FOLIE ALCOOLIQUE AIGUË
déroulent aux yeux du malade. En peu de temps, ^'agitation esi à son comble, l'alcoolique crie, vocifère, marche et court sans s'arrêter.
Le tremblement est tellement intense et tellement généralisé qu'il a donné son nom à cette variété de folie alcoolique. Le corps tout entier est en vibration, et il est facile de s'en assurer en plaçant les mains sur les épaules du malade. Les mains et les bras sont agités d'un mouvement étendu, incoercible; la tête toute entière oscille ostensiblement, la langue est tellement tremblante qu'elle est tirée convulsivement hors de la bouche ; enfin le tremblement peut s'étendre parfois aux lèvres et aux muscles vocaux de façon à dét3rminer un certain embarras de la parole. De même il peut exister une inégalité ajiparente des pupilles, assez fréquente, comme on le sait, dans l'alcoolisme chronique.
Notons enfin divers troubles plus ou moins constants, tels que l'existence de sueurs pro fuses, V accélération du pouls, les accès épilepti formes, enfin les troubles habituels de l'intoxication alcoolique dans les fonctions organiques. Quant à la température, elle n'est pas sensiblement modifiée, et serait plutôt diminuée qu'augmentée, surtout à la périphérie.
La guérison est la terminaison habituelle de l'accès de folie alcoolique aiguë et elle se produit assez rapidement dans l'espace de huit à quinze jours, sous l'influence de la seule suppression de l'excitant habituel; elle se manifeste par le retour du sommeil et la diminution progressive des symptômes de l'accès.
MÉDECINE MENTALE. It)
i!78 ia)LlES TOXIOUES
0. Folie suraigue. — Dans la folie alcoolique su raiguë, l'accès atleiiil son degré d'acuité le plus élevé. Diinslà forme mélancolique, il survient un véritable élat de stitpeur. Immobiles, hébétés, incapables de répo dre et d'agir, le visage territîé, les yeux hagards, les malades sonl plongés dans la prostration la plus profonde ; ils paraissent assister à. des spectacles horribles dont la vue les terrifie, et ils ne sortent de cet anéantissement que pour exécuter brusquement qu^^lque tentative de yuicide. C'est surtout dans celle forme qu'ils ne conservent qu'une idée exli'émement vague de toul ce quis'est passé dans leur accès, elque tout ce qu'ils ont vu, entendu ou fait, même leurs tentatives de suicide, leur apparaît connue un rêve confus et éloigné. Cependant cet accès de stupeur guérit habiluellement, et disparaît, mais avec une certaine lenteur et laisse souvent à sa suite des troubles divers, notamment de Vhébétude et de Vob- ///6V0/? intellectuelle.
Dans la forme maniaque, l'agitation atteint sou maximum, et elle otïre tous les caractères du délire aigu, dont elle porte du reste le nom (délire aigu alcooliqueVTout à^ait analogueau délire aigu simple, l'accès prosente, comme lui, une élévation de température qui peut aller jusqu'à 40, 4i degrés et même plus, {deli)'ium troiwns fébrile) des symptômes |typhiques, des sueurs profuses, des fuliginosités, des soubresauts des tondons, de la petitesse du pouls, des convulsions, de l'adynamie,etc. Comme lui aussi, ilse termine habituellement parla;/^or/, qui a lieu soit subitement, à la suite d'une syncope, soit danslecoma.
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Les lésions cérébrales que Ton rencontre le plus fréquemment danslesaccès aigus de folie alcoolique, en dehors des lésions habituelles de l'alcoolisme chronique, telles que l'athérôme artériel et la dégénérescence graisseuse des vaisseaux, sont la pachy méningite hémorrhagique, l'épaississement des méninges, et leur infiltration par la sérosité, les suffusions sanguines, l'adhérence des méninges à la couche corticale, la coloration plus ou moins marquée de la substance grise, le pointillé de la substance blanche, l'épanchement de sérosité dans les ventricules latéraux, enfin des foyers hémorrhagiques siégeant dans divers pointset surtout dans le territoire de l'artère sylvienne du côté gauche.
Le diagnostic, en général facile, peut présenter des difficultés, dans le cas, par exemple, où il s'agit d'un accès aigu à forme mélancolique et avec idées de persécution. Nous avons vu que ces cas étaient fréquemment pris pour des cas de délire de persécution au début, et réciproquement. Cependant, ici les idées de persécution sont plus confuses, plus terrifiantes, et elles s'accompagnent d'une panophobie qui n'existe pas dans la folie partielle.
Quant à la stupeur et au délire aigu alcooliques, ils ne différent de la stupeur et du délire aigu simple que par leur origine et les caractères concomitants de l'intoxication alcoolique.
Le traitement de la folie alcoolique aiguë, se confond avec le traitement ordinaire de l'alcoolisme, et, comme lui, il consiste essentiellement dans la suppression de l'excitant habituel. Cependant, dans cer-
tains cas, il est nécessaire de n'arriver que lentement et par transitions à cette suppression, et de sevrer peu à peu le malade d'alcool, en diminuant chaque jour la dose. L'insomnie étant le trouble le plus constant de l'alcoolisme, l'indication capitale consiste à rétablir le sommeil ; c'est pour ce motif que les calmants et en particulier le chloral sont les agents thérapeutiques dont l'usage réussit le mieux, surtout dans les formes excitées. On a aussi vanté récemment la strychnine contre les accidents de l'alcoolisme aigu.
3° Démence alcoolique.
Lorsque l'alcoolisme chronique a duré un certain temps, il déterminée la longue uïïq déchéance ^vogressive de l'individu, tant au point de vue intellectuel et moral, qu'au point de vue physique. Dans cette dernière sphère, le tremblement, la dyspnée, l'aphonie, les convulsions épileptiformes, l'empâtement de la langue, l'affaiblissement musculaire, l'anesthésie et Thypéresthésie, les troubles oculopupillaires, la dégénérescence graisseuse, la perte de l'appétit, les vomissements bilieux, les troubles circulatoires, la congestion du foie, etc., etc., sont les plus importants de tous les symptômes.
Quant à V affaiblissement intellectuel , il survient lentement, et se manifeste, comme tous les états de démence par la diminution progressive de la mémoire, des facultés, ainsi que par l'indifférence et la perte des sentiments et des affections. Ce qui caractérise plus particulièrement cette démence, c'est V insomnie