CHAPITRE PREMIER
gp'- — DÉFINITION.
DÉFINITION DE LA FoLiÈ. — Esquirol a défini la folie : « Une affection cérébrale, ordinairement chronique, sans fièvre, caractérisée par des désordres de la sensibilité, de r intelligence et de la volonté ».
Malgré ses imperfections, c'est cette définition qui est encore aujourd'hui généralement adoptée. Il convient, toutefois, d'y ajouter l'inconscience où se trouve le malade de son état, élément essentiel de l'affection c[ui a donné naissance à cet aphorisme presque proverbial : « La folie est une infortune qui s'ignore » .
Différence entre l.\ Folie et l^z^lienation mentale. — Dans le langage médical usuel, le mot Aliénation mentale est devenu synonyne du mot folie, et ces deux termes sont communément employés l'un pour l'autre. Scientifiquement cependant, ils ont une acception différente, qu'il nous paraît d'autant plus nécessaire de préciser qu'elle sert de base à la classifî-
cation que nous avons adoptée. Aliénation mentale est un terme générique qui comprend indistinctement toutes les altérations dont Tintelligence peut être le siège, altérations constitutionnelles ou fonctionelles, congénitales ou acquises. La folie, elle, est simplement l'une des parties constituantes de l'aliénation mentale, et s'applique à la perte de la raison proprement dite, survenant à titre de maladie, chez un individu raisonnable jusqu'alors. Un exemple fera mieux saisir la distinction. Un imbécile est un aliéné parce qu'il présente une altération évidente de Tintelligence, l'arrêt de développement ; mais, tout imbécile qu'il est, il peut ne pas déraisonner et se servir normalement de la part restreinte d'intelligence qu'il possède : Un est pas fou. Or, que cet imbécile, sous l'influence d'une cause quelconque, vienne a être atteint d'un accès de manie ou de mélancolie ; c'est un élément nouveau, la/b/ie, qui est venu s'enter sur son fond d'aliénation mentale : ï aliéné est devenu fou. SiGNiFiCA^TiON DU MOT DEMENCE. — Le code emploie le mot démence comme synonyme de folie et d'aliénation mentale. C'est là une locution vicieuse et qui ne peut avoir cours qu'en jurisprudence, car la démence n'est qu'une forme particulière d'aliénation mentale.
§ IL — ÉTIOLOGIE.
L'étiologie est l'une des parties les plus importantes de l'étude de l'aliénation mentale, à ce point que quelques auteurs, notamment Morel, en ont fait la base de leur classification.
DÉFINITION. ÉTIOLOGIE
Gomme pour la plupart des maladies, il existe, pour l'aliénation mentale, des causes prédisposantes et des causes occasionnelles. Les principales de ces causes ont été réunies par Marcé dans le tableau synoptique suivant :
Causes prédisposantes'
générales.
individuelles.
I Civilisation.
\ Idées religieuses.
' Événements politiques.
Hérédité.
Age.
Sexe.
Climat.
État civil.
Profession.
Éducation.
de rordr(
/ Émotions, passions, chagrins, moral. Imitation.
{ Emprisonnement cellulaire.
Causes locales
Causes occasionnelles
,de l'ordre physique.
Causes çrénérales. '
Causes physiologiques.
Causes spécifiques.
Agissant directement sur l'encéphale.
Agissant à distance et sympathiquement.
Anémie, cachexies, pertes séminales, onanisme.
Diathèses, dartres, rhumatismes , lièvre typhoïde, fièvre intermittente.
Menstruation, grossesse , accouchement, lactation.
Intoxications : plomb, mercure , opium , belladone, solanées vireuses,haschich.
Un mot sur chacune de ces causes en particulier.
Causes prédisposantes
Civilisation. — Oq s'accorde à reconnaître, en général, que la civilisation, par les besoins qu'elle entraîne, les habitudes de luxe et de plaisirs qu'elle crée, enfin la lutte pour l'existence à laquelle elle condamne, favorise le développement de l'aliénation mentale. C'est ce qui paraît résulter, même en tenant compte des erreurs de statistique, du petit nombre d' aliénés existant chez les peuplades sauvages , de leur nombre de plus en plus grand à mesure qu'on s'élève dans des pays plus civilisés, enfin, de leur prédominance excessive dans les grands centres et les cités.
