FOLIE DE LA PUBERTÉ
temporaire, les jeunes gens montrent pour le danger un dédain, un mépris, auxquels ils ne pensent plus tard qu'avec épouvante.
Mais ce ne sont là que des troubles passagers et sans consistance, les simples oscillations d'un esprit en voie de formation et qui cherche son équilibre. D'autres phénomènes plus graves peuvent se joindre à ces symptômes et amener un véritable état d'aliénation mentale. Ce sont des conceptions délirantes qui prennent souvent, dans ce cas, le type religieux ou érotico -mystique^ et se traduisent par la peur du diable, de Tenfer, de la possession démoniaque, de la damnation, des idées sexuelles bizarres, mais surtout de l'amour platonique et mystique pour des beautés imaginaires conduisant très fréquemment aux- habitudes de masturbation. On peut observer aussi la folie du doute. Parfois, enfin, il existe des terreurs nocturnes, des cauchemars^ et même de véritables hallucinations, portant surtout sur le sens de la vue.
La folie de la puberté parait affecter plutôt la forme dépressive que la forme maniaque. En tout cas, elle se localise bien plus dans la sphère morale et dans celle des actes (\\xq dans la sphère purement intellectuelle, c'est-à-dire qu'elle se* traduit bien plus par des actes morbides et des impulsions que par du délire. Les impulsions morbides , dans l'hébéphrénie, conduisent les malades à des actions dangereuses ou criminelles et beaucoup de délits et de crimes, commis par des adolescents à ce moment de leur vie, ne reconnaissent pas d'autre cause qu'un trouble mental lié au travail de la puberté.
Quoi qu'en pensent certains auteurs allemands, a folie de la puberté est en général peu grave, et elle disparaît avec la cessation de la période critique qui lui a donné naissance, à moins d'avoir sa source dans une hérédité très marquée, auquel cas elle n'est que la première étape d'une dégénérescence intellectuelle ou d'une démence incurable.
Il n'est pas nécessaire de dire que les désordres psychiques développés sous Finfluence de la puberté, se manifestent bien plus fréquemment chez les jeunes filles que chez lesjeunes garçons. On sait en effet que la nubilité, chez les premières, est une époque toujours difficile, et aussi que les diverses étapes de la vie génitale retentissent bien plus profondément' chez la femme que chez l'homme. En revanche, il semble que l'hébéphrénie soit moins grave dans le sexe féminin, ce qui pourrait peut-être s'expliquer par ce fait qu'une fois la menstruation établie et régularisée, il s'établit chez la jeune fille une sorte de dérivation salutaire qui contribue puissamment à rétablir l'équilibre mental.
Il faut se garder de confondre, au point de vue de l'issue de la maladie, la folie de la puberté avec certains arrêts de développement apparus au moment de l'adolescence chez des dégénérés, et aussi, avec certaines démences précoces survenues chez de jeunes sujets à la suite de causes multiples et notamment des habitudes de masturbation.
Quant au traitem.ent, il doit être à la îo\^ prophylactique, chez les enfants prédisposés, moral ^ hygiénique et thérapeutique. Le calme d'esprit, l'éloignement de
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sujets religieux suceptibles de frapper l'imagination et de lectures excitantes, les voyages, les distractions, la gymnastique, l'hydrothérapie, les calmants, et au besoin les emménagogues, résument les principales ressources du traitement, en pareil cas.
§ II. — Folie de la menstruation {Folie menstruelle^ cataméniale, etc.)
Chez la plupart des femmes, même à l'état physiologique, le retour des règles s'accompagne, chaque fois, de troubles intellectuels et moraux dont la fréquence est tellement grande qu'ils attirent à peine l'attention. C'est surtout une excitation plus ou moins vive, une tendance à la loquacité, à la tracasserie, à la susceptibilité, à l'emportement, aux caprices, ou, au contraire, de la dépression avec indifférence et apathie, que l'on observe.
Dans certains cas, ces changements dans le caractère, l'humeur, les penchants des femmes peuvent acquérir une intensité plus grande et s'élever aux proportions de la folie. L'aliénation, dans ces cas, peut revêtir une forme quelconque. En général, il s'agit d'un accès passager de mélancolie et surtout de manie aiguë, n'ayant que la durée de la période à laquelle il est lié, revenant d'habitude avec elle, essentiellement éphémère, par conséquent, et susceptible d'être classé, à la rigueur, dans les folies transitoires et périodiques. Chez certaines malades, dit M. Bail, « les idées religieuses prédominent; chez d'autres, c'est la démonomanie qui occupe la scène. Enfin, il
est des femmes qui, à chaque apparition des règles, ont un accès de nymphomanie. Malgré sa gravité incontestable, cette folie périodique peut guérir. La grossesse exerce à cet égard une heureuse influence. Enfin, on voit quelquefois les accès périodiques disparaître à l'âge critique » .
