‹ Manuel pratique de médecine mentaleChapitre 48 sur 179 · CLASSIFICATIONS ANATOMIQUES · texte numérisé non relu

CLASSIFICATIONS ANATOMIQUES

que celle de Morel, M. Luys a essayé récemment de prendre l'anatomie pathologique pour base de la classification des maladies mentales.

Voici de quelle façon M. Luys a établi ses groupes pathologiques sur cette donnée première :

A. — Dans un premier embranchement se place tout cet ensemble de troubles psychopathiques qui ont pour caractère essentiel d'être transitoires et fugitifs, — qui se révèlent par des phénomènes d'excitation et de dépression, et qui sont déterminés par des troubles circulatoires pareillement fugitifs et transitoires. — (Manies et lypémanies généralisées et partielles).

B. — Dans un second embranchement, se place tout cet ensemble de troubles psychopatiques qui sont liés à des lésions fixes et permanentes, et dans lesquels les troubles circulatoires n'ont qu'une importance secondaire, avec l'excitation et la dépression qu'ils entraînent à leur suite. Tels sont les troubles de la paralysie générale avec ses formes expansives et dépressives, les lésions diverses de l'idiotie, etc..

Chacun de ces embranchements comprend, à son tour, plusieurs groupes.

Le premier embranchement se divise en trois groupes :

1° Les hyperhémies (manies) avec toutes leurs modalités diverses, suivant qu'elles siègent dans les régions émotives^ intellectuelles ou psychomotrices^ et suivant qu'elles sont circonscrites ou généralisées.

2° Les ischémies (lypémanies) avec leurs différentes modalités, suivant qu'elles siègent dans les régions

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émotives, inlellectuelles, ou psychomotrices, et suivant qu'elles sont diffuses ou généralisées.

3° Les hyperhémies-ischémies , caractérisées par la coexistence, chez le même sujet, de processus hyperhémiques et ischémiques, avec leurs différentes modalités, suivant que la dépression et l'excitation coexsistent en même temps, chez le même sujet (lypémanies anxieuses, délires mélancoliques), ou que la dépression et l'excitation se succèdent l'une à l'autre chez le même sujet (folie périodique ou folie circulaire).

— Le deuxième embranchement comprend à son tour :

1° Les troubles psychopatiques qui sont liés à des lésions organiques fixes et progressives (paralysie générale, ramollissements et scléroses diverses, syphilitique, alcoolisme chronique, etc.

2" Les agénési'es, arrêts de développement de l'encéphale, avec imbécillité et idiotie consécutives.

3° Enfin, dans un groupe à part, se placent les intoxications diverses.

En proposant cette classification, M. Luys n'a certainement pas cru, dans le domaine encore si obscur de l'anatomie pathologique des maladies mentales, atteindre d'un seul coup la perfection." Son rare mérite a été de tenter ce qu'on n'avait osé faire encore jusqu'à ce jour, c'est-à-dire de donner à l'étude des maladies mentales « un point de départ naturel, une base organique dérivant de la nature même des choses à étudier » ; en un mot, comme je l'ai déjà dit ailleurs, d'opérer une tentative puissante et audacieuse

qui transporte la psychiatrie dans le domaine vraiment scientifique et qui lui marque sa route pour l'avenir.

La plupart des classifications qui ont été proposées jusqu'à ce jour, en aliénation mentale, ont été des classifications plus scientifiques que pratiques, c'est-àdire bien plutôt destinées à des spécialistes pour grouper leurs connaissances acquises, qu'à des individus étrangers à la psychiatrie pour les guider dans cette étude. Lorsque j'ai voulu, sur le terrain de la clinique, faire parcourir méthodiquement à des élèves le champ de l'aliénation, j'ai dû renoncer à me servir de ces classifications.

J'en suis arrivé ainsi peu à peu, non pour donner une fois de plus raison à Bûchez, mais pour m'aider à diriger rapidement et fructueusement dans leurs études ceux qui avaient bien voulu se confier à moi, à imaginer je ne dirai pas une classification, — ce serait peut-être un bien gros mot — mais tout au moins un clasBement 7néthodique des états primitifs d'aliénation mentale. Ce classement, je l'ai pris et repris, modifié et amendé, essayé pour ainsi dire chaque jour dans la pratique courante, si bien qu'aujourd'hui, sans avoir en aucune façon la prétention d'avoir fait œuvre scientifique, je crois être parvenu à composer un instrument d'étude simple, exact et commode, qui, mis entre les mains des élèves ou de médecins étrangers à la psychiatrie, peut leur être d'un grand secours et leur servir, en quelque sorte, de fil conducteur dans leurs études. A ce point de vue et quels que soient les reproches dont il puisse être passible à d'autres égards, ce classement mérite l'indulgence.

