‹ Manuel pratique de médecine mentaleChapitre 65 sur 179 · CARACTÈRES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES

comme aspect délirant, à une folie partielle, elle doit être rangée dans le cadre des folies généralisées si elle s'accompagne d'un état habituel d'excitation ou de dépression. Ainsi, il est une catégorie d'aliénés qui ont des idées délirantes de persécution, des hallucinations de l'ouïe, etc.; si l'on ne s'attache qu'à leur aspect mental, et c'est une erreur commune, on les considère comme atteints de délire de persécution, le type des folies partielles. Or, les malades dont je parle, présentent, en outre, un fonds de torpeur, ils sont déprimés. Gela suffit pour les enlever de l'actif des folies partielles et les faire rentrer dans le cadre des mélancolies. Ce sont ces soi-disant persécutés qui ne sont, au fond, que des mélancoliques à idées de persécution, qui ont une tendance au suicide et non à l'homicide, et qui, pour échapper aux tourments dont ils sont l'objet, cherchent un recours dans la mort. Et c'est ainsi qu'on va admettant généralement que chez les persécutés le suicide est fréquent. Je crois, au contraire, que si on enlève au délire de persécution ces faux persécutés, qui ne lui appartiennent pas, le suicide y devient, pour ainsi dire, exceptionnel. Le suicide est, par excellence , l'acte du mélancolique ; c'est son refuge, c'est par là qu'il échappe à ses peines. Le vrai persécuté, lui, réagit différemment, il ne subit pas les tourments qu'il éprouve, il ne s'y soustrait pas par la mort. C'est au plus haut degré un révolté , qui accepte la lutte, combat et se venge; il a recours à l'homicide, jamais, ou presque jamais, au suicide.

C'est pour avoir considéré ces mélancoliques à

idées de persécution comme des fous partiels, des persécutés, qu'on a admis à tort, à mon avis, la fréquence du suicide dans le délire de persécution. C'est aussi pour ce motif qu'on a signalé la guérison possible et même relativement peu rare du délire de persécution. Les persécutés qui guérissent sont les faux persécutés, les mélancoliques, en raison même de la curabilité de la mélancolie. Les vrais persécutés ne guérissent, eux, qu'exceptionnellement.

Je pourrais appliquer les mêmes remarques aux maniaques ;à idées ambitieuses que, faute d'envisager leur état général d'excitation, on range souvent à tort dans le cadre de la folie ambitieuse, folie partielle.

En résumé, tout aliéné qui présente un fond constant d'excitation ou de dépression, quelle que soit la nature de son délire, est un maniaque ou un mélancolique, ce n'est pas un fou partiel.

D'autres différences séparent encore les folies partielles des folies généralisées. Il en est une, surtout, sur laquelle l'attention n'a pas été assez appelée, et qui nous semble des plus importantes.

Les folies généralisées, étant des états primitifs d'aliénation mentale, peuvent bien exister à Fétat simple, c'est-à-dire indépendamment de tout autre état morbide ; mais toutes les fois qu'un état morbide (hystérie, alcoolisme, état puerpéral, affection viscérale etc., etc.) se complique de folie, c'est toujours d'une folie généralisée, c'est-à-dire d'un délire quelconque avec réaction générale d'excitation ou de dépression, mais jamais de folie partielle. Les folies

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