Idées religieuses. — L'influence des idées religieuses sur la production de la folie varie suivant les époques, les pays et les milieux. Très active en France au moment des guerres de religion, des réformes et des polémiques ardentes, elle est devenue beaucoup moindre aujourd'hui sans cesser cependant d'être manifeste. Par contre, elle joue encore un rôle considérable dans les pays oii les sentiments religieux occupent une des premières places. Rien n'est plus communicable que les idées de religion et de mysticisme ; c'est pourquoi la folie qu'elles engendrent evét le plus souvent la forme épidémique.
Les idées religieuses déterminent surtout la folie chez les individus qui leur offrent le plus de prise, c'3st-à-dire , d'une façon générale, chez les esprits
ETIOLOGIE 31
faible?, les enfants, les femmes, les personnes nerveuses, mais surtout chez les religieux et les religieuses, et, parmi ceux-ci, de préférence, chez ceux qui sont voués aux ordres mystiques et contemplatifs. Elles ont également une action plus manifeste à certaines périodes de Texistence, surtout aux grandes époques de la vie génitale : la puberté et la ménopause. On sait, d'ailleurs, qu'il existe un lien étroit entre les idées mystiques et les idées erotiques et que, le plus souvent, ces deux ordres de conceptions se trouvent associés dans la folie.
Événements politiques. Guerres. — On a exagéré de tout temps l'importance des commotions politiques, des révolutions, des guerres comme cause d'aliénation mentale. La vérité est que ces grands événements ont surtout pour effet de faire surgir et de mettre en évidence un certain nombre d'aliénés qui, en des temps non troublés, fussent passés inaperçus, et aussi de communiquer aux idées délirantes du moment une couleur spéciale. C'est également dans ce sens qu'agissent les grands mouvements scientifiques ou so-' ciaux qui s'opèrent au sein de la société. Les grandes découvertes, les inventions, les associations puissantes, etc., n'interviennent guère en effet, chez les aliénés, que pour colorer leur déhre et leur imprimer une physionomie particulière.
HÉRÉDITÉ. — V hérédité, qui est sans contredit la plus puissante et la plus importante de toutes les causes de folie, mérite de nous arrêter un instant.
Définition. — Par hérédité, il faut entendre, en pa-
thologie mentale, une prédisposition originelle à V aliénation, transmise aux enfants par les parerits.
Nature. Fréquence. — La source de cette prédisposition peut être non seulement l'alif^nation mentale elle-même chez les ascendants, mais les maladies qui s'en rapprochent, l'excentricité, les névroses, l'alcoolisme, certaines diathèses, la consanguinité, etc. C'est faute d'avoir ainsi compris l'hérédité dans son acception la plus large et la plus vraie, et pour l'avoir plus ou moins restreinte aux cas de transmission de la folie elle-même, qu'on n'a pu se mettre d'accord sur la fréquence exacte de cette cause en aliénation mentale. En réalité , on peut admettre, avec Marcé^ que dans les neuf dixièmes des cas, on trouve un antécédent quelconque.
Caractères. Formes. Variétés. — L'hérédité provient le plus souvent des parents eux-mêmes, c'est-àdire qu'elle est immédiate. Elle peut venir à la fois du père et de la mère, et, dans ce cas, elle est dite double ou à facteurs convergents. Ou bien, elle est isolément ' le fait du père ou de la mère, constituant ainsi F hérédité simple, paternelle ou maternelle. Suivant Esquirol, cette dernière est la plus grave. Elle est aussi trois fois plus fréquente que l'hérédité paternelle, d'après M. Baillarger.
L'hérédité peut provenir non plus des parents, mais des grands-parents, sans avoir passé parles ascendants immédiats. Elle est alors médiate. Elle peut aussi provenir à la fois de plusieurs générations antérieures, et, dans ce cas, elle est dite accumulée.
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L'hérédité est directe ou collatérale, suivant qu'elle tire son origine des parents ou grands-parents, ou des branches collatérales de la famille.
L'hérédité peut éclater chez les enfants plus ou moins longtemps avant de se manifester chez les parents. On peut la considérer alors comme anticipée^ par rapport à la folie des ascendants, restée jusqu'alors laten.te.
L'hérédité peut se traduire, chez les enfants, par une affection mentale identique à celle des parents. C'est le cas pour le suicide et quelquefois aussi pour certaines formes d'aliénation, telles, par exemple, que la folie à double forme. L'hérédité est alors similaire. Elle est au contraire dissemblable ou transformée lorsqu'elle se modifie en passant d'une génération à une autre. C'est là le cas le plus fréquent, et alors elle peut : soit s'accentuer de plus en plus pour aboutir à la dégénérescence de la race, c'est-à-dire ^ïyq progressive ; soit s'atténuer au contraire par une série de croisements heureux pour en arriver à disparaître, c'est-à-dire être régressive.
