CHAPITRE VI
DES EAUX MINÉRALES DANS LEURS RAPPORTS AVEC LES MALADIES CHRONIQUES ET LES DIATHÈSES
S'il est une chose qui doit surprendre au premier abord quand on pénètre dans la thérapeutique minérothermale, c'esL la multiplicité d'indications similaires auxquelles répondent une foule d'eaux dissemblables. Cel écueil n'est nulle part plus apparent que lorsqu'on feuillette un certain nombre de monographies et que l'on voit défiler le cortège obligé des maladies imnombrables que chaque source guérit. Il semble alors au médecin étranger à ces questions qu'il n'ait rien de mieux à faire que de se renfermer dans un doute presque absolu. Et cependant il y a là bien plus défaut de méthode que confusion ré. die. Certes, nombre d'indications sont communes, et ce sont celles-là qu'on retrouve précisément, dans tous les travaux spéciaux. Il est bien difficile, par exemple, de
trouver i au thermale qui n'ait guéri ou amélioré
quelques cas de rhumatisme. C'est que le rhumatisme est en somme justiciable d'un élément commun
à beaucoup de sources : cet élément est le calorique. Mais, à côté de cette action commune, il en est d'autres spéciales à chaque genre d'eaux : ce sont celles-ci que l'on doit le plus mettre en lumière; elles sont en rapport avec les parties constituantes de l'eau minérale, mais n'en dépendent pas exclusivement.
Ainsi donc, partout on retrouvera certaines modifications dues à l'emploi des diverses températures, des pratiques balnéaires de toute espèce, au déplacement, à l'influence des agents hygiéniques. — C'est ainsi que, sans vouloir étendre ce fait à l'universalité des stations thermales, il est avéré cependant qu'une action reconstituante générale se prononce habituellement dès les premiers jours. Le réveil des fonctions languissantes, de l'appétit diminué, un retour remarquable des forces surprend tout d'abord, même dans des cas où l'on ne pourrait s'attendre à rien de semblable. Personne n'ignore qu'il en est même ainsi, au début, chez les phthisiques les plus avancés, sans ressources, que l'on a plutôt laissés partir pour les eaux qu'on les y a adressés. En pareil cas évidemment, ce réveil momentané ne fait illusion à personne; l'état antérieur reparaît, et les progrès du mal continuent. On n'a fait que constater un effet banal et passager du changement de climat, d'une nouvelle altitude, effet auquel se joint peut-être la stimulation produite par quelques cuillerées d'eau sur un organisme d'autant plus sensible qu'il est plus affaibli. Mais eel effet banal est mieux prononcé, a des résultats plus durables et plus salutaires quand on a affaire à
d'autres malades, à des constitutions relativemenl saines et vigoureuses. Ici , les moyens employés sont plus nombreux; avant tout antre travail intime, profond, la peau, les muqueuses sont affectées el éprouvent un redoublement d'activité, ('/est dans ce sens surtout qu'il est vrai de dire que tout est dans la méthode suivant laquelle on applique les eaux, puisque déjà une cure par ces moyens généraux peut être utile dans un grand nombre d'affections ; mais c'est là simplement le terrain commun de toute la médecine minêrothermale, terrain commun, au delà duquel il en existe un autre où nous entrons de plain-pied clans le domaine de la spécialisation des sources. Il y a dès lors plus de vrais services à rendre à une station en limitant ses indications qu'en cherchant à les étendre.
Dans ce nouveau sens, l'eau minérale agit par ses éléments constituants pris dans leur ensemble. « Une eau, dit Andrieu, est un tout indivis; l'effet définitif qu'elle produit est sans doute la résultante d'actions multiples aboutissant à une commune fin, ou. pour mieux dire, une eau minérale, renfermant un certain nombre d'ingrédients chimiques, est un médicament complexe qui agit comme unité. » S'il est donc nécessaire de tenir compte dans une large mesure des ingrédients qui composent chaque eau, si le fer. le soufre, le chlorure do sodium reproduisent, dans les eaux dont ils font partie, le plus grand nombre des propriétés qui leur sont assignées en matière médicale, on ne doit pas toutefois, en bonne logique, cou-
dure d'une manière rigoureuse de leur action sur l'économie à celle des eaux qui les renferment, Les substances accessoires qui existent à côté d'eux et que nous connaissons, celles, peut-être tout aussi nombreuses, qui ont échappé jusqu'ici à notre investigation, sont loin d'être indifférentes dans le mélange. L'observation clinique montre que des proportions de sulfure de sodium, soit égales, soit bien supérieures à celles que l'on rencontre dans les sources des Pyrénées, ont bien moins d'énergie dans leurs effets; il en est de môme pour le bicarbonate de soude et pour d'autres. L'eau de Vicby fait accepter de bien plus fortes quantités de bicarbonate qu'une solution artificielle quelconque. De tout temps, à ce sujet, des discussions se sont élevées : les uns, donnant le pas à la clinique pure, se basaient sur l'imperfection des méthodes employées par la chimie pour lui dénier toute utilité dans l'explication des effets des eaux minérales. Pour eux, l'analyse des faits, telle que Bordeu l'a pratiquée, pouvait seule conduire à des inductions légitimes en médecine thermale. Ils oubliaient que Bordeu lui-môme avait tenté quelques essais d'interprétation chimique, tels qu'on pouvait les tenter de son temps; ils oubliaient aussi que, précisément dans ses admirables observations, le créateur de la médecine thermale, associant les maladies les plus diverses, enregistrant les améliorations, qu'elles fussent dues à des effets communs ou à des effets spéciaux, avait au moins en apparence donné prétexte à un reproche qu'on lui a quelquefois
fait : celui de ne pas suffisamment individualiser chaque source et de laisser croire, par un jugement superficiel, que celles qu'il avait en vue pouvaient inâifeemmenl être utiles dans la plupart des cas qu'il décrivait. D'ailleurs, jusqu'ici, de Ions les essais de classification physiologique tentés, pas un seul n'a paru satisfaisant, et il a fallu accepter une classification chimique qui sans doute a ses imperfections et sera plus tard remplacée par quelque autre, mais qui, comme le fait judicieusement remarquer 31. Durand- Fardel, répond encore assez bien dans ses délimitations principales aux grandes lignes des indications thérapeutiques.
