MELANCOLIE INTELLECTUELLE
Traitement. — A. Traitement moral. La partie la plus importante du traitement, dans la mélancolie aiguë, est le traitement moral. Lorsque l'accès est subaigu ou peu intense, la séquestration n'est pas, dès l'abord, absolument nécessaire ; on peut alors essayer les voyages, les distractions. Faction morale du médecin etc., en prenant les précautions nécessaires contre le refus d'aliments et le suicide. Dans les cas graves, isolement complet, séquestration.
B. — Traitement médical. Hydrothérapie, drap mouillé, frictions sèches, bains sinapisés, électricité. Alimentation convenable ; au besoin , alimentation forcée. Sédatifs nerveux (bromures, choral), toniques (quinquina, fer, peptones), purgatifs répétés, lavage de l'estomac à la fois contre la sitiophobie et les troubles digestifs. Traitement des complications à mesure qu'elles se produisent.
§ IL — Mélancolie intellectuelle.
[Lypémanie délirante.)
DÉFINITION. — Nous désignons sous ce nom une forme de mélancolie, à marche habituellement chronique dans laquelle, avec un fond de dépression générale plus ou moins marqué, il existe, comme symptôme prédominant, un délire mélancolique par fois plus ou moins conscient.
Étiologie. — L'étiologie ordinaire de la folie. Cette
forme est cependant plus fréquemment héréditaire que la mélancolie aiguë.
Description. — La mélancolie intellectuelle n'est que la contre-partie de la manie intellectuelle ou excitation maniaque. Gomme elle, elle peut se présenter à Vétat aigu, mais elle affecte des allures habituellement chroniques. A un degré léger, elle existe, à titre permanent, chez un certain nombre d'héréditaires, de faibles d'esprit, qui, avec un fonds constant de dépression, manifestent des idées quasi-délirantes au sujet de leur santé, ou des inimitiés dont ils sont l'objet, etc. C'est un état de demi-folie dans lequel ces individus vivent perpétuellement.
A un degré plus élevé, il existe un délire mélancolique, avec une dépression de degré variable. Suivant la forme du délire, on a admis et décrit plusieurs variétés de mélancolie qu'on a rangé les unes dans les folies généralisées, les autres dans les folies partielles et dans les folies avec conscience, mais qui ne sont, au fond, que les aspects divers de la lypémanie délirante. Les principaux types sont :
A. La mélancolie hypochondriaque (nosomanie des anciens), caractérisée par des idées délirantes relatives à la santé, au fonctionnement des organes, et accompagnée le plus souvent, d'illusions internes. Elle est souvent liée à des troubles viscéraux dont elle est, alors, la conséquence sympathique.
B. La mélancolie avec idées de persécution, caractérisée, comme son nom l'indique, par des idées variables de persécution, non systématiques, avec hallucina-
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tions, et qu'il faut bien se garder de confondre avec le délire de persécution essentiel, type de folie partielle.
G. La mélancolie religieuse ^ surtout fréquente à la puberté, à la ménopause, chez les personnes pieuses, et qui est essentiellement caractérisée par des scrupules de conscience, des idées de culpabilité religieuse, des craintes de damnation, des hallucinations de la vue et de l'ouië etc.
D. Enfin la folie du doute qui est bien moins, comme on le pense, une entité morbide ou une folie partielJe qu'une simple variété de mélancolie délirante, avec un fond variable de dépression. Elle survient de préférence chez les héréditaires, surtout chez les gens cultivés, et se manifeste particulièrement par une grande inquiétude intellectuelle, par un état anxieux de r esprit. Cet état se traduit par des idées délirantes de doute et d'indécision relatives à divers sujets, tels que la métaphysique, les problèmes de l'existence, de la la religion et de la vie future, l'état de l'âme, les occupations de chaque jour, les calculs, les actes les plus ordinaires de la vie. Les malades en arrivent à douter de tout, même quelquefois de leur propre existence. Leur délire consiste en des interrogations perpétuelles auxquelles ils ne trouvent pas de réponse. L'évidence même ne peut les convaincre.
(Un de ces malades, qui m'avait été adressé par le docteur Glicvallereau, ayant un jour à moitié mis un tonneau de vin en bouteilles dans sa cave, remonta, après s'être assuré qu'il avait fermé le robinet. II n'était pas encore en haut que déjà il craignait d'avoir laissé le robinet ouvert; il redescendit , remonta, et fit plusieurs fois ce manège, sans jamais pouvoir être convaincu.)
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Tous ces divers délires, dont on a fait, peu à peu, des formes de folie spéciales, ne sont en somme, nous le répétons, que des variétés de lypémanie délirante ; et ce qui le prouve, c'est que dans tous on retrouve les trois éléments essentiels de la mélancolie : 1° un délire de nature triste; 2*^ un fond de dépression générale; 3° une tendance marquée au suicide .
Marche. Durée, Terminaison. — La marche de la mélancolie intellectuelle est le plus souvent cArow2'^M6?. De plus, elle revêt souvent la forme intermittente ou tout diMV[vom?> rémittente, avec crises épisodiques plus aiguës. Les malades peuvent guérir, ou être pris d'un accès de mélancolie aiguë ; le plus souvent, ils s'éternisent dans cet état de dépression délirante avec alternatives d'amélioration et d'aggravation, jusqu'à ce qu'ils aboutissent finalement à la démence, à moins qu'ils ne succombent à la suite d'une tentative de suicide, d'une mutilation volontaire, ou d'un refus prolongé d'aliments.
Pronostic. — Le pronostic est grave, puisqu'il s'agit d'un état chronique, susceptible il est vrai de guérison, mais ayant une tendance marquée à devenir permanent.
