CRIMES ET DELITS DÉS ALIÈNES
effet, caractéristiques. Le paralytique dérobe à un étalage, sans précaution et avec la candeur de Tinconscience, un objet insignifiant, par exemple un méchant parapluie, une paire de bottines, un pantalon, un paquet de choux, un œuf, une friandise sans valeur. Il ne sait que faire quelquefois de l'objet volé, et il lui arrive de le donner presque aussitôt, par charité, à un misérable. Il est tellement peu conscient de l'acte qu'il accompht qu'il s'y livre sans se cacher, aux yeux de tous, et souvent même réclame l'assistance d'un inconnu pour l'aider dans son larcin, comme ce paralytique cité par M, Magnan, qui;, voulant s'emparer d'un tonneau de vin, emprunta le secours d'un sergent de ville qui, trompé par tant de candeur, aida en effet le malade à rouler son tonneau. Le vol du paralytique^ comme du reste tous les délits qu'il commet, est un vol absurde^ niais, un vol de dément; car c'est manifestement à son état de démence que le paralytique doit d'agir ainsi, comme il lui doit le caractère également absurde et niais de ses conceptions délirantes. C'est là plus qu'il n'en faut pour dépister une paralysie générale, même commençante, et les experts n'hésitent généralement pas lorsqu'ils ont affaire à un vol accompli dans ces conditions par un homme d'une quarantaine d'années, alors même que les signes physiques de la maladie ne seraient pas encore très manifestes.
Epilepsie. — Avec de délire de persécution, cest Vépilepsie qui fournit le plus fort contingent de crimes et de délits pathologiques. Les caractères spéciaux que
ces actes empruntent à la grande névrose dont ils sont issus ont été parfaitement étudiés et mis en lumière, surtout dans ces dernières années. Ces caractères, d'ailleurs, sont si tranchés qu'ils permettent de rapporter l'acte commis à l'épilepsie, alors même que les signes extérieurs de cette affection, et, en particulier, les crises convulsives, n'existeraient pas, comme dans l'épilepsie larvée^ dans le vertige et dans l'absence. Ces particularités distinctives consistent surtout dans ce fait que Vacte dd l'épilep tique, qui est le plus souvent un crime, surtout un meurtre ou un incendie^ s'accomplit sous forme d'une impulsion brusque, instantanée, violente, se reproduisant souvent à des intervalles plus ou moins réguliers, et dont le malade ne garde aucun souvenir au sortir de sa crise. Cette amnésie si profonde, qui fait qu'un assassin ou un incendiaire ne se rappelle absolument rien de ce qui s'est passé et de ce qu'il a fait, appartient en propre à Vépilepsie et ne se retrouve nulle part avec les mêmes caractères. C'est ce qui a souvent permis à des médecins expérimentés, en face d'un acte de ce genre, non seulement d'en reconnaître la nature maladive, mais encore d'en faire le point de départ d'un diagnostic complet et de soupçonner une épilepsie ignorée qui, en effet, devenait évidente au bout d'un temps plus ou moins long.