Le différend qui s'est élevé paraît plutôt tenir à ce qu'il y a eu exagération dans un sens et dans l'autre qu'à toute autre raison, et c'est précisément aux idées exagérées dans chacune des deux opinions que l'on s'est attaqué, tandis que la vérité semblait se trouver à égale distance des deux extrêmes. La chimie est un accessoire indispensable de la médecine thermale; elle donne la clef de bien des phénomènes, et, par les services qu'elle a rendus, nous pouvons juger des services qu'elle est appelée à rendre encore. Mais ne voit-on pas tons les jours tel composé dont la présence paraissait indiscutable, — et nous ne parlons pas de ceux qui sont secondaires, — remis tout à coup en question? Le sulfure de sodium semblait avoir sa place assignée comme principal élément minéralisateur des sulfurées pyrénéennes. Voilà que M. Garrigou vient le détrôner pour mettre à sa place le suif-
hydrate de sulfure, lequel sulfliydrale , par une remarquable instabilité des choses humaines, avait, il y a quelque vingt-cinq ans, occupé la première place, qu'il avait dans ce temps-là dû céder au sulfure. N'assistons-nous pas aujourd'hui à une vraie révolution? ne voyons-nous pas intervenir, dans des eaux qui ne se croyaient pas si riches, le rubidium, le cœsium, le thaUium, le sélénium? Les eaux de La Bourboule ne renferment-elles pas du mercure? Ce ne sont là en réalité que des efforts très louai des pour pénétrer de plus en plus ce mystère qui s'appelle la composition des eaux minérales. Aussi n'estce pas aux vrais chimistes que la médecine doit s'attaquer quand elle revendique les droits de l'étude du malade et des maladies contre des interprétations trop hâtives tirées de la présence de tel ou tel corps. Ces interprétations sont plutôt le fait d'observateurs trop désireux d'arriver à la certitude par les voies rapides. C'est à eux surtout que s'adressait Gyprien Camus dans une brochure pleine de verve : Un mot encore sur les doctrines nié die aie s, où il disait, en substance : « Vous aurez à déterminer si les eaux sont les eaux de Bonnes d'autrefois dites de Bordeu que vous prescrirez, ou les eaux de Bonnes contenant 0,0219 de sulfure de sodium, ou bien ces mêmes eaux auxquelles on a découvert des proportions de sel marin, des combinaisons nouvelles en vertu desquelles elles excitent l'organisme, brisent les congestions, les (luxions des a oies respiratoires, dèsenchatonnenl les tubercules. Enlin les médecins décideront si c'est
aux eaux de Bonnes ;ï sulfure de calcium considéré comme la cause présumée de leur spécialité qu'ils adresseronl leurs malades. »
On voil invoquer ici les silicates alcalins, là des doses minimes de chlorures , de sulfates , etc. Chaque sel secondaire a son rôle bien défini, dès qu'il est venu au monde. Il sert à rendre compte de la différence qui sépare telle source de telle autre qui paraissait lui ressembler fort. Cette décomposition presque homœopathique des actes de l'eau minérale est avant tout antimédicale. C'est là l'excès, et cel excès est aussi bien condamné par les vrais chimistes que par les médecins. «. Si vous demandez à la chimie de vous dévoiler le secret de l'activité des eaux, elle ne pourra vous fournir que des données insuflisantes. » (Filhol.)
En résumé, l'eau minérale est un médicament par toute sa substance. Les actions et réactions qui se passent en elle, l'état sous lequel s'y trouvent les divers corps qu'elle renferme, le rôle qu'y joue l'électricité, tout cela est encore en partie trop éloigné de nous pour que nous puissions donner jusqu'ici aux notions acquises à ce sujet, sauf aux plus fondamentales, une trop grande importance dans la pratique.
('/est donc à l'étude de l'homme sain et de l'homme malade (pie. Ton doit surtout s'en rapporter: les faits que l'on enregistre ainsi ont l'avantage de pouvoir être utilisés dès l'abord, quelque imparfaits qu'ils soient, quels que soient les desiderata qui existent
encore. Ces deux études sont inséparables rime de l'autre.
L'homme en effet, surtout quand il s'agit des affections chroniques, ne présente pas de démarcation bien nette entre l'état de santé et l'état de maladie. Le premier n'est jamais absolu, complet, et par plusieurs points il confine au second. Ainsi, certaines périodes de la digestion, une excitation particulière que communique l'activité cérébrale, se trouvent sur la limite. Il n'y a pas par conséquent possibilité d'établir des distinctions absolues entre l'homme sain et l'homme malade. Ceci répond aux objections qui se sont élevées sur l'utilité même de l'expérimentation physiologique, et entre autres à la principale : à savoir que, les conditions étant totalement changées avec l'état de maladie, on ne pourrait tirer aucune conséquence intéressante des modifications observées dans l'état de santé. Une pareille assertion est inexacte ; il est tout aussi important d'examiner l'action physiologique des eaux minérales qu'il l'a été de tout temps de se rendre compte de ce que produisent dans Je même cas les médicaments. Mais cette expérimentation même, on en a nié les résultats en médecine thermale, parce qu'ils y sont beaucoup moins perceptibles qu'ailleurs. Un médicament dont on force la dose devient un -poison. Il produit des effets variés, saillants cl faciles à enregistrer. Une eau minérale à forte dose n'amène rien de pareil. Les résultats sont ou peu prononcés, ou imperceptibles, ou même tout à fait nids, du moins en apparence. Cependant les
diverses grandes fondions cl les fonctions particulières d'organes ne laissenl pas que d'être influencées. La circulation, la caloriflcation, le système nerveux, les fondions qui se rattaehenl au mouvement incessant d'assimilation et de dêsassimilatioii éprouvenl des changements notables. Les principes qui font pailie d'une eau prennent une voie d'élimination déterminée; tel ou tel organe d'excrétion en esl le siège électif.