Anatomie pathologique. — Lésions variables et peu connues ; les mêmes, au fond, que celle de la mélancolie aiguë.
Diagnostic. — La lypémanie délirante peut être confondue avec certaines formes de folie partielle, surtout avec la folie hypochondriaque et la folie de persécution. Les éléments essentiels du diagnostic sont
les trois caractères signalés plus haut, savoir : la nature triste du délire, le fond de dépression générale, et la tendance au suicide, qui font défaut dans les folies partielles.
Il faut surtout s'attacher à déterminer si la mélancolie intellectuelle est simple ou liée à une affection quelconque, car elle est la forme la plus commune de la folie dite sympathique. Il est donc nécessaire de bien examiner, physiquement, les malades atteints de lypémanie délirante.
Traitement. — Même traitement que celui de la mélancolie aiguë. Insister sur le traitement moral. Traitement approprié dans le cas où là maladie est symptomatique d'une affection viscérale.
§ m. — MÉLANCOLIE RAISONNANTE.
[Mélancolie morale, lypémanie affective, impulsive.)
DÉFINITION. — Sous le nom de mélancolie morale ou mélancolie raisonnante, nous comprenons tous les états de folie avec fond de dépi^ession générale, dans lesquels r élément morbide prédomine dans la sphère morale, sans quil y ait, à proprement parler, de délire.
Ces folies sont, par conséquent, dans le genre mélancolie ce que sont les manies raisonnantes dans le genre manie.
Étiologie. — L'hérédité est la cause sinon exclusive, au moins prédominante de la mélancolie raisonnante.
Description. — La caractéristique de la maladie
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est un fond de dépression généralisée avec troubles variables dans la sphère morale. Ce sont, pour la plupart, des états chroniques qui se rencontrent, à l'état rudimentaire, chez les héréditaires et les dégénérés au premier degré. Tels sont les individus étudiés par Morel sous le nom à' émotifs.
A un degré plus élevé, Tétat devient véritablement pathologique, et il se traduit, d'une façon générale, par un état à' anxiété morale qui peut revêtir plusieurs aspects.
A. Tantôt Fanxiété morale porte sur les sentiments et les affections. C'est la mélancolie affective.
B. D'autres fois, l'anxiété morale se traduit par un sentiment absolu d'impuissance. Les malades n'ont aucune volonté, ils ne peuvent pas, ne savent pas vouloir. C'est la mélancolie perplexe de Lasègue.
C. Ou bien encore, l'anxiété se traduit par une impossibilité absolue de traverser de larges espaces [agoraphobie ou peur des espaces), de séjourner dans des endroits resserrés [claustrophobie)^ de se trouver en face d'objets grandioses [mégalophobie] ; de toucher certains objets , tels que boutons de porte, épingles, métaux, etc., etc. [délire du toucher) : en un mot par tous ces états que Morel décrivait sous le nom de délire émotif, et qu'on a eu le tort d'ériger en espèces morbides, car ils ne sont que les aspects divers que revêt l'anxiété mélancolique dans la sphère morale.
D. Enfin, dans certains cas, la mélancolie morale se traduit par un trouble des instincts ou des actes.
Deux formes dominent surtout. 1 ° Dans Tune, la maladie consiste dans un fond habituel de dépression avec accès aigus, caractérisés par une dépression morale plus grande, des malaises, des inquiétudes vagues, des troubles gastriques, aboutissant à une crise de dipsomanie, c'est-à-dire à une impulsion irrésistible à boire toutes sortes de liquides. L'accès aigu passé, tout rentre dans Tordre et le malade retombe dans son état habituel de dépression jusqu'à l'apparition d'un nouvel accès, toujours à forme dipsomaniaque. C'est là la véritable dipsomanie, qui n'est autre chose en etfet, la plupart du temps, que' la forme que revêt, chez certains héréditaires, la mélancolie raisonnante avec accès impulsifs.
2° Il en est de même pour le suicide^ mélancolie également très héréditaire, et qui est aussi constituée par un fonds de dépression plus ou moins marqué avec accès d'impulsion au suicide. On sait que cette mélancolie suicide relève, très souvent, d'une hérédité similaire^ et on a cité des faits très curieux dïmpulsion au «uicide, survenue au même âge et dans les mêmes conditions chez plusieurs membres d'une même famille, dans plusieurs générations successives.
Marche. Durée. Terminaison. — Marche chronique, intermittente ou rémittente. Durée indéfinie. Terminaison variable ?,mYdini la forme. Ainsi, la mélancolie affective, la mélancohe perplexe peuvent guérir ou se prolonger indéfiniment ; la mélancolie à accès dipsomaniaques entraîne, à la longue, les désordres de
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l'alcoolisme chronique ; la mélancolie suicide aboutit presque toujours à la mort volontaire.
Pronostic. — Grave. La mélancolie raisonnante est, en général, incui^able.
Diagnostic — La maladie se distingue de la manie 7'aisomiante par son fonds de dépression et sa tendance au suicide ; des autres formes de mélancolie, par l'absence de conceptions délirantes ; de la mélancolie aiguë, par sa marche chronique et rémittente.
Il faut surtout se préoccuper de savoir si la mélancolie raisonnante est simple ou symptomatique. En général, on la rencontre chez les héréditaires et les dégénérés au premier degré, dans la folie à double forme, dont elle peut constituer la période dépressive, et surtout dans l'hystérie.
Traitement. — Traitement moral. Éducation spéciale.\Direction morale. Surveillance étroite contre les accès impulsifs de dipsomanie et de suicide. Au besoin, séquestration.