L'hérédité ne frappe pas indistinctement tous les membres d'une même famille. Un certain nombre peuvent échapper à cette influence. Il est même de régie, d'après Morel, d'observer dans les familles d'aliénés des types disparates. Cette disparité peut quelquefois être poussée à ce point qu'à côté de dégénérés ou d'aliénés, on trouve dans ces familles des hommes de talent et même de génie. (Parenté du Génie et de la Folie.)
D'une façon générale, les enfants les plus exposés à
l'hérédité sont ceux dont la naissance se rapproche le plus des accès d'aliénation des parents. C'est surtout le cas des enfants nés d'une mère en accès de folie puerpérale ou conçus par un père en état d'ivresse.
L'hérédité, en ahénation mentale, paraît affecter plusieurs types dont les principaux sont : 1° V hérédité vésanique, ou hérédité de la folie pure, des vésanies; 2° l'hérédité cérébrale ou congestive, c'est-à-dire l'hérédité des affections cérébrales et de la paralysie générale ; 3" V hérédité névroslque ou névropathique qui est celle des névroses.
Age. — La fréquence de l'aliénation mentale est surtout marquée dans la période moyenne de la vie ; au-dessus et au-dessous, cette fréquence diminue et s'abaisse de plus en plus à mesure qu'on s'approche des limites extrêmes de l'existence. Les principales étapes de la vie humaine, telles que la puberté et l'âge critique, sont le signal d'une recrudescence dans la fréquence de la folie.
Sexe. — Si l'on fait une statistique générale de l'aliénation mentale, le sexe masculin y figure pour un chiffre plus élevé que le sexe féminin. Si l'on exclut de la statistique les cas d'idiotie et de crétinisme plus fréquents chez les hommes, l'équilibre se trouve rétabli dans une certaine mesure, et si on sépare encore de l'ensemble les cas de paralysie générale et d'alcoolisme, on constate que la folie pure est, en résumé, plus fréquente chez la femme que chez l'homme. Il faut ajouter que certaines affections mentales, comme celles de la grossesse, sont spéciales à la femme et
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que certaines autres, communes aux deux sexes, se présentent chez elle avec des caractères particuliers.
Climats. Saisons. Phases de la lune. — Il n'est guère possible d'établir l'influence comparative des diff'érents climats sur la production de la folie, en raison de la multiplicité et surtout de la diversité des causes qui se surajoutent à elle. Ce qui paraît plus certain, c'est la recrudescence des cas d'aliénation dans certaines saluons et notamment dans le semestre de mars à septembre. Les anciens et, plus près de nous, Esquirol, attachaient une certaine importance à l'influence des saisons, non seulement sur le développement, mais aussi sur le cours de la folie ; tels ou tels accès devaient, pour lui, guérir à telle époque ; passé ce temps, si la guérison ne survenait pas, le pronostic devenait plus grave. Quant à l'influence des phases de la lune regardée autrefois comme si profonde que dans certains pays, elle a même donné son nom aux aliénés ( lunatic ) , elle n'est plus guère admise aujourd'hui. Il paraîtrait cependant qu'elle aurait une certaine action sur le retour des accès dans la folie intermittente, et notamment dans la folie à double forme.
Etat Civil. — Toutes les statistiques s'accordent à reconnaître que la folie est plus fréquente chez les célibataires que chez les gens mariés. On explique ce fait en disant que la condition du célibat favorise la vie irrégulière et prive les individus d'appui moral. Il serait peut-être plus vrai de dire que la même cause qui porte certains individus à la folie, les porte égale-
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ment au célibat. Il semble, en effet, que les prédisposés, en raison même de leur tempérament spécial, sont souvent portés à s'éloigner du mariage et à rechercher la vie égoïste et solitaire. On a remarqué également que, par une sorte d'attraction souvent inconsciente, les prédisposés avaient une tendance à s'allier entre eux. Enfin, on s'accorde à dire que le z;ewi;a^e a une influence positive sur le développement de la folie.
Professions. — Dans tous les pays du monde, mais surtout en Angleterre, ce sont les militaires qui occupent la première place, pour le nombre, dans la statistique de l'aliénation mentale. La paralysie générale est surtout fréquente chez eux. Il n'est pas rare non plus d'observer dans les rangs de l'armée certaines formes de folie épidémique, surtout la nostalgie et le suicide.
