ÉPOQUE MODERNE
Le rôle de Pinel, comme réfoi^7nateur, fut immense et l'impulsion qu'il imprima retentit non seulement en France, mais encore à l'étranger, où, peu à peu, la condition des aliénés s'améliora sensiblement.
Gomme médecin, Pinel réalisa également d'importants progrès et les descriptions cju'il a laissées, sont toutes marquées au coin d'un esprit pratique et judicieux. Son rôle scientifique est loin cependant d'avoir eu la même portée que son rôle de réformateur.
Pinel admit et décrivit quatre espèces de folie : la laanie, la mélancolie, la démence et F idiotie, dans laquelle il confondit, comme l'avait fait Willis, l'idiotie, le crétinisme, et jusqu'à la démence et à la stupeur mélancolique.
Pendant ce temps, se fondait en i^llemagne l'école qu'on a appelée école psychiatrique allemande et dont le point de départ fut la théorie spiritualiste de Stahl, pour lequel les maladies n'étaient, comme on le sait, que la perversion des tendances morales de l'àme produite par le péché. Le péché devint donc la cause première de la folie.
Langermann et son élève Ideler furent les fondateurs de cette école psychologique qui compta des noms illustres, et dont le plus célèbre représentant fut Heinroth (1773-1843), un des meilleurs disciples de Pinel, qui admit que la folie avait sa source dans l'absence de moralité, que son caractère essentiel était la perte de la liberté, et son meilleur préservatif l'attachement aux vérités de la religion chré tienne.
Les idées des psychologues allemands, par leur
exagération, ne tardèrent pas à provoquer une réaction très vive dans un sens opposé. En Allemagne même, se fonda une école nouvelle, l'école somatique, qui eut pour chefs: Nasse, Friedreich,Yering,Amelung, Jacobi, Griesinger, et, en Hollande, Shcrœder, vander Kolk. Tous protestèrent successivement contreles doctrines spiritualistes outrées des psychologues et s'efforcèrent de prouver que la folie tient à des lésions physiques soit cérébrales, soit viscérales. Gomme Galien et les Arabes, ils accordèrent la place d'honneur, en spychiatiie, aux folies sympathiques.
En France, Esquirol, né à Toulouse en 1772, avait succédé à Pinel, et l'importance de son action fut aussi grande sur la médecine mentale proprement dite que celle de Pinel l'avait été sur la condition morale et le traitement des aliénés.
Gomme philanthrope et comme réformateur^ il continua Tœuvre de Pinel, contribua à la construction et à l'organisation de nombreux asiles dont il dressa lui-même les plans, améliora de plus en plus le sort des aliénés, enfin, prépara de longue main, par ses voyages et ses écrits, le mouvement qui aboutit à cette fameuse loi de 1838, quia rendu de si grands services et à laquelle collaborèrent activement Falret père et Ferrus.
Gomme savant^ Esquirol quitta le domaine de la spéculation pure pour s'attacher surtout à l'observation et à la clinique, traça d'admirables tableaux des principales formes de folie auxquelles il ajouta la îyionomanie, enfin soupçonna l'existence de la paralysie générale.
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Gomme maitî^e, il forma ou dirigea une magnifique pleïade d'élèves, si nombreuse et si brillante que les découvertes s'accumulèrent, et que jamais la médecine mentale ne fit, en si peu de temps, d'aussi rapides progrès.
A Gharenton, c'est Bayle, Délaye, Georget, Foville père et le vénérable M. Galmeil, qui découvrent et décrivent les symptômes et les lésions de la paralysie générale.
A la Salpêtrière, c'est Trélat qui décrit la folie lucide ; Félix Voisin qui fait une étude approfondie de l'idiotie ; Falret père qui combat la doctrine des monomanies, émet des idées générales nouvelles sur les maladies mentales, et, maître à son tour, laisse après lui des élèves tels que :Morel, (l'illustre auteur des dégénérescences, des folies héréditaires, de la classification étiologique, et l'introducteur en France du système du 710-restralnt ipréconisé en Angleterre par Gardiner- Hill et par Gonolly), Gh. Lasègue (le créateur du délire des persécutions), enfin son propre fils, l'éminent clinicien M. Jules Falret. G'est aussi Leuret, le promoteur, trop attaqué peut-être, du traitement moral, et M. Baillarger, dont les découvertes cliniques, si importantes et si connues, ne se comptent plus.
G'est encore Marc et Fodéré, les rénovateurs de la médecine légale des aliénés ; Ferrus, Parchappe, Marcé et tant d'autres, tant en France qu'à l'étranger, dont l'énumération serait trop longue. Nous nous contenterons de citer seulement Gonolly et Guislain dont faction sur la marche et le traitement de l'Aliénation
mentale, en Angleterre et en Belgique, a été plus ou moins comparable à celle de Pinel.
Mais il faut nous arrêter ici, car nous touchons à la période actuelle, et certains des noms que nous venons de citer, bien que déjà acquis à l'histoire, sont encore ceux de nos maîtres. C'est à l'avenir à juger des progrès accomplis, depuis Pinel et Esquirol, dans l'étude des maladies mentales.