L'expérimentation physiologique se confond ici, à proprement parler, avec la clinique. Les malades venus aux eaux ne sont ni parfaitement bien portants, ni pour la plupart malades dans toute leur essence. Les faits recueillis chez eux sont donc aussi valables que ceux qu'ont recueillis sur eux-mêmes les expérimentateurs. Que sont en somme et la fièvre thermale, sinon une résultante de l'excitation générale de la circulation, et les diverses poussées, sinon le produit de cette même excitation portée sur la peau? Et les fluxions d'organes, ces retours momentanés à l'étal aigu, ces angines artificielles, ces grippes thermales signalées par tous les auteurs ne rentrent -ils pas dans le même cadre? Si l'homme, en dehors de tout élal de maladie définie; n'éprouve pas aussi fréquemment de pareils symptômes, il n'en esl pas pour cela tout à fait indemne. Les enchifrènements, les pharyngites peuvenl succéder à l'emploi de Peau en boisson, an gargarisme; la diaphorèse, la diurèse, les sécrétions muqueuses uni une tendance à s'exagérer. Lorsqu'on a voulu méthodiquement administrer
l'eau minérale dans un but purement expérimental, lorsqu'on a pris pour cela des animaux, comme Andrieux le fit sur des chiens aux Eaux-Bonnes, on est arrivé à rendre l'excitation pour ainsi dire pathologique et, en prolongeant l'administration pendant nombre de jours, à produire des signes d'intolérance, de l'irritation du tube digestif, de la dépression et de rabattement succédant à l'exaltation première des fonctions, tous faits curieux, en vérité, et qui, se multipliant, pourront aider à la solution de bien des problèmes ; mais le peu de diversité qu'offrent en dernière analyse loutes ces expériences dans leurs résultats ne permet guère d'en conclure autre chose, sinon que les effets se confondent aussi bien quand le médicament a dépassé la dose vraiment thérapeutique pendant quelque temps, que lorsqu'au débul et dans la première période d'administration il ne fait qu'effleurer l'organisme. Quant aux impressions des expérimentateurs eux-mêmes, tout en attachant grande valeur aux faits recueillis et éprouvés par des hommes spéciaux, ils ne constituent jamais qu'un ensemble restreint cl sont tout à fait de même nature que ceux qui s'offrent par milliers tous les jours aux médecins qui exercent aux eaux. Loin donc d'en faire deux classes distinctes, il faut les considérer comme du même ordre, les uns formant la généralité, les autres l'exception, ne pas les opposer les uns aux autres, mais se servir beaucoup plus des premiers que des seconds; les premiers sont les plus nombreux; la nature y est prise sur le fait et sans aucune prêoecu-
palion exclusive de système ou (Je théorie préconçue Modes altérant, dérivatif, hypercritique. —
Si toute la thérapeutique devait être uniquement hasée sur des relations connues et inflexibles de cause à effet, si telle suhstance étant donnée on pouvait prévoir les modifications qu'elle produit dans chaque organisme, il est évident que les notions acceptées comme certaines jusqu'ici paraîtraient bien imparfaites, et que nulle part cette imperfection ne serait mise plus en lumière que dans la médecine thermale. Mais, quelles que soient les conquêtes effectuées dans l'avenir, on doit forcément admettre que nous n'arriverons peut-être jamais à cette certitude mathématique. Des deux termes du problème qui dominent toutes les indications, si l'un, la composition de l'eau minérale, est inflexible par lui-même, l'autre, le malade, est d'une diversité infinie. Nous voyons en effet intervenir ici les tempéraments, les constitutions, les idiosyncrasies; nous voyons changer le mode thérapeutique suivant les sujets, les quantités administrées, la durée du traitement. Plus que partout ailleurs, la direction à donner est une affaire de proportion et de tact. Deux choses surtout dominent dans les maladies chroniques, l'affaiblissement général de l'organisme, la mauvaise application, la déviation des forces plastiques. Il s'agit, pour les atteindre, d'un côté, de lutter contre cet affaiblissement graduel, de l'autre de modifier les conditions d'échange, de vitalité des tissus, de telle sorte que les parties saines servant de point d'appui pour réagir contre les parties altérées, celles-
ci soient en réalité renouvelées. Bordeu avait bien fait remarquer que, dans les engorgements chroniques, les parties engorgées tout autour des tumeurs se dissolvaient, mais que la tumeur restait intacte. C'est que la maladie va toujours plus profondément que le remède, et ce n'est qu'avec l'aide de ce qui reste intact que se fait l'œuvre de réparation des organes atteints.
Il n'est guère de médicaments, sauf les plus simples, que l'on voie se conduire suivant un mode unique; à plus forte raison doit-on donner aux eaux minérales qui prennent place parmi les plus complexes une multiplicité d'action bien en rapport avec leur nature. Chacune d'elles peut affecter simultanément ou successivement le mode reconstituant, le mode stimulant, le mode substitutif ou irritatif, le mode altérant, le mode hypercritique et le mode sédatif, c'est-à-dire que chacune d'elles peut stimuler et relever les forces déprimées, faire succéder le calme et la sédation à l'excitation et au désordre morbide, provoquer une de ces crises salutaires, sécrétions naturelles ou artificielles qui sont un moyen de décharge fluxionnaire, tout en débarrassant un tissu chroniquement cnllammé. Elles réunissent dans leur ensemble toutes les méthodes de curation des maladies chroniques, et cela à un degré plus élevé que les médicaments empruntés à la pharmacologie, parce qu'elles ne sont pas des composés factices, mais plus en rapport qu'eux avec les matières dont l'hygiène fait usage, parce que leur emploi peut se continuer longtemps, parce qu'enfin elles offrent une remarquable stabilité d'effets.
Si nos maladies aiguës, a dit Sydettham, ont leur source dans des causes extérieures à nous, nos maladies chroniques procèdeiH de nous-mêmes, leurs causes agissenl Lentemenl et réclament des moyens moins perturbateurs, plus en harmonie avec nos fonctions, et d'une action également plus lente que poulies maladies aiguës.
