SITUATION DU MALADE
2° Considérations tirées de la maladie. — Les considérations tirées de la maladie sont surtout relatives : A. — à son degré de curabilité \ B. — au caractère plus ou moins dangereux des tendances morbides qu'elle détermine.
A. — Toutes les fois qu'il s'agit, en effet, d'un cas aigu d'aliénation, surtout d'un accès de manie ou de mélancolie, c'est-à-dire d'une forme curable, l'isolement doit être pratiqué et aussitôt que possible, car l'expérience a prononcé d'une façon irréfutable, et elle a prouvé non seulement que la folie offrait dix fois moins de chances de guérison dans le milieu de la famille que dans un établissement spécial, mais encore qu'un accès de folie non traité et livré à luimême dans un asile, guérissait plus facilement qu'un accès de même nature traité et surveillé de près au dehors.
Dans rintérêt même du malade^ qui, en somme, doit primer toute autre considération, le médecin doit donc conseiller l'isolement toutes les fois qu'il se trouve en présence d'un cas qui laisse quelques chances de guérison^ et il doit s'efforcer de vaincre les résistances de la famille qui, par un sentiment d'affection et de dévouement bien naturel mais mal entendu, hésite toujours à se séparer d'un des siens, et nourrit d'ailleurs le plus souvent quelque prévention injustifiée contre la maison de santé qu'elle croit destinée, dans son ignorance, à aggraver l'état du malade. Certes, il est bien difficile de faire comprendre à une famille qui, ne faisant aucune différence entre la folie et une maladie ordi-
naire, se prépare à se dévouer au patient et à l'entourer des soins les plus affectueux et les plus empressés, que le plus grand obstacle à la guérison, c'est ellemême, son influence et son contact. Et cependant, rien n'est plus vrai, et tous ceux qui ont quelque connaissance du traitement des aliénés savent bien quelle action funeste exerce le plus souvent le contact des parents sur le délire du malade, en dépit de l'intelligence et du dévouement dont ils peuvent faire preuve. Le médecin doit donc conclure formellement au placement d'un aliéné, toutes les fois qu'il s'agit d'un cas susceptible de guérison, ou tout au moins d'amélioration. Mais ce qu'il importe d'ajouter, c'est que cette mesure doit être prise non pas au bout de quelque temps, après un retard ou des temporisations plus ou moins prolongés, mais immédiatement, aussitôt que possible, dès le début du mal, si on le peut, car le traitement dans un asile est d'autant plus efficace qu'il est pratiqué de meilleure heure. Presque toujours les familles reculent devant cette solution; elles veulent gagner du temps, avoir, pour ainsi dire, la main forcée par les progrès de l'affection ; détestable pratique qui, bien qu'ayant sa source dans un bon sentiment, fait un tort irréparable au malade, et peuple chaque jour les asiles d'aliénés incurables qui eussent pu facilement guérir, s'ils avaient été internés plus tôt. En face de ces résistances presque habituelles, le médecin doit donc insister, plaider la cause de l'aliéné, et au besoin, réclamer l'assistance d'un confrère, dont la conclusion formelle peut donner du poids à son propre conseil. Dans les cas à' aliénation chronique et incurable^