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DES MONOMANIES

fin l'examen des blessures, leur direction, leur nombre permettront de reconnaître comment elles ont été faites et s'il y a eu simulation de suicide.

Monomanie erotique. — Esquirol l'a définie sous le nom d'érotomanie, comme étant une affection cérébrale chronique caractérisée par un amour excessif, tantôt pour un objet connu, tantôt pour un objet imaginaire. Dans cette maladie, l'imagination seule est lésée; il y a erreur de l'entendement.

Marc a cherché à distinguer la monomanie erotique de la fureur génitale , qu'il appelle aidoïomanie (ouSoTov pudenda, pawa manie). Ces deux affections se compliquent fréquemment alors , et le désordre moral est tellement lié aux actes obscènes, que cette distinction est fort difficile à établir dans l'application que l'on veut en faire aux questions médico-judiciaires.

La fureur génitale (utéromanie) (1), dans son état de simplicité , est caractérisée par les actions les plus honteuses, les propos les plus obscènes , et est déterminée le plus souvent par un état de maladie ou d'irritation des organes reproducteurs qui réagit sur l'entendement.

Les femmes sont plus sujettes à l'utéromanie que les hommes au satyriasis.

Monomanie religieuse. — Il consiste en un délire résultant, soit exclusivement, soit en grande partie, d'idées religieuses fausses ou exaltées, qui varient selon les dogmes de ceux qui les professent. Les idées graves et tristes accompagnent le plus souvent cette forme de la monomauie, qui, alors, prend tous les caractères d'une véritable lypémanie. A l'époque actuelle, les crimes et délits attribués aux sorciers, aux possédés et aux démonomaniaques,sont presque toujours déterminés par la superstition, et encore plus

(t) H.-L. Bayard, Essai médico-légal sur l'utéromanie , Thèse, 1836, n° 324.

par la cupidité et l'intérêt : aussi le médecin chargé d'étudier l'état mental d'un inculpé de sorcellerie trouve-t-il ordinairement dans ces causes l'application des actes qui sont reprochés au prétendu démonomaniaque.

Des hallucinations et des illusions.

Ces phénomènes compliquent presque toujours les diverses formes de la folie, quoiqu'ils puissent exister d'une manière isolée.

Esquirol a dit que les hallucinations consistent en des sensations externes que le malade croit éprouver, bien qu'aucun agent extérieur n'agisse matériellement sur ses sens. Il entend des voix, des chants, bien que le plus profond silence règne autour de lui.

Les illusions sont au contraire l'effet d'une action matérielle sur la sensibilité externe, mais perçue faussement.

M. Lelut a défini l'hallucination une transformation de la pensée en sensation.

M. Baillarger , adoptant cette dernière définition , l'a rendue évidente par des exemples (1) fort intéressants, et il en a conclu qu'entre l'état actuel de l'intelligence des aliénés et leurs hallucinations, il y a souvent des rapports si intimes, qu'il est impossible de douter que l'hallucination soit alors autre chose que la pensée elle-même, provoquant par le rappel des signes le retour des sensations auxquelles ces signes ont été primitivement associés.

Les illusions ne sont pas rares dans l'état de santé; mais la raison les dissipe. Celles de la vue sont les plus communes. Celles du goût, de l'odorat , sont fréquentes chez les monomaniaques : aussi, ils se plaignent que leurs aliments ont une saveur étrangère à leur nature, fade, amère.

Les illusions compliquent l'aliénation mentale, surtout dans les cas où une lésion matérielle entretient la folie.

(1) Baillarger, Rente médicale, janvier 1 842.

DE l'aliénation MOMENTANÉE. 317

Esquirol a fait, à la Salpôlrière, l'ouverture du corps d'une lypémaniaque qui avait cru , pendant plusieurs années, qu'elle avait un animal dans l'estomac : elle avait un cancer dans cet organe.

De l'aliénation momentanée.

L'appréciation de la réalité de certaines formes de l'aliénation mentale est déjà fort délicate lorsque la folie est persistante; mais les difficultés du diagnostic sont de beaucoup augmentées lorsque l'aliénation est intermittente, ou lorsqu'elle s'est produite peu de temps avant l'exécution d'un acte blâmable, et qu'elle cesse immédiatement après.

Il nous est impossible d'entrer ici dans tous les développements qu'exige l'étude des diverses variétés de l'aliénation momentanée. Nous nous bornerons à énumérer celles qui sont le plus souvent l'objet d'investigations médico-légales.

Manie temporaire. — Il peut survenir chez un individu, jusque là sain d'esprit, dit Henke (1), un véritable accès de manie qui dure peu de temps, et pendant lequel il est possible qu'il se livre aux actes les plus illégaux. Des observations incontestables ont prouvé que de pareils accès ne durent quelquefois que peu de jours, parfois qu'un seul jour, et même quelques heures seulement. Le plus souvent ils dépendent de causes matérielles, comme, par exemple, d'un développement corporel, d'un travail d'évolution anormal, d'irritation du tube digestif, de trouble dans l'excrétion menstruelle , etc. Mais il faut bien se garder de confondre avec eux l'explosion de passions vives, telles que la colère, la vengeance, pendant lesquelles des actions criminelles sont souvent commises. »

On voit combien, dans ces cas, il est difficile de distinguer la cause véritable de l'acte commis, et avec quelle circonspection on doit se prononcer sur de pareilles questions.

(1) Henke, Médecine légale , 5e édit., § 271.

Epilepsie. — «L'épilepsie conduit tôt ou tarda la folie (1) soit dans l'enfance, soit dans un âge plus avancé. Sur 300 épileptiques placés à la Salpêtrière, plus de la moitié sont aliénés. La fureur des épileptiques a un caractère de férocité que rien ne dompte, et c'est ce qui la rend si redoutable dans tous les hospices d'aliénés. »

Plus l'acte incriminé ou contesté sous le rapport de sa validité a reçu son exécution à une époque voisine d'un accès d'épilepsie, plus il y a lieu de supposer que cet acte a été la conséquence d'une perturbation mentale.

MM. Calmeil (2), Bouchet (3), Casauvielh (4), ont étudié une fois les rapports qui existent entre l'épilepsie et l'aliénation mentale; la nature de leurs travaux, ainsi que celle des nombreux faits rapportés dans les ouvrages de Marc et d'Esquirol, sont nécessaires au médecin-expert pour lui faire connaître combien les épileptiques sont sujets aux accès de fureur passagère.

Ivresse, — Un individu qui s'enivre volontairement pour s'exciter à commettre une action mauvaise est évidemment coupable ; mais celui qui, dans un état d'ivresse, attaquerait et maltraiterait indistinctement tous ceux qu'il rencontrerait, homiciderait plusieurs personnes sans être mû par aucune des passions qui caractérisent le crime, mais par une fatale frénésie qui le porterait à verser le sang de qui que ce fût (5) ; celui-là serait considéré comme fou.

Vivresse détermine quelquefois des accès de manie que l'on désigne sous le nom de delirium tremens, et qui se caractérisent par une durée de plusieurs jours ou de plusieurs semaines, tandis que l'ivresse cesse au bout de quel-

(1) Esquirol, tom. 2, p. 74.

(2) Calmeil, ihèse, 1824.

(3) Arch. de M éd., t. ix, p. 510.

(4) Arch. de Méd., t. x, p. 5.

(5) Arrêt de la chambre des mises en accusation de la Cour Royale de Riom. Gazette des Tribunaux, 14-21 juillet 1826.

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