Les eaux minérales sont reconstituantes, et cela soit qu'elles rendent son intégrité à un estomac délabré (eupeptiques de M. le professeur Gubler), soit qu'elles puissent restituer au sang quelques parties intégrantes de sa composition, comme celles auxquelles M. Guider a donné le nom caractéristique de lymphe minérale, à cause de leur analogie de composition avec le sérum sanguin et en tète desquels se placent les chlorurées sodiques; mais la reconstitution ne réside pas uniquement dans le retour des qualités normales du sang ou des tissus. Le fer n est pas le seul médicament capable de favoriser la multiplication des hématies; il est même souvent impuissant à ce résultat. Il arrive que l'organisme profondément altéré ne l'assimile pas et qu'il reste inefficace. En pareille occurrence, souvent là où il a échoué, les stimulants, et en première ligne les sulfureux, réussissent. C'est que la stimulation vient alors remédier à l'atonie des forces, contre laquelle les qualités reconstituantes d'un médicament ne pouvaient rien : c'est qu'elle a réveillé les aptitudes nutritives qui ne pouvaient s'exercer.
Les modes substitutif, dérivatif el critique, ont étt
pour Bordcu et pour les écrivains qui procèdent de lui les modes traction par excellence des eaux thermales : ils reposent en entier sur la notion du consensus, de l'harmonie établie entre les divers organes , toute maladie chronique procédant de l'estomac ou l'affectant secondairement , et chaque partie liée au tout pouvant à la longue ressentir les effets d'une action médicatrice aussi bien que d'une action morbide exercée sur une autre partie solidaire. Sur l'organe affecté lui-même, il y a une recrudescence, une acuité n< nivelle factice substituée au processus pathologique el qui est le mécanisme même de la guérison; de là cette Loi qui a élé reproduite bien souvent depuis : que toute maladie chronique doit repasser à l'état aigu pour arriver à sa guérison, loi que Daralde, dans une note sur les Eaux-Bonnes, avait paraphrasée en l'exagérant et en disant que toute maladie chronique doit successivement pour la cure reproduire toutes les phases qui ont caractérisé ses périodes d'acuité an début. Et il ajoutait , en parlant spécialement des phthisies, (pie l'on voyait ainsi, par l'effet du traitement thermal, des réactions fébriles légères ou intenses, des bronchites de tontes les formes suivant assez exactement le mode d'après lequel le phthisique avait été affecté dans sa période initiale. Ce ne sont là, à tout prendre, que des exceptions, et la nature ne procède guère avec ces minuties.
Sur un organe éloigné, il se fait un appel, une décharge Quxionnaire. C'est la doctrine hippocratiqm des crises transportée dans la médecine thermale. A
l'ordre des phénomènes critiques appartiennent toutes les sécrétions redoublées d'activité, les sueurs, les urines, ou bien des évacuations factices sous l'influence de dépôts de nouvelle formation, des abcès, des éruptions cutanées récentes. Ces crises passent souvent inaperçues ; mais « qu'on examine bien attentivement, dit Baumes, l'action des remèdes appelés altérants, et l'on reconnaîtra la vérité de cette assertion que ce que l'on regarde comme une modification profonde de la crase du sang, des humeurs, de l'ensemble de l'organisme n'est généralement qu'un déplacement de la fluxion qu'ils ont produit. »
Or ce mode altérant désigne une action encore enveloppée de beaucoup d'obscurité. C'est à ce mode que M. Durand-Fardel attribue les modifications profondes obtenues selon lui par les bicarbonatées sodiques et les chlorurées sodiques. Les altérants, suivant M. Gubler, servent à changer ou la composition du sang (mélacrasiques), ou les conditions de la nutrition (môfatrophiques), ou la constitution des tissus (allotropiques), et il range parmi eux les eaux iodurées, iodo-bromurées, sulfurées, arsenicales, cuivriques; il accorde donc cette propriété à bien d'autres eaux que les chlorurées cl les bicarbonatées. Mais celles-ci sont, également reconstituantes; en effet les médecins de Vich y ont depuis longtemps démontré le peu de. fondement de la cachexie alcaline. M. Durand Fardel, dont personne ne contestera l'autorité en pareille matière, n'en a pas vu un seul cas durant sa longue pratique, même chez des malades qui de leur
propre autorité avaient dépassé toutes les doses régulières. Si cette cachexie venait à se produire, on ne saurait y voir qu'un résultat de l'abus du traitement, ce qui pourrait aussi se montrer dans toutes les eaux fortement minéralisées. Par certaines de leurs propriétés, il y a des eaux qui favorisent tout particulièrement la diurèse ; d'autres sont anesthésiques , d'autres astringentes, d'autres stomachiques ou bien elles réunissent plusieurs de ces qualités ; toutes , à des degrés divers, peuvent aider à la reconstitution, spolier le sang d'un sérum vicié, altérer les éléments anatomiques, être calmantes, excitantes, spoliatrices. Les eaux purgatives, par leur emploi répété, et telles qu'on en fait usage dans beaucoup de stations d'Allemagne et dans quelques stations françaises, sont spoliatrices, hypercriliques. L'effet sédatif est surtout dû aux eaux inermes ou indéterminées. C'est ainsi que des sources d'une minéralisation très-faible, presque nulle , conviennent parfaitement aux différentes espèces de névroses, mais la sédalion est également le résultat consécutif qu'amènent les eaux les plus minéralisées et les plus énergiques.
En résumé, que l'on invoque l'action substitutive, dérivative, critique, altérante, ou toute autre, on ne trouve pas moins de complexité dans l'effet thérapeutique d'une eau minérale que dans sa composition. Par des procédés aussi variés que leurs divisions et subdivisions elles-mêmes, les eaux répondent aux deux indications capitales qui découlent de l'étude des diathèses :
4° Elles combattent la tendance à l'affaiblissemenl que celles-ci impriment à la constitution; mais, de môme que chaque diathèse a ses produits spéciaux, sa marche spéciale, elle a aussi, dans la sicialiondu mouvement nutritif qu'elle produit, quelque chose de particulier. C'est là ce qui différencie sans nul doute les grandes familles d'eaux, ce qui fait qu'on a assigné à chacune telle ou telle diathèse en partage, parce qu'elles n'ont pas la même manière de reconstituer, qu'elles ne s'adressent pas aux mômes forces, aux mômes éléments, et parce qu'elles n'ont pas la même manière de modifier les produits morbides. Nous ne voyons que les ell'ets tangibles, pour ainsi dire, tonicité, remontement de l'organisme ; nous ne voyons pas les voies profondes et variées par lesquelles le médicament opère. Ainsi donc, à chaque diathèse, d'une manière générale, on a assigné des sources déterminées, en tenant compte des périodes, de l'idiosyncrasie du sujet, de ce qu'il peut supporter comme stimulation, comme révulsion.
