‹ Manuel pratique de médecine mentaleChapitre 73 sur 179 · FOLIE A DEUX · texte numérisé non relu

FOLIE A DEUX

que les deux auteurs ont donné à cette particularité curieuse le nom de folie à deux ou folie communiquée. Reprenant en 1879 l'étude de la folie à deux, je me suis attaché moi-même à démontrer qu'à côté des cas de delii^e communiqué dans lesquels on ne trouve qu'un seul aliéné, et un ou plusieurs semi-aliénés reflétant plus ou moins complètement son délire, il existe d'autres cas de folie à deux, plus intéressants peut-être encore, dans lesquels deux individus prédisposés et vivant en contact intime et prolongé, deviennent simultanément aliénés et en arrivent, par suite de ce contact, à présenter exactement le même délire. On admet généralement, à l'heure actuelle, qu'il existe en efl'et deux variétés de folie à deux : le délire communiqué, et la folie simultanée.

Marche, Durée. Terminaison. — La marche de la folie partielle est essentiellement chronique et sa durée couvre la vie toute entière du malade, à partir du moment où elle se développe.

La du7'ée de chacune des périodes qui la composent est éminemment variable suivant les sujets. Chez les uns, le stade hypochondriaque est très long, tandis qu'au contraire la mégalomanie survient presque au début du stade délirant. Il peut arriver également que la première période, courte et peu saillante, passe inaperçue, et que le malade s'éternise pour ainsi dire à la seconde période, dans son délire mystique ou de persécution, et meure sans avoir subi la transformation terminale de sa personnalité. Au fond, ce ne sont là que des variétés individuelles, dans lesquelles on finit toujours par retrouver, plus ou moins distincte-

ment, la marche typique que nous avons décrite à la maladie.

Quant à la terminaison habituelle delà folie partielle, elle n'est autre que la démence. Mais la démence est très longue à venir le plus souvent, et les malades peuvent rester aliénés pendant 15, 20, et 30 ans, sans présenter un affaiblissement marqué de l'intelligence. Au reste, alors même qu'ils sont tombés dans la démence, ils conservent des traces évidentes de leur délire ainsi que des vestiges de leurs hallucinations, ce qui donne à leur démence un caractère particulier (démence ambitieuse).

La mort survient ordinairement par le fait d'une complication quelconque ou d'une maladie intercurrente, assez souvent sous l'influence d'une hémor. rhagie cérébrale.

Pronostic. — Il n'est pas nécessaire de faire ressortir combien est grave le pronostic de la folie partielle. Lorsqu'elle est réellement constituée, elle est à peu près constamment incurable. Ce n'est que dans les premières périodes et alors que le délire n'est pas encore organisé, qu'on peut voir survenir une guérison ou tout au moins une amélioration temporaire.

Anatomie pathologique. — L'anatomie pathologique reste ordinairement muette. Tout au plus constate-ton,à la mort des malades, une atrophie cérébrale plus ou moins marquée. Mais ce n'est là qu'une lésion terminale, explicable par le fait de la longue durée de la maladie, et qui, d'ailleurs ne lui est pas spéciale, puisqu'on la retrouve dans la plupart des folies restées longtemps à l'état chronique.

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