‹ Manuel pratique de médecine mentaleChapitre 18 sur 179 · RENAISSANCE · texte numérisé non relu

RENAISSANCE

Swieten (1700-1772) subordonnent également leurs idées en aliénation à leurs théories mécaniques et font tout découler de la malignité du sang et de l'atrabile. Ils donnent pourtant, çà et là, quelques bonnes descriptions de la manie, de la mélancolie et indiquent notamment, dans la phrase suivante, les principaux caractères physiques de la mélancolie avec dépression profonde, c'est-à-dire de la stupeur: << Pulsuslentior; frigus majus ; respiratio lenta ; circulatio per sanguinea vasa bona ; per lateralia minus bona ; hinc humorum secretiorum et excretiorum minor, tardior, cratior exitus ; minor consumptio, parciorappetitus ». Mais bientôt, sous l'impulsion deBonet, Vieussens, et surtout de Morgagni (1682-1771), l'anatomie pathologique fait des progrès rapides, et on tend de plus en plus à abandonner les théories humorales et chimiatriques pour s'attacher surtout à l'examen des solides.

Sauvages (1706-1767), nosologisteavant tout, divise à l'infini les diverses formes des troubles nerveux. Sa huitième classe, constituée parles vésanies ou maladies qui troublent la raison, est subdivisée elle-même en quatre ordres : 1° les haUacmatlons (vertige, berlue, diplopie, tintouin, hypocondrie, somnambulisme); 2o les înorosités, désirs ou affections dépravées (pica, boulimie, polydipsie, antipathie, nostalgie, terreur panique, satyriasis, fureur utérine, tarentisme, rage) ; S°\Q^délfres (transports, démence, mélancolie, manie, démonomanie) ; 4° les folies anormales (oubli, insomnie). Chacun de ces genres offre à son tour des divisions plus ou moins nombreuses.

Çà el là, on trouve dans Sauvages quelques bonnes descriptions, notamment celle de la mélancolie anxieuse (mélancolia attonita). Mais son mérite a été surtout de réunir, sous le nom de vésanies, et dans un cadre complet, à peu près tout ce qu'on savait sur les maladies mentales à cette époque.

Lorry (1725-1772) donne quelques bonnes descriptions, mais rendues confuses par son retour à une théorie moitié solidiste, moitié humorale.

GuLLEN (1712-1792) qui sert de transition entre l'époque de la Renaissance et l'époque moderne, rejette toute idée humorale et insiste sur la nécessité des recherches anatomo-pathologiques. Il range les maladies mentales parmi les névrof^es dont elles constituent, dans son ouvrage, la quatrième classe. Il décrit le délire partiel, tout en faisant remarquer combien il est rare de trouver la folie absolument limitée à un point unique, et n'admet, en lin de compte, que deux formes de folie primitive, dont il fait dériver toutes les autres : la manie et la mélancolie. Dans la partie consacrée au traitement, il vante le travail, les bains, les exercices du corps et n'autorise qu'avec une certaine réserve les moyens violents de répression.

Avec GuUen, nous sommes déjà bien loin de l'ignorance et de l'obscurité du moyen âge, et la science mentale a déjà réalisé d'immenses progrès. Mais la condition des aliénés est encore déplorable ; ils vivent toujours épars dans les prisons, dans quelques maisons de refuges ou dans d'indignes cabanons. Très peu sont hospitalisés, et encore les hôpitaux où on les renferme ne sont, en réalité, que des cachots. Aussi,

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leur étude est-elle difficile et incomplète tout autant que leur sort est misérable.

A Paris, comme on sait, les fous étaient, à cette époque, distingués en curables et incurables.

Les curables étaient traités à l'Hôtel-Dieu où douze lits pour chaque sexe, comprenant en tout 78 places, leur étaient réservés. Au bout de quelques jours, lorsqu'après les avoir baignés, soignés, maltraités surtout, privés d'air et d'exercice, quelquefois constamment attachés sur leur lit, on voyait qu'ils ne guérissaient pas, on les considérait dès lors comme incurables et ils étaient dirigés, les hommes àBicêtre, les femmes à la Salpêtrière.

Là, mal nourris, couverts de haillons, chargés de chaînes et de colliers de fer, confinés dans d'infects cabanons destinés jadis aux criminels, couchés sur de la paille pourrie, respirant un air méphitique, ds traînaient une vie misérable, exposés à la vue du pubhc qui, les jours de fête, était admis, moyennant rétribution, à se repaître de leur spectacle et à les agacer comme des fauves, à travers les barreaux de leur cage.

C'est à ce moment que parut Pinel et que s'accomplit lamémorable réforme de 1792, qui changea complètement le sort des aliénés et inaugura une ère nouvelle dans l'histoire de la Médecine mentale.

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