2° Les eaux combattent encore les déterminations des (lia thèses sur les organes. C'est là une seconde source d'indications et non la moins féconde. En effet, l'action élective d'une foule de sources îninérotbermales est tout aussi incontestable que leur action générale, de quelque manière qu'elle s'exerce. Le foie, le ventricule, le tube digestif el ses annexes sont principalement le siège de l'action élective. Ici la circulation abdominale est activée; il en résulte pour tous les organes comme un regain de vilalilé. C'étaient là.
pour les anciens médecins, des obstructions guéries; dan. d'autres circonstances, la circulation pulmonaire la muqueuse des bronches, du larynx, du pharxnx, ou bien la peau encore sur toute sa surface ou la muqueuse des organes génito-unnaires. l'utérus, sont spécialement affectés, ou bien c'est le rein la vessie. Dans tous ces cas, que l'expérience a consacrés, on trouvera plus de sources d'indications dues à l'état local qu'à l'état général.
Mais il arrive le plus fréquemment que ces maladies particulières sont sous la dépendance d'une cause plus élevée, d'une diatbèse; faut-il prendre en considération celle-ci avant tout? Faut-il, parce qu'on aura affaire à un catarrhe chez un arthritique, adresser de préférence ce malade aux eaux où Ton traite l'arlhn tisme, tandis que pour un catarrhe scrofuleux on 1 dirigera plutôt vers les eaux du ressort desquelles se trouve être la scrofule? Faut-il au contraire fain passer l'indication fournie par la détermination local avant l'indication fournie par la diatbèse? Cela doit dépendre avant tout du caractère, de la ténacité, de l'intensité de la manifestation qui s'est effectuée sur l'organe. Pour peu que celle-ci soit assez vive, il vaudra mieux s'adresser à des eaux vraiment anticatarrhales. Ce n'est que dans le cas où elle serait légère, fugace, alternant avec d'autres manifestations, que l'indication fournie par la diatbèse devrait reprendre le pas. Là où le vrai traitement de la diathèse doit se faire, c'est quand celle-ci existe à proprement parler eu puissance, qu'elle en es! à chercher encore
l'organe sur lequel elle se fixera, parce qu'alors il sagit d'imprimer plutôt une nouvelle direction sur toute la substance. Plus lard, l'indication tirée de I organe, de l'élément local doit d'habitude primer toutes les autres, à moins de cas que l'étude en dél lil de chaque maladie devra faire connaître.
Les Maladies chroniques, ce domaine si vaste de la médecine thermale, sont par leur nature, par les circonstances qui entourent leur production et leur évolution, plus susceptibles que les maladies aiguës de s'améliorer par un ensemble de moyens qui sont plutôt du ressort de l'hygiène que de la thérapeutique proprement, dite, ou qui s'en rapprochent. Elles commandent de plus, dans le choix du traitement qui leur est appliqué, l'usage d'agents moins perturbateurs que ceux qui s'attaquent aux affections aiguës, mais en retour d'une action plus lente et pénétrant plus profondément. C'est à tous ces titres, c'est aussi parce qu'elles provoquent des crises salutaires, que les eaux minérales tiennent le premier rang dans la curalion des maladies chroniques.
Si l'on ne voit d'abord que l'organe chroniquemenl affecté, on est obligé d'admettre que cet organe, dans son mode patbologiquc comme dans ses fonctions normales, est solidairement lié à Ions les autres organes du corps humain, et que ceux-ci se ressentiront à '1rs degrés divers de l'altération dont il est le siège. Ce consensus établi entre tous, cette genèse d'actes morbides éloignés provenant du premier ont été nettement établis par Bordeu dans ses théorèmes VIII,
XIII et XXIV. Il a également établi clans quel ordre s'exerce cette dépendance. Il est, dit-il, des fonctions communes à tous les tempéraments, savoir l'action du cerveau et des nerfs, l'action du cœur, la respiration et la digestion. Ces fonctions, par leur concert mutuel, favorisent l'exercice de la vie et la conservent, et elles sont la source des changements notables que le corps éprouve. Les fondions particulières, comme les sécrétions et les excrétions, le mouvement musculaire, le sommeil et la veille, sont subordonnées et doivent leur conservation aux trois causes générales précédentes. Pendant qu'une commotion se fait dans un corps malade, le désordre s'établit dans toutes les fonctions, avec violence quand la maladie est aiguë, lentement mais sûrement quand la maladie est chronique.
Celle-ci se distingue par plusieurs caractères, au nombre desquels il faut ranger l'absence de fièvre, sauf comme phénomène intercurrent, l'incertitude de la marche, les temps d'arrêt, au lieu de cette évolution définie et quasi fatale qui est le propre des maladies aiguës. Elle s'en distingue par moins de mobilité et de multiplicité dans les symptômes. Elle peut exister quelque temps et même longlemps avec un état qui, sans être la santé, n'est pas la maladie totale, en ce sens que l'ensemble de l'organisme n'est que médiocrement affecté et ne le devient que par les progrès du mal.