Mon premier but a été de tendre à la simplicité la plus grande, c'est-à-dire de débarrasser le cadre des maladies mentales des innombrables affections, soidisant entités morbides qui l'encombrent, pour en arriver à isoler les quelques formes vraiment primitives.

Ces types primitifs une fois obtenus, j'ai cherché à les classer d'une façon claire, méthodique et précise, et, autant que possible, en harmonie avec les faits cliniques.

Pour en arriver au premier résultat, à la reconstitution des formes simples de l'aliénation mentale, j'ai successivement éliminé du rang des folies spéciales toutes les folies liées à des états physiologiques ou pathologiques de l'organisme (folies associées, sympathiques et symptomatiques), qui ne sont autre chose, en y regardant de près, que l'association d'une folie simple, toujours identique au fond à elle-même, avec un processus normal ou morbide quelconque. Je n'ai conservé seulement, comme formes primitives, que celles qui pouvaient se montrer à l'état simple, c'est-àdire indépendantes de tout autre état. Ainsi, plus de folies utérine, cardiaque, rhumatismale, syphilitique, cancéreuse, menstruelle, vermineuse, goutteuse, etc., etc.,aumoins à titre d'entités morbides. Qu'est-ce, en effet, que toutes ces folies, soi-disant spéciales, sinon l'association d'une folie simple, toujours identique à elle-même, avec un état morbide qui se borne, sans en modifierlefond,àlul communiquer seulement quelques particularités sans importance ? Si chacune de ces folies différait essentiellement des autres et présentait des caractères spéciaux, il n'arriverait pas journellement

qu'on les prend pour des folies simples, et qu'on n'est éclairé sur leur véritable nature que lorsqu'on découvre l'état morbide auquel elles se lieut. On sait, en effet que les auteurs qui ont érigé toutes ces folies syphilitique, utérine, etc., etc., en entités morbides, ont été forcés de déclarer, en traitant du diagnostic, qu'elles ne différaient en rien des folies vulgaires, classiques, et que le diagnostic ne pouvait se faire qu'en démontrant soit par les commémoratifs, soit par un traitement approprié, la corrélation de la folie et de l'état morbide coexistant. On ne pouvait avouer d'une façon plus nette, l'identité absolue de toutes les folies associées et de la folie simple. Il en est de même au fond, pour toutes ces folies, telles que la folie puerpérale, les folies épileptique, hystérique, alcoolique, paralytique même, qu'on incline encore à considérer comme des formes de folie spéciales et qui ne sont, elles aussi, que l'association d'une folie simple avec l'un ou l'autre de ces états morbides. Prenons, par exemple, un accès de mélancolie avec stupeur lié à une paralysie générale. En quoi cet état diffère-t-il de la mélancolie avec stupeur vulgaire ? Il en diffère si peu que le diagnostic, on le sait, est impossible, et que, tant que le malade n'a pas parlé, ou manifesté d'une façon quelconque les signes de sa démence paralytique, les caractères de son accès de folie sont absolument insuffisants pour l'établir.^ De

J Cette manière de voir concorde parfaitement avec la théorie de M. Baillarger sur la paralysie générale. On sait en effet, que, pour cet éminent aliéniste, la paralysie générale comprend deux choses bien distinctes : 1» la maladie principale, qui est la démence paralytique; 2"la/b/ze paralytique, maladie toute

même encore, par exemple, en ce qui concerne la folie puerpérale. Qui pourrait se flatter de reconnaître en l'absence de renseignements, et sur le simple examen de ses caractères cliniques, un accès de manie ou de mélancolie puerpérales ? J'ai rapporté à cet égard le fait caractéristique d'un de nos maîtres les plus éminents ayant déclaré atteinte de manie puerpérale une femme qu'il savait être venue à Paris pour y chercher un nourrisson. Or cette femme était en réalité une nourrice sèche, complètement en dehors de l'état puerpéral, et faisant le métier d'élever des enfants au biberon. Je pourrais multiplier les preuves.

Il faut donc reconnaître que toutes les folies liées à d'autres étatsmorbides ne constituent pas des folies spéciales, et que si elles présentent quelques particularités plus ou moins saillantes par le fait de l'état morbide auquel elles se lient, elle ne diff'èrent pas essentiellement, au fond, de la folie simple, dont elles ne sont que des variétés.

Cette manière d'envisager les choses, exacte en principe, a surtout le mérite de simplifier de beaucoup la conception générale des maladies mentales, en démontrant que l'aliénation esL réductible, en fin de compte, à quelques types principaux, et que toutes les autres folies ne sont autre chose que l'association d'un de ces types, au fond toujours identique à luimême, avecunautre état pathologique.il suffira donc, et rien n'est plus vrai, de bien connaître les formes simples de la folie, sinon pour savoir toute la pathoantre, et cfiii le plus souvent s'associe, de façons diverses, à la première.

logie mentale, au moins pom^ se représenter à priori, les caractères essentiels de toutes les autres folies, quelles qu'elles soient.

