EXEMPLES DE RAPPORTS SUR L'INFANTICIDE
Infanticide. — Recherche du corps de V enfant. — Description des lieux. — Examen et autopsie de V enfant. — Saponification. — Contusions sur le crâne. — Mort far suffocation.
Nous soussignés , H.-L. JBayard, Roger (de l'Orne) , docteurs en médecine , sur l'invitation de M. Voizot , juge d'instruction, nous sommes transportés, le 14 janvier 1841 , à Montreuil , arrondissement de Sceaux, au domicile du sieur R... , et en présence de M. Rolland de Villargues , substitut du procureur du roi , sur la réquisition de M. Voizot, juge d'instruction, et après avoir prêté serment entré ses mains, nous avons recherché, dans un cabinet qui a été occupé par la fille Geneviève , et dans un endroit obscur qui en est voisin , le corps d'un enfant nouveau-né , ainsi que toutes les traces pouvant établir que la fille Geneviève est accouchée récemment.
Le cabinet où couchait la fille Geneviève est situé au premier étage ; il est éclairé par une fenêtre à coulisses , prenant le jour sur un cabinet de toilette. La porte d'entrée ouvre dans un corridor desservant plusieurs pièces , et conduisant à l'escalier du grenier. Ce cabinet a environ 3 mètres de longueur sur 2 de largeur.
Nous avons constaté ce qui suit :
Le lit est vide ; on avait mis à sécher les matelas et les draps, qui, sur notre demande, nous ont été représentés.
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Le fond sanglé, vers sa partie moyenne, a été pénétré par de larges taches de sang. — La seconde barre du fond sanglé est tachée de sang sur plusieurs points de son étendue. En dedans d'une planche qui forme le bateau du lit, et au tiers de sa longueur, il existe de larges taches de sang qui a imprégné le bois en s'écoulant, de la paille est adhérente au sang desséché.
Sur le carreau de la chambre , au-dessous du fond sanglé , plusieurs larges taches de sang desséché , de formes irrégulières , de 40 centimètres en tous sens.
Matelas de laine. — La toile, à raies bleues, a été tachée de sang à sa partie moyenne , dans une étendue de 50 centimètres. — Le liquide a pénétré l'épaisseur de la laine et a taché l'enveloppe à sa partie postérieure.
Paillasse. — La paille imprégnée de sang avait été jetée. — La toile qui l'enveloppait est tachée de sang sur ses deux faces.
Draps. — L'un, en toile neuve, marqué F. R. 1., est taché , dans presque toute son étendue , par du sang noir et coagulé, qui occupe 90 centimètres au moins de sa partie moyenne, et est mêlé à un liquide jaunâtre. — Ce drap a dû être appliqué sur le matelas. — Le second drap , en toile vieille , est marqué F. R. 30. ; il est taché çà et là par quelques caillots de sang desséché et par un liquide jaunâtre et sanguinolent.
Mur. — Sur le mur du cabinet , à droite en entrant , et aux deux tiers de sa longueur, on remarque neuf taches brunes rougeâtres , qui paraissent avoir été faites par des linges ensanglantés projetés contre le mur.
Porte. — Sur le tableau de la porte d'entrée , en dedans du cabinet, et à 10 centimètres au-dessous de la serrure, le bois porte une empreinte rougeâtre de l\ centimètres d'étendue ; du sang en caillot est desséché au milieu.
Tout proche de ce cabinet , et sous l'escalier qui conduit au grenier, est un enfoncement ob?cur, où se trouve
mie malle ouverte , dont le fond inférieur est taché de sang en plusieurs points. Entre l'extrémité de cette malle et le mur, est placé le corps d'un enfant replié sur lui-même , dont on aperçoit la partie postérieure de la tête , le dos et les jambes. — Des caillots de sang humide sont placés sur le dos. — Ce cadavre enlevé , nous apercevons une masse mêlée de poussière et de fragments de papier , qui n'est autre chose que le placenta et ses membranes , qui renferment du sang liquide et coagulé exhalant une odeur fétide. La portion de cordon adhérente est longue de 25 centimètres ; son extrémité libre a été rompue par arrachement.
Du sang liquide et coagulé est sur le sol ; son poids peut être évalué à 600 grammes.