Les maladies chroniques peuvent être chroniques d'emblée ou succéder à une maladie aiguë, et, dans
le second cas, ou bien c'est en vertu d'une disposition particulière, par suite de la faiblesse qui aura résulté d'une longue fièvre, ou bien à la suite d'une irritation qui aura séjourné Longtemps sur un organe comme le catarrhe aigu des bronches ou un mouvement fluxionnaire provoqué sur l'intestin, qu'elles se produisent. Mais il existe encore d'autres causes que nous signalerons avec détail toul à L'heure et qui font que, tandis qu'un processus inflammatoire se résout sans difficulté chez un sujet, chez un autre il tournera à la chronicité. Ces causes sont du ressort des influences diathésiques. La marche des maladies chroniques est divisée en trois ou plus généralement en quatre périodes dont la durée est indéterminée, et peut aller de quelques jours à un grand nombre d'années. C'est ainsi que l'on voit desphthisies galopantes, des cancers du pylore, qui évoluent en vingtcinq jours, tandis que généralement la phthisie et le cancer durent une ou plusieurs aimées. Ici donc, rien de pareil aux limites quasi inextensibles dans lesquelles est contenue par la nature une variole ou une fièvre typhoïde, mais, par suite de la latitude laissée à l'individualisme, à la spontanéité, une inépuisable série de variétés. Elles ne sont elles-mêmes que dans Leurs périodes du milieu, au début comme à la lin elles se confondent, au début par l'indécision même de leurs déterminations, à la lin par la confusion qui se met dans un organisme profondément miné et produit un résultat identique, la cachexie. Le travail morbide est plus obscur que dans les maladies aiguës; on voit
moins, quand elles sont destinées à s'améliorer, les efforts de la nature vers la guérison; que celle-ci se produise par crise ou par tout autre moyen, le mode en est souvent obscur. Pour toutes ces raisons, les maladies chroniques constituent un champ pathologique distinct, où les méthodes curatives doivent avoir, comme les effets du mal, plus de continuité, el comme elles pénètrent plus avant dans les racines mêmes de la vitalité et ne sont pas une attaque violente et passagère, mais une violation du modus Vivendi, des conditions mêmes d'existence de l'être, c'est là que le remède doit aller les chercher.
Elles se distinguent également en ceci : c'est que, innombrables au premier abord, à tel point que Dumas leur applique le mot de Sydenbam sur les maladies épidémiques qu'on pourrait passer une Aie humaine à les ônumércr, elles sont unies par des liens communs et se rattachent à un petit nombre de causes générales qui président à des séries de manifestations : , es causes sont les diathèses. — Comme les maladies chroniques des divers organes troublent et altèrent la vie individuelle de chacun de ces organes, de même la diathèse s'attaque à la vie générale qui réuni! l'ensemble de toutes ces Aies particulières et qui les domine.
De quelle nature est cette influence exercée sur la vie générale? a-t-elle pour théâtre le liquide sanguin? faut-il l;i taire résider en lui, comme l'ont voulu les doctrines bumoristes? faut-il y voir une impression spéciale des centres nerveux qui retentit sur les actes
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de La vie végétative, sur La nutrition, qui donne à ses ^ produits une direction fausse, aberrante? C'esl ce qu'il ' n'est pas loisible d'examiner en détail ici. Mais, comme Gette question de diathèses domine toute La pathologie des maladies chroniques, comme les indications des eaux minérales en découlent d'une manière saisissante, il importe néanmoins d'en donner une idée. — L'exemple de la syphilis, celte diathèse que nous prenons à sa naissance pour la suivre à travers ses diverses périodes, nous montre bien celte filiation de phénomènes séparés parfois par de longs intervalles de temps, ces lésions de divers tissus que l'on pourrait de prime abord regarder comme tout à fait indépendantes si bon ne tenait le fil conducteur. El si maintenant on veut chercher ce lien ailleurs et dans des cas où de prime abord il n'apparaît pas aussi distinctement, que l'on prenne une série d'éruptions •chez un enfant, apparaissant et disparaissant à des époques irrégulières, sans raison d'être apparentes tout d'abord, que l'on voie à ces éruptions succéder plus tard des déterminations du côté des organes internes, que l'on assiste à ce fait journalier du balancement mis en lumière par Bazin, fait en vertu duquel une éruption cutanée fait place à un catarrhe des voies bronchiques, à un état dyspeptique, ne perçoilon pas la notion d'une cause également unique qui j'attache tous ces accidents? Mais celle cause, de quelle nature est-elle? faut-il voir là. comme 1rs Loca- Lisateurs, une simple succession par coïncidence, en vertu d'une, disposition particulière de l'individu?
Alors, rien de distinct dans l'origine, rien de spécial dans les manifestations diathésiqnes. Faut-il au contraire admettre que c'est en vertu d'une prédisposition qu'à un moment donné éclatent les manifestations les plus diverses et les plus éloignées ? faut-il enfin voir dans la diathèse un état morbide distinct indépendant, présidant à des évolutions pathologiques qui peuvent se perpétuer à travers une vie entière et môme suivre plusieurs générations? Chacune de ces opinions a trouvé ses partisans ; chacune a été le reflet de doctrines médicales différentes, et ce n'est pas ici le lieu d'en faire l'examen. Mais il est indispensable, pour acquérir une notion des maladies chroniques, de se faire une conception nette des diathèses, de leur manière d'être, de leur délimitation et de leur importance.
Pour Chomel, c'est « une disposition en vertu de laquelle plusieurs organes sont affectés simultanément ou successivement d'affections identiques clans leur nature, même quand elles sont de formes diverses. »
Bazin a une façon toute à lui de concevoir les diathèses. Pour lui, elles sont caractérisées par un produit morbide unique. Il range sous le nom de maladies constitutionnelles la scrofule , l'arthrilis , l'herpétis et la syphilis, que l'on avait jusqu'à lui considérées comme les vraies diathèses ou diathèses d'ensemble. Cette innovation, malgré la très grande autorité de Bazin, n'a pas été adoptée.
Voici la définition de Baumès : « Besoin anormal de la vie végétative, héréditaire ou acquis, devant néces-
sairemefit, fatalement, se produire au dehors par des manifestations morbides qui paraissent, puis disparaissent en un point, pour reparaître là ou ailleurs à des époques séparées par des intervalles plus ou moins longs qui affectent partout une forme identique ou revêtent des formes diverses, mais toujours dérivant du même principe et étant par conséquent de la même nature. »
CcLLe définition, bien qu'un peu longue, exprime d'abord l'idée d'une existence indépendante de la diathèse, idée qui est aussi celle de Bazin. Elle la sépare en même temps de la prédisposition et du tempérament, deux étals purement physiologiques, et la range nettement dans la classe des maladies. Bazin n'a pas fait autre chose pour ses maladies constitutionnelles. Ce besoin de la vie végétative, que Baumes met eu avant, n'est autre chose que le phénomène critique, le mouvement de décharge fluxionnaire qu'il a pris à Bordeu et aux anciens médecins. M. Maurice Raynaud, après avoir fait ressortir, dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, l'incertitude qui règne sur celte question, qui touche aux points les plus délicats de la philosophie médicale qualifie la diathèse « une impression affective de l'être vivant dont le mode de vivre nous est inconnu ».
