à tous les déguisements , à certaines mutilations pour dissimuler son identité.

Les circonstances que nous venons de citer sont les plus fréquentes lorsque les individus sont vivants ; mais la constatation de l'identité n'est pas moins nécessaire après la mort , et les recherches qui peuvent l'établir exigent des connaissances anatomiques précises et nombreuses.

L'identité s'établit d'après la détermination de l'âge , du sexe, de la stature, la couleur et l'état des cheveux, la physionomie et la ressemblance, d'après l'état anatomique et physiologique de la personne , et enfin d'après les signes particuliers et extérieurs que l'on peut observer. L'examen de quelques uns de ces indices appartient exclusivement aux médecins, car il demande des connaissances spéciales.

Détermination de Cage. — Pour le médecin , les âges sont les diverses périodes dans lesquelles l'homme présente quelque chose de spécial dans ses organes et dans ses fonctions. Généralement on admet quatre divisions : l'enfance, îa jeunesse , l'âge adulte , la vieillesse. Pour rattacher l'étude de chacune de ces périodes à des caractères distinctifs , on les divise :

1° En première enfance , qui comprend une première période jusqu'à sept mois, une deuxième, jusqu'à deux ans et demi , époque à laquelle l'éruption des vingt dents est terminée , une troisième , jusqu'à sept ans ;

2° En deuxième enfance, qui se termine à l'âge de puberté , quinze ans pour les garçons , douze ans pour les filles ;

3° En adolescence , qui s'arrête à vingt-cinq ans chez les garçons , et vingt-un pour les filles ;

U° L'âge adulte comprend la jeunesse de vingt-cinq à quarante, et la virilité de quarante à soixante;

5° Enfin, la vieillesse s'étend jusqu'à quatre-vingt-cinq ans ; les années suivantes sont celles de la décrépitude.

Les caractères fournis par la dentition et le développement osseux ont une grande valeur chez les enfants ; mais elle s'affaiblit depuis l'adolescence , car la croissance est complète. Il n'existe qu'un petit nombre de signes distinctifs de l'âge adulte et de la vieillesse.

Depuis la naissance jusqu'au septième mois , le bord alvéolaire est recouvert par le cartilage gengival, qui s'amincit de plus en plus dès l'apparition des incisives infé-

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Heures , puis supérieures, qui finit vers le huitième mois.

A un an, on trouve des points osseux dans les cartilages de l'extrémité inférieure de l'humérus et du cubitus, dans les têtes du fémur et de l'humérus , dans le cartilage supérieur dii tibia. — A 'deux ans , il y a un point osseux dans le cartilage inférieur du radius , au milieu du cartilage de l'extrémité inférieure du tibia et du péroné, et au bord externe de la poulie daVhnmêvus. — Adcaz ans et demi, la grande tubérosité de la tête de l'humérus , la rotule, l'extrémité inférieure des quatre derniers os métacarpiens ; à trois ans , le trochanter et l'os pyramidal du carpe ; a quatre ans , les deuxième et troisième os cunéiformes du tarse; à quatre ans ci demi , la petite tubérosité de la tète de i'humérus, et le cartilage supérieur du péroné; à cinq ans , le trapèze , l'os lunaire du carpe , et le scaphoïde du tarse présentent un commencement d'ossification ; à six ans, la branche descendante du pubis, et la branche ascendante de l'ischion se louchent; à sept ans, l'épilrochlée de i'humérus elles phalangiues ont des points osseux. — Du douzième au dix-huitième mois, les quatre dents molaires antérieures sont sorties. À trois ans, les canines et les quatre molaires postérieures complètent les vingt dents de lait.

De sept à neuf ans , les dents de la première dentition commencent à être remplacées par celles de la seconde ; incisives médianes inférieures, puis supérieures canines. — A dix ans, incisives antérieures. — Douze ans, grosses molaires, bicuspides postérieures. — Quatorze ans, ossification dii petit trochanter. — Quinze ans, point osseux de l'angle inférieur de l'omoplate; soudure de l'apophyse coracoïcle. — Vingt ans, les grosses molaires postérieures, dites dents de sagesse , commencent à paraître. Ossification dans l'extrémité sternale de la clavicule. Ossification complète des corps , et des extrémités de l'humérus et du fémur.

Dès cette époque , les signes fournis par la dentition , et

par le développement osseux , ne peuvent servir qu'à déterminer l'âge approximatif du sujet : sa constitution , son état de santé ou de maladie apporteront beaucoup de variétés dans le tissu osseux lui-même, et dans l'union des sutures. Les signes fournis par l'examen du système osseux ne peuvent d'ailleurs être consultés qu'après la mort; dans la plupart des cas , ils ne peuvent donc être d'aucune utilité pour l'expert , s'il ne peut former son opinion que d'après l'examen extérieur de la personne , son sexe , l'expression de sa physionomie , sa stature , son état mental, etc.

Dans l'examen extérieur du corps , l'existence de signes particuliers ou leur disparition peuvent être fort utiles pour constater l'identité. — Les taches de naissance, désignées sous le nom de ncevi mater ni , sont indélébiles; elles consistent soit dans une excroissance ou une élévation au-dessus de la peau , soit dans une coloration particulière ; on les compare vulgairement à des fruits ou à divers objets , selon leurs formes ou leurs teintes diverses. Ces signes ne disparaissent que par l'altération du tissu de la peau , et ils sont remplacés par des cicatrices dont les traces persistent pendant longues années.

Les cicatrices présentent des caractères différents , selon les causes qui ont déterminé les plaies auxquelles elles ont succédé. Nous exposerons avec quelques détails , au chapitre des blessures , les travaux qui ont été récemment faits sur ce sujet.

La couleur des cheveux , et leur quantité , éprouvent de tels changements par l'influence de l'âge ou des maladies, que l'on ne peut pas établir l'identité d'après ce signe , si un temps assez long s'est écoulé depuis l'époque à laquelle Je signalement de la personne a été levé.

En outre , des individus peuvent avoir intérêt à teindre leurs cheveux , et à les décolorer pour se déguiser.

Il résulte des expériences de M. Orfila que l'on peut

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