‹ Manuel pratique de médecine mentaleChapitre 92 sur 179 · I. - ALCOOLISME · texte numérisé non relu

I. - ALCOOLISME

[Ivresse. Folie alcoolique. Démence alcoolique. Pseudoparalysie générale alcoolique)

Le mot alcoolisme^ créé en 1856 par Magnus Huss,

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s'applique à Ten semble des désordres que produit l'empoisonnement par les liqueurs alcooliques. Suivant que l'empoisonnement est brusque ou prolongé, l'alcoolisme est dit aigu ou chronique.

Les troubles psychiques de l'alcoolisme, les seuls dont nous ayons à nous occuper ici, peuvent se présenter soit dans Vintoxication algue, soit dans Vintoxication chronique. On les observe de préférence chez les sujets que leur hérédité, leur profession, leur état de débilitation prédisposent aux affections cérébrales ou vésaniques, et qui font un usage immodéré d'alcools de mauvaise nature ou de liqueur d'absinthe (absinthisme).

La plupart des états d'aliénation mentale peuvent se rencontrer dans l'alcoolisme, depuis Y ivresse, perte incomplète et momentanée de la raison, jusqu'à la démence simple et la démence paralytique. Les plus fréquents, toutefois, sont les folies aiguës généralisées, maniaques ou mélancoliques. A chacun de ces états d'aliénation, l'alcoolisme imprime quelques caractères spéciaux plus ou moins saillants, quinous obligent à les passer rapidementen revue. Nous décrirons donc successivement : 1° V ivresse', 2** les folies alcooliques aiguës (maniaques ou mélancoliques) avec leurs variétés subaïguë et sura^guë; 3° la démence alcoolique simple; 4*^ la pseudo-paralysie générale alcoolique.

1° Ivresse L'ivresse comprend trois périodes distinctes. La première est la période d' excitation ; elle est caractérisée par l'animation du visage et du regard.

VRESSE 271

un accroissement du pouls, de la transpiration, de l'excrétion urinaire, mais surtout par un sentiment général de bien-être, avecloquacité et tendances expansives. Ceux qui ont, comme on le dit, le vin gai sont à ce moment étourdissants de verve, d'entrain, de gaieté, de mouvement; ceux qui ont le vin triste sont déprimés, font la confidence de leurs malheurs, pleurent et se lamentent sans aucun motif; certains deviennent bienveillants, tendres, afTectueux, très portés à l'érotisme; d'autres se montrent irascibles, se fâchent pour un rien et ont une tendance marquée à se quereller et à se battre. A ce degré, Fhomme ivre possède encore une demi conscience, et la faculté de se contenir, au moins dans une certaine mesure. Mais déjà il existe chez lui une sorte d'anesthésie morale, il ne s'étonne plus de rien.

La deuxième période ou période ébrieuse se caractérise par des troubles plus marqués. Il n'y a plus seulement exaltation, mais encore perturbation de l'intelligence; les idées sont confuses, sans suite, mobiles à l'excès; le langage est incohérent, décousu ; la langue est épaisse, la parole embarrassée, l'impuissance génitale ordinairement complète, la marche vacillante, et la sensibiUté très obtuse. En même temps, il existe des troubles sensoriels tels que confusion de la vue, diplopie, tintouin, illusions du goût et de la sensibilité générale, et, quelquefois, un délire véritable avec impulsions.

La troisième période est la période comateuse. Elle se caractérise par un sommeil long et profond, accompagné de sueurs profuses, pendant lequel l'indi-

vidu est anéanti, inerte et complètement inconscient. Au réveil, il existe des malaises généraux plus ou moins accusés un sentiment de lassitude pénible, une soif fébrile, une sécheresse très grande de la bouche et surtout une migraine violente.

A côté de cette ivresse shnple^ comme on l'appelle, il en existe d^autres formes plus graves, notamment Yivresse convulsive, décrite par Percy, et Vwresse amnésique.

2° Folie alcoolique aiguë

La folie alcoolique peut se présenter, soit sous la forme maniaque^ soit sous la forme mélancolique.

