FOLIE MORPHINIQUE
duits par rempoisonnement par la morphine. 11 peut être médical, c'est-à-dire être le résultat d'une médication plus ou moins prolongée par la morphine, mais presque toujours il succède à la morphinomanie, c'est-à-dire à la passion du malade pour cet agent toxique.
Nous n'avons pas besoin de rappeler l'histoire du morphinisme et de la morphinomanie, ni d'expliquer comment les injections sous-cutanées de morphine, préconisées par un médecin pour calmer les souffrances de ses malades, sont devenues, en peu de temps, un poison à la mode dans certaines classes de la société, où elles exercent déjà les plus grands ravages.
Ce qu'il nous importe de constater, c'est que comme tous les agents toxiques, la morphine est susceptible de provoquer des troubles intellectuels de diverse nature, et l'histoire de certaines affaires criminelles récentes montre que déjà le chapitre médicolégal du morphinisme est commencé.
Un certain nombre de travaux ont déjà paru sur le morphinisme et la morphinomanie, maisles leçons récentes de M. Bail sur ce sujet sont une des premières études qui aient eu spécialement trait aux désordres psychiques de cette intoxication. C'est auxnotes prises à ses leçons par M. le docteur Vallon, chef de clinique du professeur, que nous devons de pouvoir en résumer ici les principaux caractères.
D'une façon générale, la folie produite par la morphinomanie ressemble de tous points à toutes les autres folies toxiques, et comme elles, elle se traduit surtout par des accès plus ou moins aigus de manie
OU de mélancolie avec insomnie, hallucinations de la vue de nature terrifiante, tremblements, etc. Mais la morphinomanie produit plus rarement la folie que les autres intoxications et le plus souvent elle donne lieu à des désordres intellectuels qui se limitent dans le domaine de la semi-aliénation.
Il convient, à cet égard, de distinguer les accidents déterminés par Vabus de la morphine et ceux déterminés par sa suppression^ caries deux peuvent devenir la source d'un trouble mental, comme nous l'avons vu pour l'acool et le plomb.
1^ Effets de l'abus. —Le?, premiers effets de l'absorption du poison sont engénéral agréables, etcettepériode de stimulation peut durer, suivant les sujets, de quelques semaines à quelques années. A dater du moment où la passion est devenue tyrannique, où le morphinique est devenu morphinomane, les désordres surviennent plus ou moins rapidement, et voici quels sont, dans la sphère intellectuelle et morale, les symptômes qui peuvent se présenter.
Le premier effet, nous l'avons dit, est un sentiment de bien être et de béatitude, une sorte de stimulation des facultés. Mais bientôt, la volonté se paralyse et le malade n'a plus assez d'énergie pour secouer sa torpeur et renoncer à son habitude. Souvent même, il n'a plus la force de quitter son lit (manie lectuaire). La mémoire etle jugement ne paraissent pas sérieusement affectés, mais ils peuvent présenter une certaine obtusion. Le sens moral est presque toujours profondément émoussé; les morphinomanes en arrivent à com-
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mettre des actes indélicats, quelquefois même des actes délictueux ou criminels. Enfin leurs instincts peuvent être dépravés et ils se livrent assez fréquement à toutes sortes d'excès, et même à une débauche véritablement pathologique. Le sommeil est constamment troublé et dans certains cas presque nul ; tout au plus se produit-il alors dans la journée une tendance à la somnolence mais n'aboutissant pas au repos. F^orsque tous cestroublesacquièrent une certaine intensité, il s'y joint d'habitude des accidents plus graves, tels que terreurs paniques, hnllucinations, de la vue surtout, mais qui peuvent afTecter également l'odorat et le goût. Quelquefois il survient un véritable état de mélancolie avec prostration, idées de persécution, tendance au suicide etc. La manie aiguë est plus rare, cependant on peut l'observer; c'est ainsi que dans les cabarets de llndo- Ghine on peut voir des Malais, au paroxysme de la fureur d'avoir perdu au jeu, se précipiter dans la rue un couteau à la main.
Enfin l'abus prolongé de la morphine peut déterminer à la longue, un état de démence cachectique ^\\x^ ou moins analogue aux autres démences toxiques.
A ces désordres purement psychiques vient se joindre le cortège habituel des symptômes physiques de l'empoisonnement, telsqu'anesthésie ou hypéresthésie, diminution des réflexes, augmentation de l'appétit, constipation opiniâtre avec ténesme et épreintes, dysurie, impuissance, intermittence du pouls, dyspnée, raucité de la voix, induration de la peau, tendance ai]x accidents locaux au niveau des piqûres, enfin, aspect vieilli et ridé de la face.
2° Effets de l'abstinence. — Ces effets se produisent chez les morphinomanes qui soit volontairement, soit involontairement, se trouvent plus ou moins brusque ment privés de leur stimulant habituel. Parmi ces effets de Tabstinence les uns sont identiques et les autres opposés à ceux qui résultent de l'abus. Du côté de l'intelligence, on voit disparaître l euphorie qui est remplacée par V irritabilité, les inégalités de caractère et d'humeur, la tendance à tout critiquer et à tout voir en mal. Il s'y joint une sensibleiHe plus ou moins grande, de Vincapacité de travail, de la faiblesse intellectuelle de la somnolence, de V affaissement de la volonté. Dans certains cas, les malades sont dans la torpeur et l'inertie, ils ne bougent pas de leur lit ; d'autres fois au contraire ils sont dans une agitation extrême, ils vont et viennent, ne peuvent rester en place, poussent des cris et des gémissements, pleurent et se lamentent à tout propos. Parfois il s'y joint des hallucinations de la vue, de l'odorat et du goût. L' insomme esten général complète. Dans certains cas il se déclare un véritable accès de folie, tantôt à forme maniaque avec excitation violente, et parfois même, un véritable délire tremblant.
Les troubles physiques concomitants dans la sphère de la sensibilité, de la mobilité et des fonctions organiques sont bien plus marqués que dans l'abus, et ils peuvent aboutir à un état très grave, comme le collapsus, susceptible d'entraîner la mort. On sait que le meilleur moyen de traitement, dans ce cas, est le retour aux injections de morphine, qui font souvent disparaître comme par enchantement les accidents, pour si graves qu'ils paraissent.