CRIMES ET DELITS DES ALIÈNES
Folies partielles. — Dans les folies partielles , c'est Vliomicide qui domine, et 07i peut dire que c'est dans cette forme morbide quil est le plus fréquent.
Les délirants mystiques^ comme nous l'avons vu, croient souvent avoir reçu du ciel la mission de frapper un personnage plus ou moins en vue, qu'ils croient représenter la cause hostile à Dieu sur la terre, et alors, froidement, par calcul, avec préméditation, ils assassinent ce personnage ; plus fréquemment encore, ils renouvellent le sacrifice d'Abraham, et immolent en holocauste leurs propres enfants^ persuadés qu'ils sont d'être de la sorte agréables à Dieu. Leur air de prophète et d'inspiré, leur délire, les conditions mêmes de leur attentat suffisent, en général, à les faire reconnaître, bien que leur lucidité apparente, leur calme et la réticence derrière laquelle ils se retranchent , rendent parfois l'appréciation difficile.
Les persécutés, nous n'avons cessé de le répéter, sont, de tous les aliénés, les plus dangereux. Chez eux, c'est surtout Vhomicide qui est à craindre ; car, se croyant en butte à des persécutions imaginaires et se considérant comme les victimes d'un complot organisé dans lequel entre un nombre plus ou moins considérable de personnages, ils en arrivent à se poser eux-mêmes, contre ces ennemis fictifs, en persécuteurs et en agresseurs.
Il existe, à cet égard, deux grandes catégories de malades. Les uns, les plus nombreux, basent leurs idées de persécution sur des troubles sensoriels divers
et notamment sur des hallucinalions de rouie qui deviennent l'élément fondamental de leur existence, et finissent par les diriger et les égarer de plus en plus dans leur délire. Ce sont les persécutés hallucinés. Les autres, raisonnables en apparence, échafaudent sur une circonstance plus ou moins saillante de leur vie, tout un système de conceptions délirantes parfaitement cohérentes, appuyées sur un semblant de réalité, et qui, défendues par eux avec autant d'art que de conviction, s'enchaînent presque toujours avec la plus grande logique. Ces malades, non hallucinés en général, et plus partiellement atteints dans leurs facultés, sont les persécutés raisonliants.
Hallucinés ou raisonnants, les persécutés sont, on ne saurait trop le redire, les aliénés les plus dangereux et une large part des crimes pathologiques peut certainement leur être attribuée. Plus encore peut-être que les hallucinés, qui frappent surtout par impulsion, sous l'influence d'une hallucination ou sous l'empire d'une exaltation passagère, les persécutés raisonnants sont à craindre dans leurs actes, et cela, parce qu'ils raisonnent leur délire, et qu'ils méditent et accomplissent à froid, pour ainsi dire, le crime qu'ils ont conçu. Chose curieuse cependant, et qui n'est pas sans compliquer de beaucoup le rôle du médecin-expert devant les tribunaux, ce sont précisément ces malades, les pires de tous, sans contredit, qu'il est le plus difficile de faire accepter comme tels par les magistrats et par le pubhc.
Au reste, les persécutés ne se bornent pas seulement
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à frapper leurs ennemis, quelquefois même des personnes qu'ils n'ont jamais vues; ils peuvent aussi, quoique bien plus rarement, se livrer au viol ou à Ymcendie.
HÉBÉPHRÉNiE. — Dans Vhébéphrénie et, d'une façon générale, dans tous les troubles de l'intelligence qui se manifestent chez les enfants, les actes criminels ou délictueux revêtent le plus souvent le caractère d'une impulsion brusque^ instantanée^ irréfléchie. Ce sont des meurtres sans motif, accomplis souvent avec une cruauté et une férocité surprenantes, des vols^ des incendies. 11 est rare, dans ces cas, que la précocité même du criminel, jointe au caractère impulsif de son acte, à l'insouciance et à la cruauté dont il a fait preuve, ne mettent facilement sur la trace de son véritable état.
Folie puerpérale. — Dans la folie puerpérale, les crimes et délits les plus ordinaires sont le vol et l'homicide : le vol, sous forme d'impulsion, de sollicitation brusque, d'envie à satisfaire, surtout dans la folie antepartum; l'homicide, et plus particulièrement V infanticide, sous forme d'impulsion également, surtout dans la îoVie post par tum, et, plus particulièrement encore, dans la folie de l'accouchement proprement dit. Dans ce dernier cas, il est quelquefois très difficile d'apprécier la nature pathologique de l'acte incriminé, avec d'autant plus de raison que la fohe de l'accouchement peut être absolument transitoire et ne pas se prolonger au delà de quelques heures ou de quelques jours.
Folies toxiques. — Dans les folies toxiques, et notamment dans la folie alcoolique, qui est le plus souvent en cause en médecine légale, c'est le suicide qui domine comme tendance morbide, au moins dans la forme subaiguë. Dans la forme aiguë, au contraire, Vhomicide n'est pas rare, et les malades, poussés par leurs terreurs et leur agitation, se précipitent sur leur victime qu'ils égorgent dans un état de fureur indescriptible. Ils ressemblent, à ce point de vue, aux maniaques et aux épileptiques, et leur état même d'agitation, le plus souvent tremblant, suffit d'habitude pour déceler l'influence toxique. Ils peuvent aussi, soit simultanément, soit isolément, se livrer à Vîncendi'e, au vol et aux attentats à la pudeur.
Paralysie générale. — La période prodromique de la paralysie générale, lorsqu'elle revêt le forme excitée, est très souvent le théâtre d'actes pathologiques de toute nature parmi lesquels les délits, à défaut de crimes, tiennent une large place. C'est au point que cette période a été, de la part de M. Legrand du Saulle, l'objet d'une étude particulière sous le nom de période médico-légale de la paralysie générale. Le délit le plus fréquent est le vol ; vient ensuite V attentat à la pudeur, enfin le faux en écriture, Vabus de confiance et, rarement^ Vhomicide ou la tentative d'homicide. Quel que soit l'acte commis, il présente des caractères particuliers qui suffisent, la plupart du temps, pour permettre de le rattacher à priori à sa véritable origine. Les vols des paralytiques généraux, qui ont été plus spécialement l'objet d'études et d'analyses, sont, en