Au point de vue de son intensité, elle affecte trois degrés différents : a. ~X accès subaigu ; b. — Vaccè?> aigu proprement dit; c. — Vaccès suraigu. Quelque soit le degré d'intensité qu'il affecte, l'accès de folie alcoolique est susceptible de survenir soit dans l'alcoolisme aigu, à la suite d'une intoxication brusque et passagère, soit à un moment quelconque dans le cours de l'empoisonnement chronique. Son apparition peut succédera de copieux excès ( delirium a potu nimio ), comme, au contraire , à la suppression de l'excitant habituel (delirium a potu suspenso). Il est très fréquent, également de voir l'accès de folie survenir brusquement à la suite d'un choc moral, ou physique ( traumatisme moral ou physique), surtout d'une maladie intercurrente. C'est ainsi que se développe le délire alcoolique dans la pneumonie, par exemple, ou à la suite des opérations chirurgicales (délire nerveux des blessés.) Un rien suffit donc, chez des individus sourdement in

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toxiques et saturés d'alcool, pour éveille?^ ou réveiller les troubles cérébraux.

A. Folie subaigue. — La forme de folie la plus fréquente dans l'alcoolisme, est la folie subaiguë qui traverse le plus souvent, comme un épisode passager, le cours de l'empoisonnement chronique. Elle se manifeste presque constamm.ent sous la forme mélancolique.

L'accès débute, en général, par V altération du sommeil, qui devient pénible, et troublé par des rêves. Lasègue, dont nous allons reproduire, en la résumant, l'étude récente, a dit qu'avant de délirer, l'alcoolique commence toujours par mal dormir, et que son délire n'est qu'un rêve éveillé ou de jour, qui fait suite au rêve endormi ou de nuit, et le continue non seulement au point de vue psychique mais aussi chronologique. Les rêves des alcooliqnes sont surtout des rêves d'action, ayant trait aux choses de la profession, aux événements du moment, à des péripéties dramatiques, et dans lesquels les hallucinations de la vue jouent le principal rôle. Il arrive un moment où ces rêves se prolongent pendant le jour, et c'est cette continuation du rêve pendant la veille qui constitue le dé lire alcoolique. Ce réveil douloureux résulte ou d'un excès d'agitation rompant comme le cauchemar poussé aux extrêmes la possibilité de dormir, ou d'une excitation extérieure ou d'un incident quelconque. Le passage du délire dormant au délire éveillé s'opère sans transition ; la folie ne suit pas le rêve à distance, elle en devient le maximum. Les choses se passent de

même en ce qui concerne la nature des divagations, c'est-à-dire que le délire continue les idées écloses pendant le rêve. Ce sont les mômes tableaux fantastiques, les mêmes épisodes poignants, les mêmes aventures baroques ou sinistres, les mêmes scènes tumultueuses et mouvementées. Dans le délire alcoolique comme dans le rêve, les hallucinations visuelles qui revêtent d'ordinaire le caractère terrifiant et consistent surtout en visions d'animaux, jouent un rôle capital et existent à l'exclusion à peu près complète de toute autre. En effet, les hallucinations auditives s'y réduisent en général, aux impressions les plus confuses, à des bruits de pas ou de coups, à des cris étouffés, à quelques phrases interjectives. D'autre part, à l'égal de tout rêveur, l'alcoolique est en mouvement incessant, physique et moral, pendantsa crise. Ses récits sont longs, mais composés de phrases saccadées, sans lien logique. Des faits et pas de réflexions, encore moins d'étonnement et de critique. Ce qui se passe se passe et voilà tout. Un dernier caractère, commun au rêve et au délire alcoolique, c'est la possibilité qu'ont ces deux états de se suspendre brusquement et passagèrement sous l'influence de se cousses imprimées au dormeur ou au malade et accompagnées d'objurgations excitantes.

C'est en se basant snr toutes ces particularités que Lasègue a pu dire que le délire alcoolique subaigu n était pas un délire^ mais un rêve.

A ces symptômes psychiques auxquels il faut ajou^ ter la tendance au suicide, qui est assez fréquente, viennent se joindre les symptômes physiques habi-

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