DÉMENCE SIMPLE
La démence est une infirmité cérébrale acquise, caractérisée par la déchéance des facultés intellectuelles et morales.
La démence a été longtemps confondue avec l'idiotie et avec la stupeur, qu'Esquirol considérait comme une démence aiguë. Il n'est pas nécessaire de rappeler que cette dernière est constituée par l'obtusion et non par l'affaiblissement de l'intelligence.
Etiologie. — Le démence est la conséquence d'une
foule de causes diverses. On la divise en primitive et consécutive, suivant qu'elle apparaît d'emblée ou à la suite d'une autre affection, dont elle n'est alors que l'étape terminale. Celle-ci est de beaucoup la plus fréquente, si bien que M. Bail a pu dire que la démence constituait un point d'arrivée et non pas un point de départ. La démence primitive est celle qui est due aux progrès de l'âge (démence sénile), ou à des altérations organiques du cerveau (démence apoplectique, paralytique etc.); la démence consécutive est celle qui termine les diverses folies (démence vésanique), l'épilepsie, l'alcoolisme, les arrêts de développement, et, d'une façon générale, toutes les affections qui aboutissent à l'usure des facultés intellectuelles et morales.
Description. — Nous devons nous borner à décrire ici la démence simple, c'est-à-dire l'infirmité cérébrale acquise uniquement constituée par V affaiblissement intellectuel. C'est là le squelette de la démence, le fond commun à toutes ses variétés. Quant aux particularités, délirantes et autres, qu'elle présente dans certains cas, ce sont là des symptômes surajoutés, que nous signalerons à l'occasion des divers états pathologiques dont ils sont la conséquence. Le type de la démence simple est représenté par la démence sénile non délirante.
On peut distinguer à la démence trois périodes : 1° une période initiale; 2*' une période moyenne ; 3° une période terminale.
1° Période initiale. Il est exceptionnel de voir la
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démence éclater brusquement. Le plus souvent, son début est insidieux, et l'affaiblissement intellectuel est déjà plus ou moins profond, lorsqu'on le constate. Tout d'abord, il survient une incapacité plus ou moins grande de travail, un manque de précision et de lucidité dans les affaires, les idées, le jugement, des erreurs de chiffres et de calculs. Bientôt, des lacunes se manifestent dans la mémoire, qui est, en général, la 'première faculté atteinte. L'amnésie porte d'abord sur les souvenirs les plus récents et, par suite, les moins aû?Aere/î?s(Kussmaûl), tandis qu'au contraire les souvenirs anciens reviennent en foule et s'illuminent d'une reviviscence particulière. Les malades oublient ce qu'ils ont fait et dit la veille, ils perdent leurs objets, et ne se rappellent pas ce qu'ils sont venus faire lorsqu'ils arrivent quelque part. Lorsqu'ils parlent, ils rabâchent constamment, en oubliant des noms et des mots, les mêmes histoires dans les détails desquelles ils s'égarent, perdant à chaque instant le fil de leur discours. En même temps, leur caractère change, et, sous ce rapport , on peut les distinguer en deux classes : les apathiques et les excités ; les uns placides et doux, les autres acariâtres et irritables à l'excès. Le plus souvent ils commencent à perdre, à ce moment, les bonnes manières, l'usage et le bon ton, et à pécher dans leurs discours, leurs gestes, leur tenue, leur façon de vivre, contre les règles les plus élémentaires de la politesse et de la bienséance.
2° Période moyenne. Au bout d'un temps plus ou moins long, les malades deviennent absolument incapables d'un travail sérieux et soutenu, et leur démence
fait des progrès évidents. Des faits récents, l'amnésie s'étend aux idées, aux mots, aux notions scientifiques ou professionnelles, aux langues apprises, n'épargnant que les premières acquisitions du premier âge; ce qui légitime parfaitement Texpression populaire : « tomber en enfance ». Il en résulte une puérilité d'idées et de langage, une diminution progressive des sentiments et des affections qui font du dément un véritable enfant, crédule, sans volonté, mobile à l'excès, oublieux des choses les plus simples et incapable de se conduire. Quant au langage, il devient incohérent^ non pas à la façon de celui des maniaques, chez lesquels il résulte d'un excès d'activité intellectuelle et est purement elliptique, mais par suite de l'oubli des mots tt des expressions à employer. C'est une incohérence verbale, une espèce d'aphasie caractéristique. Il en est de même pour l'écriture.
A un degré plus marqué, le dément est réduit à létat d'automate, et vit dans V inconscience la plus complète. Chose curieuse, cependant, bien qu'ayant tout oublié, jusqu'au nombre, à l'âge, au nom de ses enfants, jusqu'au sien propre, quelquefois, il peut encore se livrer d'une façon irréprochable et par une espèce d'habitude acquise, à des occupations ou à des distractions plus ou moins difficiles, telles que lecture de journaux, jeux de cartes, d'échecs, de billard, etc. A ce moment, son langage n'est plus qu'un radotage sans aucune signification.
Du côté physique, il existe également certaines particularités à signaler : ainsi, la plupart des déments prennent de l'embonpoint, et chez eux, les fonctions
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organiques s'exécutent avec la plus grande régularité. Il semble que la vie intellectuelle et la vie physique soient devenues tout à fait indépendantes l'une de l'autre. En revanche, le sommeil est léger, court, souvent presque nul. Chez certains, surtout chez ceux dont la démence relève d'une affection cérébrale, organique, la parésie des sphincters ne tarde pas à survenir. Il s'y joint des signes évidents d'affaiblissement musculaire.
3» Période terminale. Cette période est constituée par V anéantissemeyit à peu près absolu de l'intelligence et par les progrès de la cachexie organique. Au point de vue intellectuel et moral, le dément se trouve, à ce moment, dans les mêmes conditions que l'idiot ; plus rien n'existe de ce qu'il a été autrefois. En même temps, il maigrit, perd l'appétit, devient complètement gâteux, et, réduit à un état de décrépitude plus ou moins complet, il finit par mourir, soit par suite d'une complication cérébrale ou viscérale, soit par suite de troubles trophiques ou des progrès de la cachexie.
Durée. Anatomie pathologique. — La démence simple peut durer plus ou moins longtemps ; en général son évolution est très lente et s'étend à jolusieurs années. Quant aux lésions auxquelles elle se lie, elles varient suivant la cause de la démence. On peut dire toutefois, d'une façon générale, que la démence correspond à l'atrophie cérébrale et à des altérations dé~ génératives des centres nerveux.
Traitement. — Le traitement de la démence ne
peut être qu'un traitement palliatif. Quand la démence est simple, il se borne à des soins hygiéniques et moraux, à l'emploi d'une surveillance régulière, à l'usage de certains médicaments destinés à éviter les complications. Lorsque Taffaiblissement intellectuel s'accompagne de délire et surtout d'actes pathologiques , il est souvent nécessaire de recourir à la séquestration.