MARIAGES DANS LES FAMILLES D'ALIENES
descendant d'aliénés. Il est bien entendu qu'il n'est pas question ici d'étrangers quelconques, sollicitant du praticien une indiscrétion contraire au secret professionnel, mais de personnes déjà en relation avec la famille de l'intéressé, et qui, autorisées par elle, viennent s'enquérir d'un fait qui les touche au plus haut point. Dans ce cas, le médecin a sa liberté d'allures, puisqu'il est autorisé à s'exprimer franchement, tout en conservant la réserve et la délicatesse dont il ne doit jamais se départir dans des situations de ce genre.
Quant aux considérations relatives à Vintéressé luimême et à la forme d'aliénation qui a existé dans sa famille, elles sont exactement les mêmes que celles que nous avons développées dans la question précédente, car c'est encore ici Tévaluation des chances d'hérédité qui est en cause. On passera donc en revue le degré de parenté de l'intéressé avec le malade, sa constitution, son tempérament et ses antécédents, comme aussi les caractères de multiplicité, d'intensité, d'origine, de forme de l'aliénation mentale ayant existé chez l'ascendant. On n'oubliera pas surtout la distinction que nous avons établie entre les trois types principaux de l'hérédité, et d'en déduire les conséquences qui en découlent. C'est ainsi, par exemple • — je cite encore ici notre travail — « que si l'on est consulté au sujet d'une union à contracter par ou avec un descendant de paralytique général, on peut hardiment donner à cette union son approbation médicale et scientifique, en affirmant que la paralysie générale est unique-
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ment une maladie cérébrale, et qu'à ce titre, elle ne prédispose en rien les descendants à la folie.
c( Et s'il me fallait, pour finir, résumer d'un mot typique les conséquences pratiques de cette étude biologique que nous venons de faire, je dirais :
« Si l'on veut épargner à sa descendance le triste héritage de la folie, on peut impunément, je crois, entrer dans la famille d'un paralytique général, mais il est toujours dangereux, dans ces cas, d'épouser la fille d'un fou. »
Il n'est pas indiff'érent, lorsqu'il s'agit de se prononcer sur l'opportunité du mariage d'un descendant d'aliéné, d'étudier, dans la mesure du possible, la famille à laquelle il doit s^allier, et surtout le tempérament de son futur conjoint. Il est clair, en efî'et, que l'union présentera bien moins de dangers, au point de vue de la descendance, dans le cas où le mariage doit constituer un croisement heureux^ tandis que l'existence d'une égale prédisposition chez les deux futurs serait, au contraire, une indication formelle à l'opposition scientifique du médecin.
Telles sont les principales questions de déontologie médico-mentale que le médecin est appelé à résoudre dans la pratique. Il peut s'en présenter bien d'autres encore, mais leur importance est moins grande et elles ne me paraissent pas comporter, par suite, une étude spéciale.