En définitive, m ces incertitudes sont très réelles, il est toutefois évident que la diathèse a une plai pari, qu'elle n'est pas une tendance vague à des maladies diverses, tendance qui serait de même nature
que celle qu'on observerait chez les sujets doués de tel
ou tel tempérament et dont les affections prennent d'après ce tempérament une direction et un cachet particuliers. Sans parler des anciens, ceux qui parmi les modernes ont le mieux traité ce sujet un peu délaissé de la genèse des 'maladies chroniques, Baumès, Bazin et M. Pidoux, sont unanimes sur ce point. La diathèse préexiste à ses manifestations. Elle peut se déterminer à des périodes différentes; mais sa présence dans l'organisme ne date pas du jour où elle s'est clairement déclarée au dehors. La simple transmission héréditaire suffit à le prouver.
L'argument d'après lequel on ne pourrait pas admettre un élat morbide qui ne se serait pas décelé ne suffît pas à détruire cette idée. Outre les incubations de toutes sortes, fréquentes dans les maladies aiguës, la manifestation apparente ne constitue pas toute.la diathèse. De plus cette direction vicieuse des forces nutritives que l'on ne cesse de mentionner peut longtemps travailler d'une façon sourde avant d'éclater au dehors.
La diathèse imprime aux produits, aux lésions qui en sont le résultat, sinon toujours, comme le veut Bazin, du moins dans un grand nombre de cas, un caractère tout spécial..
Les manifestations se succèdent sans ordre régulier, mais de manière qu'elles ne reviennent jamais sur leurs pas. Il y a souvent entre elles une alternance remarquable, et rien n'est plus commun que de voir par exemple une affection cutanée disparaître très-rapidement et faire place à une affection interne.
Les diathèses sonl héréditaires, innées ou acquises. Héréditaires, la transmission se fait des parents aux m laids, non d'une manière identique, mais de telle sorte que quelques-uns des traits de la diathèse de famille se retrouvent flans les descendants ; parfois la forme est changée, le théâtre des manifestations n'est plus le même. Un goutteux a des fils asthmatiques, ou bien on ne retrouvera chez l*un (rentre eux que des migraines fréquentes reliées au même élément diathésique. Plus tard , la goutte reparaîtra chez le petit-fils. Les croisements, les circonstances individuelles, de milieu ou autres, multiplient à l'infini ces variétés. On voit aussi, par suite des alliances, deux diathèses marcher côte à côte, et ce mélange produit des états mixtes. C'est ainsi que, d'après Baumes, un père goutteux et une mère scrofuleuse engendrèrent cinq enfants, le premier avec goutte et gravelle, le second atteint de coxalgie, le troisième de phthisie, le quatrième de dartres squammeuses, le cinquième enfin de diathèse sécrétoire. La diathèse innée vient par suite des vices d'un des deux procréateurs, de l'état dans lequel il se trouve au moment de la procréation, des mauvaises conditions de la vie intra-utérine. Plus tard, les circonstances de la vie extérieure peuvent amener chez l'individu l'éclosion de diathèses dont il ne tenait en rien le germe de ses ascendants. Citons tout d'abord : la syphilis, diathèse acquise par excellence; la scrofule, qui naît souvent par suite de nourriture défectueuse, d'habitation insalubre, de privation d'air, de
lumière, ainsi que l'a démontré Baudelocque. On peut ainsi fixer parfois par qui elle a commencé dans une famille, pour à partir de ce moment se perpétuer par voie d'hérédité.
La marche générale des diàlhèses nous offre à considérer leurs prodromes, leurs périodes d'état, leurs terminaisons soit par la mort, soit par le retour à la santé. Bazin a établi pour ses quatre grandes maladies constitutionnelles, qui sont des diathèses d'ensemble, une loi d'évolution d'après laquelle les tissus sont affectés de la superficie vers la profondeur : l'enveloppe cutanée, les muqueuses, les tissus souscutané, cellulaire, musculaire, le tissu osseux et les viscères. Les diathèses peuvent guérir. Le fait de réinoculation de la syphilis le démontre surabondamment. Elles peuvent rester stationnaires, s'épuiser sur des tissus et des organes où leurs manifestations n'offrent qu'un danger secondaire. C'est ainsi que des accidents légers qui leur sont dus semblent par leur persistance satisfaire au besoin qu'elles ont de se manifester et empêcher tout autre accident. C'est bien celte signification que leur a donnée le vulgaire quand il a baptisé ces manifestations du nom de brevets de santé. Les diathèses peuvent enfin, changeant le cours de leur évolution, se porter tout d'un coup sur un organe où elles sont un danger sérieux pour la vie. Tout le monde connaît les terribles conséquences de la goutte remontée. Elles peuvent, en accentuant de plus en plus leur gravité, conduire graduellement l'organisme à la cacbcxie, c'est-à-dire
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.111 point où toutes les parties, étant pour ainsi dire imprégnées" de l'élément dialliésique, ne donnent plus de prise aux ressources thérapeutiques, où les moyens qui plus tôt auraient pu produire un effet salutaire ne font au contraire qu'accélérer les progrès du mal.
Il faut considérer la diathèse non-seulement dans l'individu, mais dans la race. M. Pidoux a surtout insisté sur ce l'ait. Il a montré combien il étail souvent plus facile de corriger une direction organique vicieuse en prenant les choses dès leur origine. Il a fait voir comment deux ou plusieurs diathèses s'unissaient sur un même terrain, comment elles y vivaient simultanément, mais non sans s'influencer mutuellement. Il a enfin introduit dans leur pathogénie la notion des diathèses initiales et des diathèses ultimes, sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure.
