CONSIDERATIONS GENERALES
contre serait dès lors, pour le médecin, se heurter à un parti-pris, et s'entendre faire mille objections. On convient bien avec lui que le malade est un peu déprimé ou exalté, voire même excentrique, qu'il a les nerfs malades, mais quant à être fou, cela n'est pas possible, et il y exagération évidente; ce sont les médecins qui voient des fous partout. D'ailleurs, l'affection n'est pas assez avancée et il sera temps d'agir plus tard, s'il le faut. On craint que le pauvre patient ne perde plus tôt la tête en se voyant placé dans un établissement d'aliénés et privé de sa liberté, ou ne s'excite au contact des furieux. On fait valoir qu'il serait perdu de réputation si le bruit de son séjour dans un asile venait à se répandre, que la famille toute entière en souffrirait, qu'il y a des jeunes filles à marier. On ne veut pas prendre la responsabilité d'autoriser l'internement sans consulter d'autres membres de la famille, parce qu'on craint que le malade ne pardonne jamais à ceux qui l'auront fait enfermer, s'il revient à la santé. On réédite enfin les vieux clichés répandus dans les masses au sujet des maisons d'aliénés, et on soutient de très bonne foi qu'on y violente les malades et qu'on les y soumet à toutes sortes de mauvais traitements. Voilà ce que les familles opposent en général au médecin, et ce qui les fait reculer le plus souvent devant l'Asile ou la maison de santé. Mais il faut bien avouer, aussi, que s'il existe encore tant d'erreurs et de préjugés dans le public relativement aux aliénés et aux modes de traitement qui leur sont applicables, cela tient en grande partie à ce que les praticiens se sont trop
longtemps désintéressés de ces questions etontvolontairement abdiqué, vis-à-vis de ces malades, toute initiative et toute volonté. Le jour où chaque médecin enfin versé dans l'étude de Taliénation mentale, et se rendant véritablement compte par sa propre expérience des bienfaits de l'isolement dans la cure de cette affection, reprendra son vrai rôle dans les cas où il est appelé à intervenir, et exposera en connaissance de cause aux familles l'efficacité thérapeutique de l'internement, ce jour-là, l'éducation du public se fera sans peine, et il sera bien près d'abandonner ses erreurs sur la folie, comme il les a déjà abandonnées sur d'autres questions médicales et scientifiques. Il importe donc que le médecin ne perde jamais de vue que c'est à lui et à lui seul qu'il appartient d'apprécier l'opportunité de la séquestration d'un aliéné, et que, s'il lui est permis de discuter la possibilité de cette mesure avec les familles, ou même au besoin, de céder, et de faire des concessions, il ne doit jamais abdiquer au point de devenir un simple comparse, uniquement chargé d'endosser la responsabilité d'une décision médicale dont l'initiative appartient à d'autres.
Le second point fondamental qu'il me paraît important de rappeler, c'est que les maisons d'aliénés ne doivent pas être considérées uniquement comme un refuge destiné à prévenir les actes dangereux des aliénés, comme un simple asile servant à mettre les familles^ le public et les malades eux-mêmes à l'abri des scandales et des crimes pathologiques. II n'est pas contestable que ce caractère de garantie