MÉLANCOLIE CHRONIQUE. MELANCOLIE SUBAIGUE
la manie chronique, présentant, elle aussi, jusqu'aux derniers moments, les caractères du délire antérieur (démence mélancolique). De même que la manie, mais plus rarement, la mélancolie peut se présenter d'emblée sous la forme intermittente o\i rémittente.
Variétés. — La mélancolie aiguë présente deux sous-variétés correspondant à celles de la manie : 1° \di mélancolie sub aiguë o\x dépression îuélancolique ; 2" la mélancolie suraiguë ou mélancolie avec stupeur.
1° Mélancolie subaiguë [Dépression mélancolique). La dépression mélancolique représente un degré de moins que la mélancolie aiguë. Elle est caractérisée par un état général de dépression plus ou moins marqué, compatible avec une certaine activité, mais elle diffère surtout de la mélancolie aiguë en ce qu'elle ne s'accompagne que peu ou point de conceptions délirantes et d'hallucinations. Souvent même , tout se borne à un état de torpeur et d'inertie de l'activité intellectuelle, morale et physique, avec tendance à l'immobilité absolue et persistante. Cette variété de mélancolie aiguë s'observe surtout dans la folie à double forme, dont elle constitue souvent la période dépressive, dans la paralysie générale, et enfin, dans la démence, l'imbécillité et l'idiotie.
2» Mélancolie avec stupeur (sur aiguë). — La stupeur ne fait partie du cadre des mélancolies que depuis que M. Baillarger a montré qu'elle en était la plus haute expression ; autrefois elle était regardée comme une variété de démence (démence aiguë d'Esquirol). En réalité, on peut la considérer comme une mélancolie
suraigLië, c'est-à-dire comme étant à la mélancolie ce que le délire aigu est à la manie.
Chez elle, la dépression est poussée à un tel point qu'elle atteint l'anéantissement complet de la réaction générale, d'où le nom qu'elle porte de stupeur. Toute l'activité est concentrée dans le domaine intellectuel, mais il n'existe aucune manifestation extérieure. Les malades sont en proie au délire le plus terrible, à des hallucinations terrifiantes ; ils assistent dans leur for intérieur à des drames épouvantables. Mais rien de ce qu'ils éprouvent ne transpire au dehors, et, à les voir, on dirait qu'ils ne pensent pas. En effet, ils sont absolument inertes, immobiles, et conservent indéfiniment la même position, comme les cataleptiques avec lesquels on les a quelquefois confondus. Ils ne parlent pas, ne mangent pas, ne marchent pas, ne font ni un geste ni un mouvement ; leur figure est impassible et offre le masque de l'hébétude la plus profonde ; leurs lèvres sont entr'ouvertes, et il s'en écoule de la salive ; tout leur corps et surtout leurs extrémités sont froides et violacées ; l'anesthésie est complète, la température abaissée de plusieurs degrés, le pouls est d'une extrême lenteur, la sitiophobie invincible, l'état gâteux absolu. Ces malades restent ainsi pendant des mois entiers, tantôt couchés dans leur lit, tantôt debout ou assis dans quelque coin d'une salle, repliés sur eux-mêmes, dans l'immobilité d'une statue. Parfois, sous l'influence d'une impulsion subite, iL sortent tout à coup de leur torpeur, ont un accès subit d'agitation ou se livrent à un acte de violence, puis tout s'éteint, et ils retombent à nouveau dans leur inertie.