‹ Manuel pratique de médecine mentaleChapitre 90 sur 179 · FOLIE DE LA TUBERCULOSE , 2S · texte numérisé non relu

FOLIE DE LA TUBERCULOSE , 2S

plus souvent latente^ l'affection pulmonaire influe sur l'aspect mental de la paralj^sie générale. Clouston a remarqué que tous les paralytiques tuberculeux avaient commencé par un stade de mélancolie, et que c'était surtout chez eux qu'on rencontrait ces idées hypochondriaques extravagantes, signalées par M. Baillarger.

Dans le cas où la folie se présente chez les phthisiques avec sa forme la plus fréquente, voici, suivant Glouston, résumé par M. Bail, comment les choses se passent habituellement.

Le début delà maladie s'annonce comme une manie ou une 'mélancolie. On observe de V excitation ou de la dépression, mais bientôt la période aiguë s'éteint et le malade tombe dans Vétat chronique. Il présente une disposition d'esprit toute spéciale. Il est en proie à une irritabilité morbide, à une mauvaise humeur continuelle. Il est atteint de la manie du soupçon [mania of suspicion). Il présente, pour ainsi dire, un faux délire de persécution. Il existe en même temps une sorte de paresse intellectuelle, une aversion profonde pour le travail, une horreur du mouvement.

Cet état de dépression est souvent traversé par des accès d'emportement. Sans aucun motif, le malade se met en colère^ mais son irritation ne dure pas longtemps.

Peu à peu le sujet verse dans la demi-démence, coupée quelquefois par des intermittences périodiques ; des éclairs d'intelligence viennent parfois traverser l'obscurité, et c'est surtout chez les aliénés phthisiques que l'on constate ce retour complet à la raison

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aux approches de la morlqiii a élé indiqué par tant d'observateurs.

Les lésions cérébrales, dans la folie des phthisiques, ne présentent rien de bien particulier. D après Schiile, il existerait souvent une hypérhénnie veineuse des mé ninges avec anémie de la substance corticale sousjacente. Le cerveau est pâle, œdénnatié, et présente par places une vascularisation irrégulière. Au microscope, on constate Tinfiltration graisseuse et la rupture de quelques fibres corticales. Suivant Glf)uston^ le poids spécifique de la substance grise serait, en outre, extrêmement amoindri.

La folie des phthisiques est incurable en général. La moitié des tuberculeux succombent en moins de trois années après le début de la folie. Enfin^ la folie n'agit que très rarement d'une façon favorable sur la phthisie, et, dans l'immense majorité des cas, bien que les symptômes de la phthisie restent masqués, Fépanchement tuberculeux n'en continue pas moins son évolution.

Le traitement est celui de la phthisie pulmonaire. Il faut savoir toutefois que la folie peut alterner avec les symptômes pulmonaires, et que faire disparaître la première, c'est souvent faire revenir les seconds, ce qui impose une grande prudence.

6° Pellagre {Folie pellagreuse, Paralysie générale pellagreuse)

On sait que la pellagre est une maladie générale, constitutionnelle ou diathésique, qui est essentielle

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ment caractérisée par unérythème squammeux borné aux parties les plus exposées à Faction de la chaleur et de la lumière, une phlegmasie chronique des voies digestives, dont l'indice le plus ordinaire est une diarrhée opiniâtre, enfin par une lésion plus ou moins grave du système nerveux aboutissant parfois à l'aliénation mentale et à la paralysie (Henri Gintrac).

Nous n'avons pas ici à développer la question étiologique qui a donné lieu à de si vives et de si longues discussions, tant en France qu'en Italie. Rappelons seulement qu'on a incriminé tour à tour les influences athmosphériques et géologiques, l'hérédité^ surtout l'usage du maïs altéré par un parasite appelé Verderame ou Verdet. En fin de compte, on admet généralement quela pellagre ne reconnaît pasàproprement parler, de cause spécifique, et que l'influence héréditaire, certaines professions, l'action de la chaleur et de la lumière, une alimentation insuffisante, la misère surtout certaines conditions climatologiques et topographiques, constituent un ensemble de circonstances qui, se trouvant réunies, impriment à l'organisme une débilitation profonde et peuvent déterminer son développement.

