GRIMES ET DELITS DES ALIENES
bestiale; mais plus souvent encore, ils sont niais, absurdes et sans but. C'est en effet parmi ces malades que se recrutent principalement les exhibitionnistes de Lasègue, c'est-à-dire les aliénés qui, sans savoir ce qu'ils font, se contentent d'exhiber en public leurs organes génitaux.
Après les attentats à la pudeur, viennent les vols, plus fréquents dans la démence et absurdes comme dans la paralysie générale; enfin, on peut observer V incendie^ surtout chez les imbéciles.
Etats maniaques. — Dans la manie aiguë ^ les crimes et délits sont rares ^ bien que ce soit là l'état de folie qui paraisse le plus effrayant, et cela parce que les malades sont absolument incapables de concevoir un acte quelconque, et qu'ils sont plutôt destructeurs que réellement dangereux. Pourtant, lorsque l'agitation est poussée aux paroxysmes de la fureur, elle peut être le point de départ d'un homicide, accompli dans des conditions de violence et de surexcitation délirante qui ne peuvent laisser aucun doute sur son véritable caractère.
Dans l'excitation maniaque et dans la manie raisonnante, ce qui domine surtout, comme on le sait, c'est \d. perversité morale. Rarement les malades font un coup d'éclat ou se livrent à une tentative criminelle ; ils sont plutôt dangereux pour la réputatioîi et pour Vhonneur des gens, car ils jouent du mensonge, de la dissimulation et de la calomnie avec un art consommé, et il n^est pas, à cet égard, de moyens qu'ils n'inventent poul- perdre ceilx qu'ils ont pris en
haine. C'est chez eux que la question médico-légale présente peut-être le plus de difficultés, car l'absence de tout délire, d'un côté, de l'autre, l'habileté incroyable avec laquelle ils ont ourdi leur trame, rendent l'appréciation de leur état mental des plus délicates, et l'excuse de la folie très difficile à faire accepter par les juges.
De ces malades, il faut rapprocher les fous à double forme et les hystériques qui doivent précisément cette similitude à ce qu'ils sont très fréquemment atteints &' excitation maniaque et de manie raisonnante.
Etats mélancoliques. — Les crimes et les délits sont rares dans les états de mélancolie, où l'on observe presque exclusivement, comme nous l'avons vu, la tendance au suicide. Pourtant, Vhomicide peut se rencontrer, exceptionnellement, dans certaines formes de lypémanie aiguë, mais alors, loin d'avoir la haine ou la méchanceté pour mobile, il résulte presque toujours, au contraire, d'un excès d'affection ou d'une sympathie délirante pour la victime. C'est ainsi que j'ai récemment observé, à Sainte-Anne, une femme en état de mélancolie aiguë, qui, en se jetant à la rivière pour se suicider, avait entraîné avec elle ses deux jeunes enfants, pour ne pas les laisser sur terre exposés à toutes les misères de l'existence. Dans ce cas, on pourrait presque dire que l'aliéné suicide d'autres individus comme il se suicide lui-même, pour les soustraire aux tourments ou aux supplices qu'il croit les menacer aussi.