‹ Manuel pratique de médecine mentaleChapitre 125 sur 179 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

qu'elles offrent est, en effet, un de leurs avantages: mais leur utilité principale, ce qui les rend véritablement précieuses et indispensables, c'est qu'elles réalisent, dans ses grands principes et dans ses détails, toutes les conditions morales et matérielles de Visolement, cette méthode de traitement de la folie la plus efficace et la plus fructueuse que l'on connaisse.

« L'asile d'aliénés, a dit Esquirol, est un instrument de guérison. » Il n'est plus nécessaire aujourd'hui, de discuter longuement les avantages de l'isolement dans la cure des maladies mentales. Cette méthode thérapeutique a fait ses preuves, elle les fait encore chaque jour, et il est reconnu, à l'heure actuelle, qu'il n'existe pas de meilleur moyen à opposer à la folie. Lorsqu'on compare, au point de vue des résultats obtenus, les cas d'aliénation traités au-dehors et ceux analogues traités dans les établissements spéciaux, on ne peut s'empêcher de reconnaître que la séquestration, loin d'être une mesure nuisible à la guérison des malades, constitue à elle seule, au contraire, la plus grande chance de guérison qui soit à leur actif. C'est ce double avantage de l'isolement, mesure tutélaire et surtout ressource thérapeutique précieuse, que le médecin doit avoir présent à l'esprit lorsqu'il est appelé à se prononcer à son égard.

Examinons maintenant quelles sont les considérations principales qui doivent intervenir, chez le praticien, dans l'appréciation médicale de l'opportunité de cette mesure.

Ces considérations sont de deux ordres : 1° les unes sont relatives au malade ; 2° les autres à la maladie.

1° Considérations relatives au malade. — En ce qui concerne le malade, il faut se préoccuper principalement de sa situation vis-à-vis de sa famille, et surtout de sa position sociale. Si l'aliéné n'a pas de parents qui lui soient réellement attachés et prêts à se dévouer, pour le soigner, au point de surmonter les immenses difficultés d'un traitement à domicile, s'il est seul, ou livré à un entourage indifférent ou mercenaire, il est évident que, quel que soit son état, son placement dans un établissement spécial s'impose, comme la mesure la plus favorable au traitement de son affection. D'autre part, si le malade appartient à la classe moyenne ou à la classe pauvre, force est aussi, le plus souvent, même en dehors de toute autre considération, de conclure à la séquestration, car ici, Taliéné est un embarras, une charge pour ses parents, qui, occupés d'habitude à un travail journalier, se trouvent dans l'impossibilité de le surveiller, de le soigner efficacement, et d'ailleurs, dénués qu'ils sont de ressources, ne peuvent subvenir aux frais considérables que nécessite un traitement méthodique à domicile. Dans la classe riche, au contraire, la condition sociale de l'aliéné peut se prêter aux exigences du traitement au dehors, lorsque, toutefois, il est possible. Aussi, en raison de ces différences suivant la condition sociale, peut-on dire à priori que tous les aliénés de la classe indigente doivent être soumis à l'isolement, et que le traitement des aliénés en liberté ne peut être réalisé, lorsqu'il est praticable, que dans les classes élevées de la société.

Page 1