Nous n'avons eu en vue, jusqu'ici, dans la description de ces phénomènes, que la menstruation normale. Quant aux troubles de cette fonction, et notamment à la suppression des règles ou ménostasie^ et à la dysménorrhée, leur action sur l'intelligence est plus évidente et plus fréquente encore, et elle amèn'e assez fréquemment la folie. Esquirol les faisait entrer pour un sixième dans l'ensemble des causes physiques de l'aliénation, chez les femmes. Tout le monde connaît l'observation citée par cet auteur, d'une jeune fille devenue aliénée par la suppression des règles qui, un matin, en se levant, alla se jeter au cou de sa mère en s'écriant qu'elle était guérie ; ses menstrues avaient coulé abondamment et sa raison s'était rétablie aussitôt.
Souvent, le trouble psychique se traduit principalement par des impulsions irrésistibles, par une tendance quelquefois périodique à la dipsomanie, à Vérotisyne, au vol, à Vincendie^ à Vhomi'cide, mais surtout au suicide.
En raison de toutes ces impulsions qui peuvent la traverser, la folie menstruelle soulève un point important de médecine légale. Aussi, ne doit-on jamais perdre ce fait de vue, lorsqu'il s'agit de déterminer la part de responsabilité qui incombe à une femme,
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auteur d'un délit, d'un crime, ou même d'une action uniquement extraordinaire, accomplis au moment des règles ou pendant la suppression de cette fonction.
D'une façon générale, la fcdie de la menstruation se juge presque toujours par le retour du flux menstruel, et lorsque celui-ci revient sans que la santé psychique s'améliore parallèlement, l'incurabilité est à craindre. Dans la grande majorité des cas, le retour des époques est consécutif à l'amélioration intellectuelle, ce qui a conduit certains médecins à ne s'attacher qu'à traiter la maladie mentale. Il vaut mieux cependant, en principe, s'attaquer à la cause même du mal, c'est-à-dire au trouble menstruel. Il est rare que sa disparition n'amène pas une détente générale, et, par suite, la guérison de la folie.
§ III. — Folie de la grossesse, de l'accouchement,
DE l'état puerpéral ET DE LA LACTATION
( Folie puerpérale. )
On désigne, sous le nom de folie puerpérale., la folie liée aux diverses périodes de la grossesse chez la femme, c'est-à-dire à la Gestation^ à V Accouchement y à l'état puerpéral et à la Lactation.
La folie puerpérale n'est pas très fréquente relativement au nombre des accouchées. Sa cause principale est V hérédité, et c'est très souvent à l'occasion de l'acte si important de la grossesse que les filles d'aliénés deviennent elles-mêmes aliénées. Les causes adjuvantes sont la misère, la débilitation par anémie
OU hémorrhagie, les angoisses et les tourments d'une faute, la difficulté du travail lors de l'accouchement, la suppression des lochies et du lait^ enfin l'affaiblissement produit par une lactation prolongée. Il est évident que les accès antérieurs d'aliénation mentale, soit en dehors, soit pendant l'état de grossesse, prédisposent très activement à la folie puerpérale. On n'est point absolument d'accord sur la question de savoir si les primipares y sont plus exposées que les multipares, ou inversement.
Au point de vue de l'époque à laquelle se développe la folie puerpérale, certains auteurs en admettent deux variétés : l'une avant V accouchement (folie ante partum), l'autre après V accouchement (post partum). D'autres, avec M. Bail, divisent en quatre époques l'état de grossesse, et décrivent par conséquent, à ce point de vue, quatre variétés de folie puerpérale.
La forme clinique que peut revêtir la folie puerpérale est toujours la manie ou la mélancolie. Le plus souvent, c'est la manie aiguë ou la mélancolie aiguë qui se manifestent; parfois même, l'état aigu devient suraigu, c'est-à-dire qu'on a affaire soit au délire aigu dans la forme maniaque, soit à la stupeur dans la forme mélancolique.
Quant à ce qui est des caractères de la manie et de la mélancolie liées à l'état puerpéral, ils sont évidemment les mêmes que ceux de la manie et de la mélancolie simples. Marcé, quia fait une étude spéciale delà folie puerpérale, dit qu'elle ne diffère en rien, par ses symptômes, de la manie ordinaire. « J'ai
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prouvé dans un autre travail, dit-il, que les caractères qu'on a voulu lui assigner, comme l'aspect particulier de la figure, l'odeur de souris exhalée par les malades, tenaient uniquement à l'état puerpéral concomitant, et que les manifestations erotiques, dans cet état morbide, étaient loin d'avoir la valeur et la fréquence que quelques auteurs lui ont assignée. »
Pas n'est donc besoin de décrire en détail la manie et la mélancolie puerpérales. Il suffit d'indiquer à chaque époque du processus physiologique les formes de folie généralisée qui peuvent survenir, et les quelques particularités plus ou moins saillantes qu'elles empruntent à la coexistence de ce processus.
1° Grossesse. — Un très grand nombre de femmes, sans devenir positivement aliénées^ présentent pendant la grossesse des troubles intellectuels et moraux plus ou moins marqués. Il est à peine besoin de rappeler ces envies, ces désirs extravagants, ces dépravations de l'appétit (pica et malacia), et aussi parfois cette tendance au vol qui se manifestent chez la femme pendant l'état de gestation.