Conclusions. — La quantité considérable de sang qui a imprégné les draps , a traversé le matelas , la paillasse , le fond sanglé du lit, et s'est écoulé enfin sur le sol, de manière à y former des plaques d'une étendue considérable , et au milieu desquelles se trouvent encore des caillots desséchés. — La coloration jaunâtre et caractéristique des taches observées sur l'un et l'autre drap , et spécialement sur le plus vieux, indiquent que ce sang ne saurait provenir de l'écoulement des règles. En rapprochant ces circonstances de la présence du corps d'un enfant nouveau-né et du placenta , cachés dans un lieu voisin , il est évident pour nous que les taches de sang ci-dessus décrites sont le résultat d'un accouchement récent.
Examen de l'enfant. — Autopsie.
Nous soussignés , sur la réquisition de M. Voizot, juge d'instruction , et après avoir prêté serment entre ses mains , nous avons, en présence de M. R.olland de Yillargues, substitut du procureur du roi , procédé à l'examen du corps et à l'autopsie de l'enfant nouveau-né que l'on attribue à la fille Geneviève , à l'effet de déterminer si cet enfant est né
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à terme , s'il a vécu , s'il était viable , et de rechercher les causes de la mort.
Cet enfant estdu sexe féminin; le poids du corps, jugé approximativement faute d'instruments convenables, est d'environ 2 kilogrammes 700 grammes. —Longueur totale , 55 centimètres; le cordon est placé 12 centimètres au-dessous du milieu de la longueur totale. Son insertion n'offre aucune trace d'un travail éliminatoire. Les cheveux, blonds châtains , longs et très abondants, sont frisés; les ongles, bien formés , dépassent l'extrémité des doigts. — Toute la surface du tronc et des membres est rosée ; le tissu cellulaire présente un endurcissement notable. La peau est recouverte , sur presque toute son étendue , de moisissure. Ces phénomènes particuliers , bornés à la peau et aux tissus graisseux , constituent cet état de décomposition , que l'on désigne sous le nom de gras de cadavre , et qui préserve tous les viscères de la putréfaction ordinaire.
Dans un rapport précédent , nous avons indiqué le lieu où était placé le corps de l'enfant ; voici l'attitude qu'il avait et que nous avons décrite avec la plus minutieuse attention.
La cuisse et la jambe gauche sont fléchies, le talon rapproché de la fesse. ■ — Flexion de la cuisse et de la jambe droite , le genou rapproché de l'ombilic , le talon appuyé sur la face dorsale du pied gauche. — Cordon ombilical , 25 centimètres de longueur, passé entre la cuisse et la jambe droite ; aucune trace de ligature sur son étendue. — Bras gauche fléchi, la main placée sur la tête. — Tête tournée à gauche , de telle sorte que le menton correspond à l'épaule droite. — La main droite est enfoncée dans la bouche, le doigt indicateur étendu. — La bouche ouverte par la main , qui y est plongée jusqu'aux deux tiers de sa face dorsale ; la lèvre supérieure fortement relevée à gauche et déprimée sur le nez. Langue saillante , relevée et comprimée contre la lèvre supérieure ; son extrémité est
e?chymosée. — Il existe dans la bouche du sang liquide et coagulé.
Sur la région temporale droite , les cheveux sont adhérents par du sang coagulé et desséché. — Sur la tête et toute la surface du corps il n'y a pas de contusions ou de traces de violences apparentes.
Tête. — La dissection des téguments du crâne fait reconnaître sur le frontal droit un caillot de h centimètres de surface , formé par du sang noir coagulé ; le cuir chevelu présente à sa surface interne une ecchymose de même étendue , avec infiltration de sang coagulé. — Sur le frontal gauche , un caillot de sang coagulé , de 3 centimètres en tous sens ; la peau du crâne est fortement injectée dans les points correspondants.
A la partie postérieure de la tête , à l'occipital , huit ecchymoses avec sang épanché en caillots ; elles varient chacune de 5 à 20 millimètres.
Les os du crâne sont intacts ; leur tissu est fortement injecté.
La substance cérébrale est ramollie , dans un commencement de décomposition putride , sans trace d'épanchement de sang.
Les lèvres sont violacées et très injectées ; l'extrémité de la langue est excoriée dans une étendue de 1 centimètre.
