HALLUCINATIONS S
secrets de leur existence. Ce phénomène porte le nom d'écho de la pensée.
La direction des voix est très variable. Elles peuvent venir d'en haut ou d'en bas, d'un côté ou de l'autre, d'avant ou d'en arrière, enfin, sortir du corps môme de l'aliéné. Dans ce dernier cas, elles finissent quelquefois par faire naître chez le malade la sensation et l'idée qu'il est double, et deviennent ainsi l'origine de cet état curieux qu'on désigne sous le nom de dédoublement de la personnalité. La distance d'où elles émanent est aussi très variable, et les hallucinés, qui ont souvent parfaitement conscience de leur degré d'éloignement, l'évaluent tantôt à un mètre à peine, tantôt au contraire, à plusieurs centaines de kilomètres.
La perfection de ces voix est i(i]]e eX \d conviction qu'elles entraînent si irrésistible et si profonde que les hallucinés les plus intelligents, médecins et aliénistes eux-mêmes, ne songent pas un instant à les révoquer en doute, et ont recours, pour expliquer leur existence, à toutes sortes d'interprétations absurdes et incroyables : par exemple à l'intervention de diverses forces, surtout de l'électricité, à l'action de tuyaux acoustiques, du téléphone, du phonographe, etc., etc.
Le langage des voix est le plus ordinairement usuel, et les mots qu'elles expriment, des mots du vocabulaire courant. Pourtant, elles peuvent faire entendre aux malades une langue étrangère ou inconnue. On connaît l'histoire de cet aliéné polyglotte, rapportée par Esquirol, chez qui les voix parlaient plusieurs langues, mais devenaient confuses lorsqu'elles s'exprimaient dans une langue que le malade connaissait à
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peine. M. Bail a observé un fait analogue. Enfm, les voix peuvent fabriquer des mots, prononcer des néologismes qui, passant ensuite dans le langage du malade, lui constituent peu à peu un vocabulaire à part. C'est là un signe de chronicité. L'hallucination de l'ouïe s'allie très souvent à d'autres hallucinations.
Les hallucinés actifs de l'ouïe, ceux qui sont en conversation perpétuelle avec leurs voix, ont souvent une physionomie spéciale qui permet, avec une certaine habitude, de les reconnaître. Le signe caractéristique est l'état de leurs yeux, grands ouverts, fixes et brillants, et qu'on ne saurait mieux comparer qu'au regard de l'homme absorbé par sa pensée et qui regarde sans voir. Au reste, en suivant de près ces malades, on remarque en outre qu'ils sont en colloque avec des personnages imaginaires. Ainsi, ils rient souvent de ce qu'ils viennent d'entendre, ou bien répondent à leurs voix, soit tout haut, sous forme d'exclamations plus ou moins brusques, soit tout bas, en remuant simplement les lèvres. Enfm, ils se livrent tout à coup à des actes bizarres ou dangereux déterminés par leurs hallucinations.
Pour en terminer avec les hallucinations de l'ouïe, il convient d'ajouter que la surdité n'est pas un obstacle à leur production. Au contraire, presque tous les aliénés sourds ou durs d'oreille sont hallucinés de l'ouïe. Il peut en être de même en ce qui concerne les autres sens.
Hallucinations de la vue. — L'hallucination de la vue, moins commune que celle de l'ouïe, présente des