Dans les professions libérales, ce sont les hommes de loi, les ecclésiastiques, les médecins, les écrivains, les artistes qui paraissent payer le plus large tribut à la folie. Suivant une croyance généralement répandue, les Aliénistes et, en général, toutes les personnes qui vivent au contact des aliénés, auraient une tendance à devenir fous, sous l'influence de ce contact. C'est là, nous n'avons pas besoin de le dire, une erreur populaire, car le contact des aliénés ne peut agir que sur des esprits déjà prédisposés.
Dans les professions manuelles, les gens les plus exposés à la folie sont les ouvriers qui travaillent dans des substances toxiques ou dangereuses, surtout dans
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l'alcool, ceux qui sont exposés à de fortes chaleurs comme les chauffeurs, les mécaniciens, les cuisiniers, les ouvriers des usines, etc..
Éducation. — Une éducation vicieuse, trop rigide ou trop débonnaire, comme aussi trop hâtive et trop précoce, peut faire naître chez l'enfant certaines tendances à l'aliénation, ou, ce qui est plus fréquent, développer certains germes déjà existants. Aussi l'éducation des prédisposés et des enfants d'aliénés offre-t-ell0 des indications spéciales et des règles à part.
Causes occasionnelles l*" Causes morales
Passions . Émotions . Imitation. — L'action des causes- occasionnelles, morales ou physiques, sur le développement de la folie est incontestable, mais elle ne doit pas être' exagérée, et il faut bien savoir que sans une prédisposition déjà existante, sans le secours de la semence et du terrai?!, comme dit M. Bail, cette action resterait inefficace.
Parmi les causes occasionnelles, les causes morales tiennent la première place, et, parmi celles-ci, les passions et les émotions qui les résument toutes, en définitive. Les passions dépressives ont une action bien plus puissante que les passions gaies. Celles qui agissent surtout sont les émotions violentes, la terreur, le choc moral qui résulte d'un attentat à la pudeur, l'impression des premiers rapports du mariage (folie
post-connubiale),îa perte d'une femme aimée, les chagrins d'amour, les préoccupations qu'entraînent la misère, les émotions mystiques outrées, mais surtout les chagrins domestiques et les revers de fortune. Pour si brusque et si imprévue que soit l'action de ces causes, il est bien rare, comme on le croit généralement à tort dans le public^ que la folie se manifeste immédiatement, au moins dans toute son intensité. Quant à r imitation, elle peut avoir une certaine action sur certains esprits faibles, en quête d'une influence occasionnelle. Elle peut s'exercer à la fois sur un grand nombre d'individus, comme dans les fameuses épidémies de folie du Moyen-Age et comme cela arrive encore sous l'influence des récits que font les journaux de certains crimes ou suicides ; d'autres fois, elle se circonscrit aune sphère plus restreinte, et se limite à l'intimité de la famille et du foyer (folie à deux).
Emprisonnement cellulaire. — Comme l'a dit Lélut, la fréquence plus grande de la folie dans une population criminelle et condanmée est un fait désormais acquis à la science comme à la loi. Mais, s'il est vrai de dire que l'emprisonnement, surtout cellulaire, exerce une certaine influence sur l'état mental des détenus, il faut reconnaître que, le plus souvent, la véritable cause de la folie pénitentiaire réside non dans la prison, mais dans les prisonniers qui souvent étalent aliénés ou sur le point de le devenir au moment de leur condamnation, et qui, d'ailleurs, se recrutent le plus souvent parmi les demi-imbéciles, les
ETIOLOGIE 31)
pervers, les mal équilibrés. 11 y a même une tendance à riienre actuelle, a considérer a priori les criminels comme des auormaux et des irresponsables.
2° Causes physiques A. Causes locales
1° Directes. — Des chocs sur la tète peuvent devenir le point de départ de la folie, et même, dit-on, de la paralysie générale. Il en est de même des maladies des os du crâne, des tumeurs cérébrales, de l'érysipèle du cuir chevelu, surtout de l'inflammation de l'oreille moyenne et interne. Une mention spéciale, parmi ces causes, doit être réservée à l'insolation qui, dans certains pays, est une source fréquente de folie.
2° Sympathiques. — Certaines causes physiques locales déterminent la folie non plus par une action directesurle cerveau, mais àdistance etpar contre-coup: d'où le nom de folie sympathique ou par consensus donné à la folie qu'elles engendrent. Les principales de ces causes sont : les processus physiologiques et pathologiques de l'appareil génital (puberté, menstruation, ménopause, grossesse, affections des organesgénitaux), les maladies des viscères abdominaux, la présence de vers dans l'intestin etc. La plupart des auteurs rangent aussi parmi ces causes les afTections du cœur et laphthisie pulmonaire.
