‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 90 sur 127 · DE L'EMPOISONNEMENT · texte numérisé non relu

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d'autres sont absorbés et portés dans la circulation. Le bichlorure de mercure , par exemple , en dissolution concentrée, n'est pas absorbé, et il agit en grande partie par sa propriété corrosive, tandis qu'en dissolution très étendue, il peut être dissous par l'albumine du sang et entraîné dans la circulation. D'un autre côté, sous le nom de narcotiques, nous voyons réunis l'opium, qui détermine le sommeil, et l'acide cyanhydrique, qui produit une véritable stupéfaction et se rapproche des poisons septiques. On a rangé parmi les narcotico-âcres des substances qui ne sont ni acres ni narcotiques; la strychnine, par exemple, qui est tétanique.

En résumé , malgré le grand nombre d'expériences et d'observations faites sur l'empoisonnement, le véritable mode d'action d'un grand nombre de poisons n'est pas assez connu pour établir une classification à l'abri de tout reproche. Nous n'attachons donc que peu d'importance à celle que nous avons présentée , et nous ne la considérons que comme une chose utile pour faciliter l'étude toxicologique.

Les preuves chimiques du poison , en matière d'empoisonnement, sont de la plus haute importance. Tous les toxicologistes ont insisté sur ce résultat , et Chaussier allait jusqu'à dire : « Quelque fortes que soient les présomptions » tirées des symptômes , quelques probabilités qui résul- » tent des expériences faites sur les animaux , quelque » grandes que soient les altérations, les érosions, les per- » forations de l'estomac , on ne doit point les considérer » comme des preuves d'empoisonnement , si l'on ne dé- » montre en même temps la présence , l'existence du poi- » son qui a pu les causer. »

Ce principe général, si vrai d'ailleurs, ne doit cependant pas faire regarder comme secondaires les symptômes et les altérations pathologiques que produit la matière vénéneuse; cela aurait les inconvénients les plus graves, car

le poison aurait pu être introduit après la mort par des circonstances accidentelles , ou bien les experts auraient pu se tromper sur le résultat de leurs expériences chimiques. Nous croyons donc être aussi vrai et plus exact en disant que la découverte du poison est une des preuves les plus importantes de l'empoisonnement, mais qu'elle ne peut porter à affirmer que l'empoisonnement a eu lieu qu'autant que les symptômes et les lésions observés sont eux-mêmes caractéristiques de l'action de ce poison pendant la vie.

Ces préceptes sont d'autant plus importants , qu'aujourd'hui on ne se borne plus à rechercher Je poison dans les organes où il a pu être d'abord introduit , mais qu'on le poursuit dans tous les organes.

Règles générales à suivre dans la recherche des substances

toxiques.

Lorsqu'on trouve des parcelles encore intactes du poison , il suffit de les essayer par quelques réactifs pour se convaincre de leur nature : ainsi , on trouve quelquefois dans les replis de l'estomac de l'acide arsénieux sous forme de petits grains.

Mais le plus souvent le poison est dissous; s'il est mêlé à un liquide incolore, on peut encore facilement constater ses caractères; lorsque, au contraire , la matière vénéneuse se trouve unie à une liqueur colorée , le problème est plus difficile à résoudre ; car les matières colorantes peuvent s'unir aux réactifs et donner des résultats étrangers à la substance elle-même. Dans ce cas, on commence par décolorer la liqueur au moyen du charbon animal ou du chlore.

Enfin, la substance toxique peut être mêlée aux matières de l'estomac ou des intestins, on bien s'être combinée avec les tissus et avec les viscères, tels que le foie, la rate, etc. C'est

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ce qui arrive toutes les fois que les poisons sont absorbés.

Dans tous les cas , si on a des liqueurs à examiner, il faut les concentrer, et si on opère sur des matières solides, on les fera bouillir avec de l'eau distillée , en ayant soin de constater si le produit est acide ou alcalin. Dans le cas où on ne peut pas le reconnaître , on fait passer un courant d'acide suif hydrique dans la moitié de la liqueur préalablement acidulée avec l'acide chlorhydrique. Au bout de vingt-quatre heures , on recherche s'il s'y est formé un précipité dont on détermine la nature.

Si le résultat est négatif, on traite l'autre moitié du liquide par l'acétate de plomb, puis par l'acide sulfhydrique , etc. , dans le but de rechercher la morphine (voy. Opium), ou tout autre alcali organique.

Enfin , dans le cas où l'analyse n'aura pas décelé par ces opérations l'existence d'un poison, il faudrait, 1° traiter par l'alcool les matières solides épuisées , afin d'y rechercher un alcali végétal ; 2° incinérer toutes ces matières dans un creuset de porcelaine , reprendre les cendres par l'eau, puis par l'eau régale , évaporer , reprendre de nouveau par l'eau , enfin filtrer, et traiter par l'acide sulfhydrique , pour y rechercher un poison métallique.

D'autres opérations sont nécessaires pour les recherches arsenicales et antimoniales absorbées. (Voy. ces préparations.)

Toutes les fois que l'on aura à concentrer, à calciner ou à carboniser des matières volatiles, telles que l'arsenic, l'acide cyanhydrique, etc. , il faudra avoir l'attention d'opérer dans des vases distillatoires.

Lorsque les premières expériences ont fourni quelques indices sur la nature des poisons, Chaussier conseille , pour rendre la démonstration plus concluante, de préparer une liqueur analogue à celle que l'on analyse et de faire simultanément les mêmes épreuves.

Ces essais comparatifs sont en outre fort utiles pour se familiariser avec les analyses chimiques,

La pureté des réactifs qu'on doit employer dans une expertise médico-légale est de la plus haute importance : aussi aurons-nous soin d'indiquer leur mode de préparation et les moyens de reconnaître leur pureté.

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