Malgré leurs enchevêtrements innombrables, les confusions auxquelles elles peuvent donner naissance, le caractère indécis, incomplet, mitigé de leurs manifestations, le type des diathèses esl permanent, c'està-dire que les combinaisons qu'on leur a quelquefois prêtées, telles que cet état mixte de syphilis et de scrofule qu'on a pittoresquement dénommé le scrofulate de vérole n'existent pas en réalité. Sans cela, depuis le temps qu'elles existent, elles auraient pu largement s'entremêler au point de devenir méconnaissables : or il n'en esl rien. Chacune a conservé son domaine. Elles sont souvent antagonistes, c'està-dire que chez un môme sujet la gravité de l'une est atténuée par l'action opposée (l'une autre diathèse
coexistante. A propos de la phthisie, on connaît les effets de l'arthritisme sur la marche de cette maladie.
Le traitement des diatbèses découle de l'idée que Ton se fait de leurs caractères, de la façon dont elles impressionnent l'être vivant. C'est ce qui donne une utilité à l'exposé qui précède. Ce mode vicieux dans les actes les plus intimes de la nutrition, cette déviation dans les fonctions fondamentales, déviation dont nous ne connaissons pas l'essence, mais que tout nous démontre, demandent à être changés de fond en comble. Pour cela, la constitution doit être refaite. Les conditions de milieu, d'activité interstitielle et sécrétoire doivent être modifiées. Il faut rendre à la vie physiologique normale des sujets qui vivent d'une vie pathologique, d'une vie contaminée. Ce n'est pas un médicament, quelque énergique qu'il soit, qui suffira à remplir celle mission. Celle vie nouvelle , on pourra l'obtenir par des modifications d'un nuire ordre : en éloignant le malade d'un climat froid pour le transplanter sous un ciel plus chaud, en lui donnant l'air, la lumière, le soleil qui lui manque, en le faisant vivre au milieu d'émanations balsamiques naturelles, dans les hautes vallées des montagnes, sur les plages chargées des produits de l'air marin, en faisant appel à toutes les ressources hygiéniques et médicales de l'hydrothérapie et surtout des eaux minérales.
On a successivement énuméré un très grand nombre de diathèses; ou les a divisées en diatbèses d'en-
semble, diathèses de tissu, diathèses d'organe (Baumes); en maladies constitutionnelles, en diathèses caractérisées par un seul produit morbide et divisées en inflammatoires, homeeomorphes et hétéromorphes (Bazin); en diathèses initiales, intermédiaires, ultimes (Pidoux). Baumes en compte vingt-deux. Bazin, qui, nous l'avons déjà vu, donne une toute autre signification à ce terme, en compte seize ; mais il n'admet que quatre maladies constitutionnelles.
Toutes ces diathèses sont loin d'avoir pratiquement la même importance. Celles qui méritent par excellence ce nom, les diathèses d'ensemble de Baumes, les maladies constitutionnelles de Bazin, celles qu'on reconnaît comme la source d'un grand nombre d'états morbides, auxquelles on a pu rattacher d'autres diathèses jusqu'ici reconnues indépendantes, sont la scrofule, la syphilis, l'berpétis et l'arthritis.
Beaucoup d'autres affections ont été également comprises sous cette dénomination; mais elles manquent de ces caractères de multiplicité dans les manifestations, de persistance dans l'organisme, qui font des premières la vraie source de la plupart des maladies chroniques. Certes, des maladies telles que le diabète, l'albuminurie, ce que l'on a appelé la diathèse purulente, la diathèse séreuse, ont également leur cachet de généralité : mais, si Ton met en regard l'importance pratique des vraies diathèses d'ensemble, d'une foule d'autres affections également qualifiées diathésiques, on voit au premier coup d'œil l'immense distance qui les sépare. 1) ad-
leurs il est reconnu que l'on ne doit clans cette énumératîon donner une existence indépendante qu'à celles que Ton ne peut pas rattacher à d'autres par quelques points communs, ou mieux qu'on doit le plus possible restreindre les divisions. Or, à ce point de vue, le cadre s'est bien rétréci depuis quelques années, et il peut se rétrécir encore. La scrofule, la syphilis, l'herpélisme, l'artlnïtisme sont des causes quasi primordiales dans la genèse des maladies chroniques. On les retrouve à l'origine de la plupart. Les diathèses ultimes, plitbisie, cancer, sont le résultat d'une dégénération plus profonde; elles sont le dernier terme de l'impuissance de l'organisme à produire des éléments sains qu'elles remplacent, la phthisie surtout, par des éléments mort-nés, incapables de remplir le but qui leur est assigné. Dans le cancer même, qui n'a rien à faire avec les eaux minérales, cette dégénérescence est moins avancée ; elle a moins un caractère de passivité. La plitbisie est une résultante : de même qu'on la voit naître à la suite des privations, de la misère, de même, suivant une. belle expression, elle succède à la misère physiologique, et cette misère pbysiologique prend pied sans effort sur une constitution que déjà les diatbèses ont entamées, sur un sujet que des ascendants euxmêmes en proie aux diatbèses ont préparé aune plus profonde atteinte. Nous admettons donc, pour en faire une élude successive au point de vue de la médecine thermale, les quatre grandes diathèses d'ensemble. On verra d'ailleurs par la suite que c'est à
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elles qu'on s'esl rapporté pour formuler les grandes indications diathésiques au sujet des diverses clas d'eaux minérales :
La scrofule,
L'arthritisme,
L'herpétisme,
La syphilis,
La phthisie. diathèse ultime, maladie cachectique à côté de laquelle nous placerons d'autres maladies cachectiques, produites par des troubles généraux de la nutrition :
Le diabète,
L'albuminurie,
L'obésité,
La leucocythémie,
Le scorbut, etc.
Les maladies des systèmes :
Dermatoses,
Névro patines el paralysies.
Anémie et chlorose Atrophie musculaire,
Enfin nous aurons occasion, en passant en revu* les expressions si variées de la chronicité sur les appareils et les organes, de signaler à tous les pas l'influence diathésique. Nous aurons ainsi à examine) successivement :
Les maladies des organes respiratoires;
Les maladies du tube digestif el de ses annexes;
Les maladies des voies génito-w'inaires :
Les maladies des organes des sens :
Les maladies chirurgicales.
Nous terminerons par un résumé général des contre-indications qu'il est du devoir de tout médecin , même étranger à la pratique thermale, de connaître, pour ne pas s'exposer à de graves méprises.