VIII. —ANATOMIE PATHOLOGIQUE
La folie répond-elle, oui ou non, à des lésions matérielles ?
Pour résoudre cette question, il faut d'abord nettement délimiter le sujet et en exclure tout les états pathologiques, tels que alcoolisme, paralysie générale, névroses, etc., dans lesquels la folie n'entre qu'à titre de symptôme ou de complication.
1 ° Anatomie pathologique de l'aliénation mentale EN général. — Reste l'aliénation mentale proprement dite, comprenant les aliénations constitutionnelles et les aliénations fonctionnelles ou folies.
Les aliénations constitutionnelles, congénitales ou acquises, c'est-à-dire l'idiotie, l'imbécillité, le crétinisme, la démence, s'accompagnent, en général, d'altérations matérielles manifestes portant snr l'ensemble de l'individu et plus particulièrement sur le crâne et les centres nerveux. Ce sont, pour ne citer que les principales, l'absence et la faiblesse d'un organe, d'un sens ; la conformation vicieuse du crâne, l'asymétrie de la face, l'aplatissement des oreilles, la structure ogivale de la voûte palatine, le prognathisme, les anomalies des organes génitaux, l'impuberté et l'absence de poils ; la petitesse du cerveau, surtout l'absence ou l'amoindrissement de certaines régions ou circonvolutions, le ramollissement de certaines parties, etc., etc. Ici , il existe des lésions matérielles , souvent même grossières.
2° Anatomie pathologique de la folie. — Quant aux aliénations fonctionnelles, c'est-à-dire aux vraies folies, la question est plus délicate à résoudre, et, sur ce point, les opinions sont très divisées.
a. Folies aiguës. — Il paraît certain que danslagrande majorité des cas, les folies aiguës ne laissent pas de traces. Tout au plus peut-on supposer que les états maniaques ou d'excitation correspondent à une hyperhémie et les états mélancoliques ou de dépression à une ischémie de certaines régions du cerveau. Encore, ces désordres purement fonctionnels disparaissent-ils habituellement à l'autopsie, ce qui ne permet pas toujours de les constater. Il faut reconnaître aussi que dans un grand nombre de cas, l'hyperhémie et l'ischémie cérébrales, c'est-à-dire la congestion et l'anémie, sont impuissantes à provoquer la folie. Il faut donc avouer que les lésions échappent, et l'on connaît l'histoire de cette malade d'Esquirol qui, tuée à coups de sabot en pleine manie aiguë, par une autre malade, ne présenta aucune altération évidente à l'autopsie.
A côté des hyperhémies et des stases sanguines, on observe parfois dans les folies aiguës des effusions séreuses. On a même voulu faire de l'œdème cérébral la lésion caractéristique d'une forme particulière d'aliénation : la mélancolie avec stupeur. On trouve aussi, parfois, de petites hémorrhagies^ les unes méningées, les autres corticales.
b. Folies chroniques — Si les autopsies de fohe aiguë sont le plus souvent négatives, il n'en est pas de même, au moins en général, des folies chroniques.
Souvent, cette maladie laisse son empreinte sur la