DE LA DÉMENCE
dans l'avenir ; le second a des souvenirs et des réminiscences. Les imbéciles se font remarquer par des propos et des actions qui tiennent de l'enfance. Les propos, les manières des insensés portent l'empreinte de leur état antérieur. Les idiots, les crétins, n'ont jamais eu ni mémoire ni jugement; à peine offrent-ils quelques traits de l'instinct animal ; leur conformation extérieure indique assez qu'ils ne sont pas organisés pour penser.
La démence est comme le dernier terme de toutes les affections cérébrales un peu graves qui résistent au traitement de la période aiguë ou qui ont passé à l'état chronique. La démence peut être partielle , incomplète ; il y a un simple affaiblissement des facultés sensilives , intellectuelles et affectives ; ou bien la démence est complète (1) , alors les appareils des sens extérieurs ne sont point dérangés , les malades voient , sentent , entendent ; mais le cerveau n'est plus constitué pour réagir avec l'énergie et la vigueur convenables sur les impressions du dehors. Ces insensés se méprennent sur la nature et l'origine du bruit , des sons qui les affectent ; ils ne jugent plus les distances, jugent mal des dimensions et des qualités des corps , se montrent peu sensibles aux impressions de la pluie , du froid et du chaud. Leur extérieur est plus que négligé ; leurs vêtements sont toujours malpropres ; plusieurs s'écorchent les doigts , la figure ; presque tous supportent , sans se plaindre , des plaies , les plus larges escarres ; ils mangent avec avidité , tous les aliments leur sont bons ; des mets infectes, repoussants, ne leur inspirent aucun dégoût ; ils oublient leur nom, leur famille ; homme ou femme, ils se livrent à la masturbation , sans paraître apprécier la différence des sexes. Ces insensés sont timides , irrésolus , sans prévoyance , dépourvus de tous sentiments de honte , de justice, d'humanité.
(1) Galmeil, ouvrage cité.
De la manie.
Cette forme de l'aliénation mentale est très variable ; mais chez tous les maniaques il existe un délire général avec excitation plus ou moins grande des facultés intellectuelles. Ce délire peut être gai , et le maniaque est sous l'influence d'hallucinations ou d'illusions agréables , comme celui dont parle Marc , et qui ayant été autrefois grand amateur de chasse , entendait le son du cor, l'aboiement des chiens, et croyait poursuivre un cerf à la course.
Quelques maniaques sont fort calmes et même timides ; mais la plupart s'agitent facilement et entrent en fureur. Au bout d'un certain temps ces maniaques maigrissent (1), leur physionomie prend un caractère particulier , qui contraste avec la physionomie qu'ils avaient dans l'état de santé; la tête est ordinairement haute, les cheveux sont hérissées ; tantôt la face est colorée , particulièrement les pommettes ; les yeux alors sont rouges , étincelants , saillants , convulsifs , hagards, fixés au ciel, bravant l'éclat du soleil ; tantôt la face est pâle , les traits sont crispés , souvent concentrés vers la racine du nez ; le regard est vague , incertain , égaré. Dans le paroxysme de la fureur, tous les traits s'animent , le cou se gonfle , la face se colore, les yeux étincellent, tous les mouvements sont vifs et menaçants.
Les maniaques ne dorment pas , ou , lorsqu'ils dorment, leur sommeil est agité par des rêves pénibles. Chez quelques uns même l'exaltation maniaque est plus prononcée la nuit que le jour. Leur insensibilité au froid , et le bienêtre qu'ils éprouvent au milieu d'une température très froide ont été constatés par tous les médecins spéciaux; nous en avons vu nous-même à la Salpêtrière des exemples fort curieux. Nous devons ajouter que cette insensibilité n'est pas exclusive.
(1) Esquirol, ouvrage cité.