Quant à la Folie de la grossesse proprement dite, elle se déclare généralement dans les trois derniers mois^ et revêt le plus habituellement la forme mélancoligue, surtout la variété subaiguë (dépression mélancolique), ou aiguë.
Parfois, la folie de la grossesse cesse au moment de Taccouchement, mais, le plus souvent elle se continue pendant l'état puerpéral.
2° Accouchement. — La Folie de r accouchement.
c'est-à-dire celle qui éclate au moment même du travail, est assez rare. Elle reconnaît pour cause, en dehors de l'hérédité, soit un travail difficile, soit les tourments d'un accouchement clandestin, et consiste dans un délire transitoire, passager, de forme généralement maniaque, avec impulsions subites, et surtout tendance à Vinfanticide. On a cité quelques cas où chaque contraction utérine s'accompagnait, au lieu d'une douleur, d'une crise subite d'excitation qui cessait chaque fois avec elle. Ces cas sont très rares.
3° État puerpéral. — La folie liée àl'état puerpéral ou folie puerpérale proprement dite est celle qui se développe après l'accouchement et avant le retour des règles, surtout du cinquième au dixième jour. C'est, avec la fohe de la lactation, la plus fréquente de toutes.
D'habitude, elle est précédée de prodromes tels qu'irritabilité, malaise général, angoisse excessive, puis l'accès éclate, et trois fois sur quatre, dit-on, il prend la forme de la manie, surtout de Idimam'e aiguë.
On prétend que Vérotisme et Vobscénité sont plus marqués dans la manie puerpérale que dans toute autre. Nous avons vu, avec Marcé, ce qu'il fallait penser de cette particularité, qui, au fond, n'est qu'une nuance difficile à apprécier.
Un signe qui paraît plus exact, c'est la fréquence, dans la folie puerpérale, soit à forme maniaque, soit à forme mélancolique, de Idi perversion des sentiments affectifs, surtout de l'aversion maladive et profonde pour le mari et les enfants.
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Quant à la mélancolie puerpérale, elle affecte également la forme aiguë ou même la forme suraiguë, c'est-à-dire la stupeur. Elle ne présente, à part la perversion des sentiments affectifs, et peut-être une tendance un peu plus marquée au suieide^ aucun caractère spécial.
4° Lactation. — La folie liée à la lactation se manifeste, en général, vers le deuxième ou troisième mois de l'allaitement. Elle reconnaît principalement pour cause, en dehors des conditions étiologiques générales, l'anémie, la misère, et surtout la débilitation produite par l'allaitement. Elle affecte de préférence le type de la mélancolie aiguë oyi subaiguë {dépression mélancolique).
Pronostic. — D'une façon générale, la folie puerpérale e?>i assez curable^ surtout à son premier accès^ moins cependant peut-être quela folie généralisée simple. Celle qui se manifeste pendant la gestation et la parturition est la plus curable ; au contraire, celle qui survient pendant la lactation offre un pronostic plus sérieux. On peut dire également que la folie puerpérale à forme maniaque présente plus de chances de guérison.
Il n'est pas de folie plus sujette à la récidive que la folie puerpérale, et une première atteinte prédispose presque fatalement à une seconde. Il est ainsi des femmes qui ont, à chaque grossesse un accès de folie puerpérale, tantôt à forme maniaque, tantôt à forme mélancolique. Toutefois, à chaque accès, le pronostic devient plus grave, et il est rare qu'à
une seconde ou troisième atteinte, la folie ne passe pas à Vétat chronique.
Le traitement n'est autre que le traitement habituel de la manie et de la mélancolie, avec les indications spéciales que réclame l'état de la femme, l'anémie, la suppression du lait, le retour des menstrues, etc., etc.
§ IV. — Folie de la ménopause
La ménopause, si justement appelée époque critique, est une période dangereuse à traverser pour beaucoup de femmes, et elle est très fréquemment l'occasion de perturbations intellectuelles et morales, de modifications psychiques qui peuvent aller, quelquefois, jusqu'à la folie. Ce sont surtout les femmes nerveuses ou prédisposées à l'aliénation mentale qui courent risque, à ce moment, de perdre la raison. Il n'est pas rare d'en voir qui, atteintes d'une prédisposition originelle qu'elles ont pu conserver à l'état latent pendant toute la durée de leur vie active, malgré les chocs physiques et moraux qu'elles ont subis, deviennent aliénées à ce moment, sous la seule influence de la suppression physiologique des menstrues. Chez d'autres, qui ont déjà eu antérieurement un ou plusieurs accès de folie, l'époque du retour d'âge est l'occasion d'un nouvel accès ou d'une rechute. Cette perspective est surtout à craindre pour les femmes dont les premières atteintes de délire ont été liées soit à la puberté, soit à des troubles des règles, soit à la grossesse, en un mot, à l'un des grands processus de la vie génitale dont nous ve-