Les états primitifs d'aliénation mentale isolés, il reste à les grouper d'une façon méthodique et précise. Ces états sont : Viinbécillitè^ Vidiotie, le crétinisme^ la démence^ la manie, la mélancolie et \di folie partielle. 11 n'en existepas d'autres. Or, il est facile de voir, comme nous l'avons déjà fait ressortir à propos des éléments symptomatiques de l'aliénation , qu'ils diffèrent surtout entre eux parce que les uns sont des maladies du fonds intellectuel et atteignent sa constitution, son organisation, tandis que les autres respectent le fonds de l'intelligence, mais altèrent son fonctionnement. De là par conséquent deux grandes classes d'aliénations mentales : i"^ \q^ Aliénations constitutionnelles ou Aliénations mentales proprement dites [Infirmités cérébrales); 2° les Aliénations fonctionnelles ou Folies.

La première classe comprend naturellement deux groupes, suivant que l'infirmité cérébrale est congénitale ou acquise et se compose, par conséquent : 1° des Aliénations constitutionnelles onmïivmiié^'congénitales (imbécillité, idiotie, crétinisme) ; 2° des Aliénations constitutionnelles ou infirmités acquises (démence).

On voit que sur ce point nous sommes parfaitement d'accord avec M. Ach. Foville, qui a eu l'idée, comme nous l'avons dit, de séparer dans sa classification, la démence des vésanies, et de la mettre à sa place naturelle, avec les infirmités cérébrales, à côté de l'imbécillité, de l'idiotie, etc., dont elle ne diffère que parce qu'elle est acquise, au lieu d'être congénitale.

La seconde classe de nos états primitifs d'aliénation se compose, avons-nous dit, des aliénations fonctionnelles ou folies. Elle comprend également deux groupes distincts : 1° les folies généralisée?,, ou avec réaction généi^ale morbide ; 2» les folies partielles, ou sans réaction générale morbide. Dans la description de chacun de ces groupes de folie, nous discuterons en détail leurs caractères distinctifs ; nous nous bornons ici à en indiquer la division. Le groupe des folies généralisées comprend, à son tour, trois espèces : 1° Fespèce manie, ou folie généralisée avec réaction par excitation; 2° l'espèce mélancolie, ou folie généralisée avec réaction par dépression ; 3o l'espèce folie à double forme, ou folie généralisée avec réaction par excitation et par dépression successives, c'est-à-dire formée par la réunion des deux espècesprécédentes. Enfin, chacune des espèces manie et mélancolie se subdivise en trois variétés identiques : 1» manie et mélancolie aiguës; 2° manie et mélancolie intellectuelles ; 3° manie et mélancolie morales, suivant que l'excitation ou la dépression sont généralisées à l'ensemble de l'être psychique, ou portent plus spécialement sur la sphère intellectuelle ou sur la sphère morale.

Quant au second groupe des folies, celui des folies partielles," ou sans réaction générale morbide, il se compose de plusieurs variétés : la folie hypocondriaque, la folie de persécution, la folle religieuse et la folie ambitieuse, susceptibles d'être réduites, ainsi que nous le verrons plus tard, en une espèce unique : la folie partielle, comprenant trois stades: l*' un premier stade de concentration analytique (folie hypocon-

clriaque) ; 2° un second stade à' explication délirante (folie de persécution, folie religieuse) ; 3° un troisième stade de tr aiis formation individuelle [ïoYiq ambitieuse).

Tels sont, groupés méthodiquement, les seuls états d'aliénation et de folie qui nous paraissent primitifs. Quant à toutes les autres folies existantes, elles ne sont, nous le répétons, que l'association d une des folies simples citées plus haut, avec un état morbide quelconque. Encore y a-t-il, à cet égard, une distinction à faire. Nous croyons pouvoir affirmer que la folie partielle, n'est jamais sous la dépendance d'un autre état pathologique, qu'elle n'est pas symptomatique en un mot, maïs essentielle. Les seules folies susceptibles de s'associer à d'autres états morbides sont les folies généralisées, c'est-à-dire l'espèce manie et l'espèce mélancolie sous forme d'une de leurs variétés, et l'espèce folie à double forme. En sorte que nous en arrivons, en fin de compte, à cette conception synthétique qu'il n'existe que quatre formes primitives de folie : 1° la manie \ 2° la mélancolie; 3° la folie à double forme (qui n'est que l'association des deux premières, mais constitue une entité à part) ; 4° la folie partielle. Quant à toutes les autres folies, elles sont toujours constituées par l'association d'une manie, d'une mélancolie ou d'une folie à double forme avec un état morbide quelconque.

Il nous semble difficile de simplifier davantage la compréhension générale de la folie, et d'une façon qui réponde plus exactement aux faits cliniques.

Voici, résumées sous forme de tableau synoptique, les données précédentes :

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