Folie pellagreuse. — En ce qui concerne les troubles intellectuels, il est reconnu que la forme d'aliénation la plus fréquente dans la pellagre est la mélancolie. Elle existe, plus ou moins marquée, dans la plupart des cas. Elle se traduit par une inertie^ une passivité, une indiff*érence, une torpeur assez grandes; par de Vinsomnie, des hallucinations, souvent terrifiantes, de la vue surtout, et aussi de l'ouïe; par des

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conceptions délirantes tristes avec idées fixes de désespoir, de damnation, de crainte, d'anxiété, et en particulier, une tendance tellement marquée au suicide et au suicide par submersion, que Strambio avait désigné la maladie sous le nom à'hydromanie. En parcourant les contrées à pellagre, on peut se convaincre encore que chaque année plusieurs pellagreux sont trouvés noyés dans les étangs. Cette dépression mélancolique qui peut aller dans certains cas, jusqu'à la stupeur, est toujours basée sur un fond d'obtusion, d'hébétude intellectuelle, qui finit par devenir permanent, et aboutit, par degrés, à la démence, à mesure que la cachexie pellagreuse fait de nouveaux progrès.

Paralysie générale pellagreuse. — M. Baillarger et certains auteurs italiens ont signalé l'existence d'une forme particulière de paralysie générale consécutive à la cachexie pellagreuse, et dont les symptômes prédominants, au point de vue des troubles intellectuels, sont la démence et les idées dépressives. Après des études et des discussions nombreuses sur ce point, on s'accorde assez à admettre aujourd'hui qu'il s'agit là non pas d'une véritable paralysie générale, mais d'une pseudo-paralysie générale dans le genre de celles que l'on observe dans le cours de la syphilis ou de certaines intoxications chroniques telles que le saturnisme et l'alcoolisme.

Pellagre chez les aliénés. — M. Billod, en 1855, a signalé une endémie de pellagre chez les aliénés des asiles d'Ille-et- Vilaine et de Maine-et-Loire, et depuis,

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dans un nombre considérable de travaux, il n'a cessé de soutenir la possibilité du développement de la pellagre dans le cours de Taliénation mentale. On s'accorde généralement à ne voir dans l'érythème et les troubles divers que présentent les aliénés à cet égard que de la pseudo-pellagre et non de la pellagre vraie.

La folie pellagreuse est des plus graves, non par ellemême, mais parce qu'elle est l'expression, dans la sphère de l'intelligence, d'une maladie générale à marche progressive, et qui aboutit presque fatalement à la cachexie et à la mort.

Le diagnostic de la folie pellagreuse ne peut laisser aucun doute en raison des autres symptômes de raffection générale. Quant à son traitement, il ne présente pas d'indication spéciale, et se confond avec celui de la pellagre elle-même.

7° Cancer [Folie cancéreuse)

Les travaux sur la folie bée au Cancer sont assez rares, et la question est assez obscure, en raison surtout de la confusion qu'on a fait de ses divers éléments, savoir : l'influence du cancer sur le développement de la folie, et l'influence du cancer sur la marche d'une folie préexistante.

Les cas de folie liée à une aff'ection cancéreuse sont assez rares, si Ton en excepte les cancers du cerveau qui, eux, agissent par un mécanisme difî'érent,à titre d'affection locale au moins autant que comme diathèse. Les cancers qui influent le plus sur le déve-

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loppement de la folie soiil le cancer de riilérus et celui de J'entomac. Ce (jui esl hot's de doule, c'est que le cancer ,cliez la pluparl des malades, d(Uernfiine des modiflcaiums du caractère^ de rirrilabilité, de la tristess(3, du découragenaent, parfois aussi des idées àQ suicide.

Ce n'est que chez des prédisposés que peut survenir uuQ folie véritable.

La folieliée aucancer est presque Loujours la mélancolie, avec hallucinations, idées hypochondriaques ou de persécution. Gomme dans la plupart des folies liées à des affections viscérales qui s'accompagnent de douleurs et de sensations morbides, la folie liée au cancer se fait remarquer surtout par ces interprétations délirantes de sensations réelles qu'on désigne sous le nom cVilluslons internes. Les femmes malades se prétendentenceintes, violées ; elles ont des crapauds ou des serpents dans le ventre, etc, etc.

En dehors de cette particularité, la folie liée au cancer n'a pas de signes caractéristiques qui méritent d'être sigiudés.

Son diagnostic peut présenter sou vent des diiricultés, car elle ressemble de tout point à la véritable mélancolie, et le cancer reste souvent latent, comme bon nombre d'afl'eclions organiques chez les aliénés.

Quant à son pronostic, il est grave, car l'accès de mélancolie n'est jamais franchement aigu ; c'est un accès subaigu, ou plutôt un accès de mélancolie délirante à marche lente et progressive, qui peut aboutir à la démence, lorsque la mort ne survient pas par suite des progrès delà cachexie cancéreuse.

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