‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 85 sur 127 · DES MONOMANIES · texte numérisé non relu

DES MONOMANIES

Simulation de la manie. — Afin de reconnaître si cette maladie est feinte, il est nécessaire d'avoir présents à l'esprit les signes que nous avons donnés en parlant de l'aspect des maniaques, de leur insomnie, de leur insensibilité ordinaire et de la liaison rapide des idées les plus disparates qu'ils énoncent avec une grande volubilité. Le maniaque simulé poussera des cris, fera des menaces, des propos décousus, extravagants, mais il y aura toujours un temps d'arrêt, de l'hésitation et des répétitions ; tandis que chez le maniaque véritable, la phrase qu'on lui a dite sert de texte aux divagations les plus étendues et les plus variées. Chez un faux maniaque, le sommeil sera d'autant plus profond que, pendant la journée, il aura multiplié davantage ses efforts pour paraître agité ou furieux.

Des monomanies.

Des faits nombreux, observés par des hommes de la science, dans tous les pays, ont prouvé qu'il existe des aliénés qui ne sont dominés que par une ou plusieurs conceptions délirantes, hors desquelles ils raisonnent très juste et appliquent sainement leurs facultés intellectuelles. Mais pour distinguer la monomanie réelle de celle qui peut être feinte, il faut s'informer de la conduite antérieure du monomane, de ses habitudes, de ses mœurs, de son genre de vie, de l'état de sa santé et des malalies auxquelles il a été sujet, du degré de son instruction , et surtout des motifs d'intérêt ou des passions qui le font agir. (Marc.)

La monomanie présente des variétés que l'on distingue suivant la prédominance de l'idée délirante. Nous allons faire une étude rapide de chacune d'elles.

Mélancolie ou lypêmanie. — Le délire partiel porte sur une ou plusieurs idées tristes, et le malade se croit l'objet de persécutions diverses et d'une surveillance de tous les instants. Il a commis ou on l'accuse d'avoir commis des crimes horribles. Suivant l'ordre d'idées qui dominent en

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lui, suivant la nature des hallucinations ou des illusions, le lypéinaniaque éprouve de la crainte ou de la défiance , de l'agitation ou du désespoir, de la propension au suicide ou à l'homicide.

Monomanie homicide. — La monomanie homicide est un délire partiel, caractérisé par une impulsion plus ou moins violente au meurtre, tout comme la monomanie suicide est un délire partiel, caractérisé par un entraînement plus ou moins volontaire à la destruction de soimême.

Cette monomanie présente deux formes distinctes. Dans quelques cas, le meurtre est provoqué par une conviction intime, mais délirante ; par l'exaltation de l'imagination égarée, par un raisonnement faux ou par les passions en délire. Le monomaniaque est mû par un motif avoué et déraisonnable ; toujours il offre des signes suffisants du délire partiel de l'intelligence ou des affections. Quelquefois sa conscience l'avertit de l'horreur de l'acte qu'il va commettre ; mais la volonté lésée est vaincue par la violence de l'entraînement ; l'homme est privé de la liberté morale , il est en proie à un délire partiel, il est monomaniaque, il est fou (1).

Monomanie suicide. — Nous avons défini, il n'y a qu'un instant, cette forme de la folie ; nous n'insisterons que sur l'appréciation des indices propres à faire reconnaître au médecin si un suicide ou une tentative de suicide a été le résultat de la monomanie. Le choix du genre de mort, la singularité des moyens employés pour l'accomplir , la valeur des motifs qui ont déterminé le suicide, devront être recherchés avec soin. Si on est chargé de l'autopsie du cadavre, on constatera les vices organiques, les maladies du cerveau, celles des viscères contenus dans la poitrine ou dans l'abdomen , et qui ont pu apporter de la gêne dans la circulation. En-

(1) ESQUIROL, t. il, p. 792.

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