B. Causes générales Anémie. Cachexie. Diathèses. Fièvres. — La chlo-
rose et l'anémie, en délibitant l'organisme et le cerveau, favorisent le développement de la folie. Les pertes séminales excessives el l'onanisme paraissent agir de la même façon. Quant aux diathèses telles que les diathèse arthritique, dartreuse syphilitique, rhumatismale, goutteuse, etc., elles ont aussi une action sur le développement de la folie, soit qu'elles occasionnent directement des lésions dans le cerveau, soit que la folie survienne pendant une de leurs phases aiguës, ou après la disparition d'une de leurs manifestations cutanées ou autres, comme par une espèce de métastase.
Parmi les fièvres, la fièvre typhoïde et la fièvre intermittente constituent deux facteurs plus ou moins importants de la folie. On a vu cette dernière également succéder au choléra. Il est moins rare de la voir survenir soit pendant le cours, soit au déclin de certaines affections aiguës telles que la pneumonie, la variole, l'érysipèle, etc.
G. Causes physiologiques
La puherté, la menstruation, l'âge critique, la grossesse, l'accouchement, la lactation, etc., s'accompagnent très souvent de troubles intellectuels qui, dans certains cas, peuvent aboutir à la folie. Cette folie est rangée, d'habitude, parmi les folies sympathiques.
D. Causes spécifiques Un certain nombre de substances toxiques, qui ont
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une action manifeste sur le système nerveux, peuvent donner néussance à la folie. Les plus actives parmi ces substances, au moins en Europe, sont l'alcool, dont les ravages sont surtout effraj^ants, en France, dans les grandes villes du Nord, le plomb, l'opium, le tabac, le haschisch, enfin la morphine, qui, depuis cfuelques années, devient le poison a la mode, surtout chez les femmes nerveuses.
§ lïl. —DIAGNOSTIC.
La question du diagnostic en aliénation mentale, comprend deux parties bien distinctes: le diagnostic, au point de vue théorique, ou scientifique, et le diagnostic au point de vue clinique, ou pratique. Nous ne nous occuperons ici que du premier ; le second fera plus tard l'objet d'un chapitre spécial.
Le diagnostic, en aliénation, se compose de deux termes: 1^ la constatation de l'état cValiénation mentale; 2" la constatation de la forme de cette aliénation mentale,
1° Généralement, il est assez facile pour le médecin, car le public, lui, ne s'y trompe que trop souvent, de différencier un être déraisonnable d'un homme sain d'esprit, et, ordinairement, pour si cachée que soit l'altération intellectuelle, elle finit par se trahir clans la^ manière d'ètre, les paroles, les actes, les écrits ou les habitudes de l'individu. L'existence d'un trouble mental constatée, il s'agit de savoirs! ce trouble est feint ou réel, en un mot si l'on ne se trouve pas en face
d\m cas de simulation. (Les moyens pratiques de résoudre ce problème seront indiqués au chapitre de la pratique médico-légale de la folie.) L'hypothèse de la simulation une fois écartée, il reste à déterminer si le trouble psychique constitue véritablement un état d'aliénation mentale, soit qu'il ne dépasse pas les limites de la simple excentricité ou semi-aliénation^ soit qu'il s'agisse par exemple d'un délire fébrile, lié à une maladie aiguë. En ce qui concerne le premier cas, la difficulté n'est grande que dans la zone frontière ou mitoyenne, dont les limites sont souvent indécises ; là, une grande habitude peut seule permettre de résoudre la question et de préciser où s'arrête V excentricité et où commence V aliénation mentale. D'une façon générale, le critérium de la vraie folie consiste dans la perte du libre arbitre ; son appréciation ne laisse pas cependant que d'être parfois assez difTicile. Quant au second cas, il est aisé, en général, de distinguer le délire fébrile du délire vésanique, non seulement parceque le premier se lie d'habitude à une affection aiguë dont la coïncidence est bien faite pour appeler l'attention, mais aussi, parce que ses caractères ne sont plus les mêmes. Le délire fébrile est brusque, aigu, transitoire, intermittent ou rémittent: il est aussi plus bruyant, plus incohérent, plus décousu ; les malades, suivant l'expression populaire, battent la campagne ; ils marmottent entre leurs dents des mots inintelligibles (mussitation). Cette distinction entre le délire fébrile et le délire vésanique est à ce point évidente que chez certains aliénés, lorsqu'il survient une maladie aiguë, cette complication ne se tra-