FOLIE AMBITIEUSE
tous à la troisième période de leur état pathologique, qui consiste, avons-nous dit, dans la transformation de leur personnalité, et se traduit par un délire ambitieux caractéristique. Ce délire qui tout d'abord ne se compose que de quelques idées d'orgueil, perdues au milieu des idées de persécution, ne tarde pas à se développer, à se condenser, en se mélangeant à ces dernières, de façon à ce qu'à un moment donné, le malade présente une coexistence manifeste de délire de persécution et de délire ambitieux^ tournant dans ce cercle vicieux pathologique qu'il est quelque chose par ce qu'il a des ennemis, et qu'il a des ennemis parce qu'il est quelque chose. Mais bientôt, les conceptions orgueilleuses commencent à prédoyniner, elles refoulent et étouffent peu à peu les idées de persécution qui subissent dès lors une marche régressive et deviennent plus ou moins confuses; si bien qu'il arrive un moment où le malade, comme on le dit, àQ persécuté est devenu mégalomane^ mot heureux et qui exprime bien cet état nouveau, à condition toutefois qu'on n'attache aucune signification au terme rnane ou monomanie, puisqu'il ne s'agit en rien, ici de manie.
Pendant ce temps, les hallucinations persistent ; ce n'est que très longtemps après et au moment où la démence tend à apparaître, qu'elles diminuent et s'affaiblissent progressivement.
Les malades continuent, pour la plupart, à être égoïstes, orgueilleux et méchants. Mais ils ont, à ce moment, quelque chose de véritablement caractéristique, c'est quils se coïuposent, à leur façon, Vhabitus du personnage quils croient être. Ce sont ces vieux
aliénés qu'on voit dans les Asiles vêtus de costumes si étranges, ornés de plumes, de lambeaux de drap de couleur voyante, de croix, de médailles, de chapelets, d'oripeaux de toute sorte ; souvent même ils se font une tête spéciale et se composent une coupe de cheveux et de barbe caractéristique. Rien n'est plus commun que d'en voir dont la tête et le visage rappellent, par exemple, la tête et le visage du Christ. Tous ces malades sont fiers, dignes et majestueux dans leur attitude, leur port, leur langage, leurs allures et ils ne se départent pas un seul instant de leur sérieux et de leur solennité. On dirait des acteurs de tragédie chargés de quelque rôle royal, qui continueraient en public, et dans le costume de leur emploi, à jouer leur personnage.
Cette période de folie ambitieuse dure indéfiniment, jusqu'au jour où survient la démence qui affaiblit et plonge peu à peu dans un néant confus toutes les conceptions vaniteuses de ces malades.
Folie A deux. — Il est des cas où un ou plusieurs individus, vivant au contact d'un des aliénés dont nous venons de tracer l'histoire, surtout d'un persécuté, présentent exactement le même délire que lui; Lasègue et M. J. Falret, qui les premiers ont étudié en 1873 cette particularité morbide, l'ont considérée comme le résultat de la communication du délire d'un persécuté à un ou plusieurs individus moins intelligents, qui, sans devenir positivement fous eux-mêmes, reflètent comme un miroir, la partie la plus vraisemblable des conceptions délirantes de l'aliéné. C'est pour ce motif