‹ Manuel pratique de médecine mentaleChapitre 127 sur 179 · GURABILITE DE LA MALADIE · texte numérisé non relu

GURABILITE DE LA MALADIE

l'isolement ne s'impose pas d'une façon aussi absolue, au moins au point de vue thérapeutique, mais il existe même dans ces cas, des considérations d'ordre familial et social provenant de la maladie qui peuvent rendre cette mesure nécessaire. Au premier rang de ces considérations vient se placer le caractère plus ou moins dangereux des tendances morbides.

B. — Quel que soit, en effet, le degré de curabilité d'une affection mentale et quelle que soit aussi la condition sociale de l'aliéné, il est absolument nécessaire de recourir à la séquestration, toutes les fois qu'il existe une tendance évidente aux actes dangereux. Dans ce cas, pour si actives que soient les résistances de la famille, le devoir strict du médecin est de passer outre et d'affirmer l'urgence de la séquestration. Il est donc très important, comme on le voit, pour le médecin, de savoir distinguer les états dangereux d'aliénation mentale.

En principe, cette distinction paraît assez facile, mais dans la pratique, rien n'est plus malaisé, et dans les longues et brillantes discussions qui ont eu lieuàce sujet à la Société médico-psychologique, on ne s'est entendu que sur un point, à savoir : la difficulté qu'il y avait à déterminer, d'une façon exacte, si un fou était ou non, dangereux.

C'est qu'en effet, on ne s'accorde guère, d'une part, sur la signification qu'il faut attribuer au terme dangereux, et que, d'autre part, tout aliéné, quel que soit son état mental, est susceptible, à un moment donné, de devenir dangereux. Un malade qui a des tendances

au meurtre, au suicide, au vol, à l'incendie, à la prodigalité excessive est un malade dangereux, tout le monde en convient; mais peut-on en dire de même de celui qui se borne, par exemple, à refuser les médicaments qui lui sont prescrits, ou qui, par le fait de son inconscience, exhibe en public ses organes génitaux ou prononce en société et devant ses enfants des mots grossiers et des indécences? Il y aurait là beaucoup matière à discuter, mais il faut nous borner à constater combien il est difficile de spécifier nettement si un aliéné est ou n'est pas dangereux, aussi bien pour la société, pour la propriété, pour sa famille, que pour lui-même.

Toutefois, cette distinction qui, faute d'un critérium précis, ne peut être formulée d'une façon absolue dans la pratique, est rendue possible, dans une certaine mesure, par l'étude attentive des tendances habituelles dans chaque forme d'aliénation.

Dans ces formes mentales que nous avons étudiées sous le nom (ïinfirmités et qui comprennent la faiblesse d'esprit, l'imbécillité, l'idiotie, le crétinisme, la démence simple, les malades sont le plus habituellement inoffensifs, et n'ont, par conséquent, pas absolument besoin d'être séquestrés. Il ne faut pas oublier cependant qu'un certain nombre d'entr'eux sont enclins, en raison même de leur inconscience, à certains actes illégaux, tels que les attentats à la pudeur, les vols, les incendies, et qu'il leur arrive parfois d'être appelés devant les tribunaux pour y répondre de délits plus ou moins sérieux.

La plupart des parais/ tiques généraux, je parle de

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ceux qui sont atteints de démence paralytique simple, sont également inoffensifs, comme les déments ordinaires avec lesquels ils ont, à ce point de vue, les plus grandes analogies. Mais il n'en est plus de même de ceux chez lesquels la démence paralytique s'associe à un état de folie maniaque plus ou moins marqué. Ces malades ne se portent qu'exceptionnellement, il est vrai, à des tentatives d'homicide ou à des voies de fait ; mais s'ils respectent dans leur délire la vie de leurs semblables, en revanche, ils n'ont nul souci ni delà propriété d'autrui, ni de leurs propres intérêts. Les uns, au début surtout, dans ce qu'on a appelé la période médico-légale, gaspillent de tous côtés leur fortune et celle de leur famille en spéculations insensées, en achats inconsidérés, en prodigalités excessives, en donations de toute sorte ; d'autres, erotiques au plus haut point, exhibent en public leurs organes génitaux et se livrent aux actes les plus obscènes ; beaucouj) enfin, arrivent à l'indélicatesse et à la filouterie. Chose remarquable en effet, la plupart des paralytiques généraux séquestrés d'office dans les grandes villes, se sont fait arrêter sur la voie publique soit pour n'avoir pas payé un cocher dans la voiture duquel ils se promenaient depuis plusieurs heures, soit pour avoir volé à un étalage, sans précaution et avec la candeur de l'inconscience,, un objet insignifiant, par exemple un méchant parapluie, une paire de bottines, un pantalon, un paquet de choux, un œuf, une friandise sans valeur. Lorsque la démence paralytique s'accompagne d'une folie à forme mélancolique, le danger est moins grand, au moins

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pour la société, mais l'individu peut être plus ou moins enclin alors vers le suicide.

De même, dans la mélancolie simple^ les malades sont généralement inoffensifs, surtout ceux qui ne réagissent pas activement et dont la dépression est très profonde. Il ne faut pas oublier cependant que certains sont dangereux, non plus peut-être pour les autres, mais pour eux-mêmes, et qu'il est parfois très difficile de mettre obstacle aux idées de suicide qui les obsèdent.

A côté de ces affections mentales, dans lesquelles on trouve des malades souvent inoffensifs, mais susceptibles de devenir parfois dangereux, et dont un certain nombre, par conséquent, peuvent vivre sans trop de risques en liberté, il en est d'autres, au contraire, où la proposition se trouve renversée, et dans lesquels les malades sont habituellement dangereux et exceptionnellement inoffensifs ; de ce nombre sont : la manie, principalement certaines de ses variétés, la folie à double forme, la folie hystérique, la folie alcoolique, mais surtout les folies partielles et la folie épileptique.

Dans la manie aiguë, en effet, les malades excités, poussés par un besoin irrésistible de mouvement et d'action, sont le plus souvent désordonnés et dangereux. Ce sont surtout des violences et des actes de destruction subits que l'on a à craindre de leur part, bien plus qu'une tendance à l'homicide qu'ils seraient incapables d'ailleurs de calculer. Mais plus encore que la manie aiguë, l'excitation maniaque et surtout la manie raisonnante rendent dangereux les malades

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