Aucune trace de constriction autour du cou. Poitrine. — Écume sanguinolente dans la trachée-artère et les bronches. — Les poumons, le cœur et le thymus, plongés en masse dans l'eau , surnagent. — Les poumons sont d'un rouge foncé, sans aucune trace de putréfaction ; ils offrent à leur surface de nombreuses ecchymoses ponctuées , et la pression entre les doigts de ces organes , coupés par fragments , surnagent toujours. — Les cavités du cœur sont remplies de sang liquide.
Abdomen. — L'estomac contient du mucus glaireux non
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sanguinolent. — Le foie est gorgé de sang noir et liquide. — Le gros intestin est distendu par le méconium.
Les points osseux des cartilages épiphysaires des fémurs sont très développés.
Conclusions. — De ce qui précède , nous concluons :
1° L'enfant que nous avons examiné est du sexe féminin.
2° Il était à terme.
3° Il a respiré , il a vécu.
h° Il était viable.
5° La coloration du tronc et des membres, l'état de congestion sanguine de tous les viscères, et. notamment les ecchymoses ponctuées des poumons et du cœur , la présence d'écume sanguinolente dans la trachée-artère , sont autant de signes qui établissent que la mort a été le résultat de l'asphyxie par suffocation. Si on a égard à la situation de la main de l'enfant , qui était plongée presque en totalité dans sa bouche , comprimant avec force la langue et les lèvres , il est très vraisemblable que c'est par ce moyen que la suffocation a été produite.
6° La présence de caillots de sang sous les téguments du crâne , prouve que l'enfant était vivant lorsqu'il a reçu les contusions qui ont produit cet épanchement de sang , et que la mort a été immédiate, puisqu'il n'y a eu aucune infiltration apparente à l'intérieur.
Examen et visite d'une femme accouchée depuis dix-sept jours et prévenue d'infanticide.
Nous, soussigné, H. L. Bayard, docteur en médecine. En vertu de l'ordonnance de M. P. Voizot , juge d'instruction , qui , vu la procédure instruite contre la fille Geneviève G , inculpée d'infanticide, nous commet à
l'effet : de visiter cette fille et de rechercher si elle porte drs traces d'un accouchement récent ;
Nous sommes transporté au dépôt de la préfecture de
police où la fille G est détenue. Elle nous a déclaré
être âgée de vingt-trois ans , domestique ; elle a avoué que le 2 janvier elle était accouchée , seule , dans sa chambre à Montreuil ; le travail n'a pas, dit-elle, duré plus d'une heure.
Cette fille est aujourd'hui dans un état de souffrance assez grave. Pour ne pas laisser soupçonner à ses maîtres qu'elle était accouchée , elle continua son travail habituel , sans prendre les ménagements exigés par les suites de couches; le refroidissement qu'elle éprouva supprima l'écoulement des lochies, et la fille G fut forcée d'interrompre ses occupations. Le jour où elle prit la voiture publique pour revenir à Paris, on fut obligé de l'aider pour s'y placer. Il paraîtrait que ces jours derniers la fille G... , d'après les conseils qui lui furent donnés , appliqua quelques sangsues sur le ventre.
Nous constatons que cette fille ne peut se soulever et marcher que soutenue par deux personnes , les douleurs qu'elle ressent dans le ventre et les cuisses ne lui permettent pas de soulever les jambes. Sa chemise est tachée en avant et presque dans toute son étendue par un liquide roussâtre qui s'écoule des organes sexuels , et qui baigne la partie supérieure et interne des cuisses. Ce liquide abondant a l'odeur fétide et caractéristique des lochies.
La commissure postérieure de la vulve offre une cicatrice récente et à peine fermée , dirigée un peu obliquement à droite dans une longueur d'un centimètre.
Les seins sont mous , affaissés , l'aréole du mamelon est très brune, le bout est développé, une pression modérée fait sortir un liquide séreux , puis blanchâtre et présentant enfin l'aspect et la consistance du lait.
Conclusions ; 1° La fiile G (Geneviève) présente
les traces d'un accouchement récent;
2°Le défaut de soins convenables, aussitôt après l'accouchement, avait supprimé pendant plusieurs jours les suites