CHAPITRE II
Définition. — La désignation d'eaux minérales, consacrée par l'usage, n'est pas d'une exactitude rigoureuse, car la minéralisation est le caractère commun de toutes les eaux qui ne sont pas l'eau distillée ; mais on désigne sous ce titre les eaux naturelles qui par leur température et les ingrédients qu'elles renferment peuvent servir à un usa ge thérapeutique. On a substitué à ce terme celui d'eaux médicinales naturelles, qui semble mieux approprié. Il faut donc trouver dans ces eaux quelque cbose qui les mette en dehors des eaux potables ordinaires. Ce quelque chose réside soit dans la présence de certaines substances spéciales, soit dans l'exagération des proportions de principes communs, soit dans la dose de calorique dont elles sont douées. Les eaux médicinales naturelles peuvent tirer leur origine des terrains immédiatement sous-jaccnts et n'être en somme que la reproduction
de la composition de ces terrains, ton i comme on le voit pour les eaux de toute nature. Ainsi certains sols, houillers, cuivreux, pyriteux, rendenl les eaux qui leur sont venues par infiltration, chargées de principes analogues à ceux qu'ils renferment ; c'est là un mode de formation très-apparent des eaux dites de lixiviation, les moins communes de beaucoup parmi les sources minéro -thermales répandues sur la surface du globe. Le plus grand nombre au contraire des sources minérales naturelles a une origine plus profonde, plus difficilement explicable, et, parmi les problèmes que leur point de départ a soulevés, il en est sans doute qui n'ont pas encore trouvé leur solution définitive. Ces dernières sourced'origine profonde sont plus spécialement thermales, d'habitude, mais non toujours fortement minéralisées.
Origine. — On s'est demandé d'où venait leur chaleur, d'où venaient les principes qu'elles renfermaient dans leur sein. On attribue aux couebes profondes du sol même d'où elles sortent la propriété de fournir les bases qu'elles recèlent; mais, comme pour des terrains analogues on trouve des eaux de composition différente , il faut bien admettre qu'un autre élément intervient dans leur formation. Cet autre élément serait la présence de courants acides, gazeux, taisant irruption avec plus ou moins de violence, dissociant certaines bases, en laissant intactes certaines autres, dans des conditions dont beaucoup nous échappent encore. L'eau, véhicule du tout, provient sans nul doute des inliltrations suit marines, soit terres-
1res qui, par voie de capillarité, se font jour jusqu'aux parties centrales du globe. La stabilité remarquable de la composition de ces eaux, stabilité qui sans être absolue, puisqu'on a signalé assez souvent des écarts, peut être admise comme un fait général, rend plausible cette façon d'envisager leur production.
Thermalité. — Les eaux minérales sont froides, tempérées ou chaudes, suivant qu'elles sont au-dessous de 20°, de 20° à 35° ou au-dessus de 35°. Les températures les plus élevées que l'on connaisse sont celles des geysers d'Islande (113°), des sources d'Ischia (Italie, 100°), de Hammam-mes-Koutin (Algérie, 88°), etc. Les différences si étendues des températures tiennent au plus ou moins de profondeur d'origine, et aussi aux incidents du parcours, au mélange de sources froides, au plus ou moins d'obliquité dans la direction du centre à la surface. La plupart du temps, les sources émergent au niveau îles failles, par des fentes naturel les, au point de jonction de terrains de constitution dissemblable. Ce calorique, au sujet duquel on a émis plusieurs hypothèses, que l'on a regardé comme doué de propriétés mystérieuses, se distinguant par plusieurs de ses qualités du calorique artificiellement produit, ne paraît pas, tout bien considéré, être d'autre nature que ce dernier. Il s'en distinguait, disait-on, en cela que l'eau thermale chaude se refroidissait plus lentement que l'eau chauffée par d'autres procédés; mais des recherches récentes onl prouvé que c'était là une illusion des expérimentateurs, un résultat du besoin que l'on éprouvait de
trouver encore dans cette distinction un moyen d'expliquer les effets spéciaux attribués à cette thermalité. Le calorique des eaux thermales a sa source dans le centre même de la terre, soit qu'on le regarde comme dû au voisinage de volcans en ignition : ceuxci échaufferaient l'eau placée dans leur voisinage, el celle eau, par la force de pression des gaz et des vapeurs développés, remonterait par toutes les scissures que lui offrent les interstices du sol à la surface de la terre; soit que leur chaleur doive être attribuée à la chaleur naturelle du centre de la terre. On sait en effet aujourd'hui que la chaleur va croissanl d'un degré centigrade par 25 mètres à mesure qu'on avance dans la profondeur du sol. Celte température des eaux éprouve des changements subits qui ne peuvent être soumis à une loi régulière et qui ont été reconnus dès la plus haute antiquité. Les observateurs les ont vus se reproduire de nos jours sous les climats les plus divers. Anglada trouva en 1818 et 1819 que les constatations donnaient toutes des chiffres bien inférieurs sous ce rapport à ceux qu'avait recueillis Carrière en 1784. De Humbold et Boussingauld trouvèrent à vingt-trois ans de distance, à la même source des Cordillières des Andes, le premier 59°, 3, le second 64°. Parfois les grandes secousses du sol, les tremblements de terre, amènent des variations brusques el très -prononcées. Il en fui ainsi pour la source de la Reine à Ludion, au moment du tremblement de terre de Lisbonne en 1775: elle augmenta tout d'un coup de 41°, 6. 11 en a été de
même à plusieurs reprises, mais dans des proportions bien moindres, pour certaines sources des Pyrénées.
Electricité. — On a beaucoup parlé dans ces dernières années du rôle que joue l'électricité dans les eaux minérales, et Scoutetten a surtout insisté là-dessus, en prétendant qu'une bonne partie de leurs effets thérapeutiques était due à cette cause. Après avoir constaté la présence d'un courant électrique entre l'eau distillée et l'eau minérale, l'eau potable et l'eau minérale, il montra qu'il s'en développait également dans le bain d'eau tliermale. Ainsi, s'étant placé lui-même dans un bain de cette nature, avec une électrode fixée dans l'épaule et l'autre électrode plongée dans le liquide, il vit un courant s'établir, mais il ne faisait en somme que constater un fait physiologique et qui se produit aussi bien dans tout autre milieu. Ce fait est dû à la présence des courants électriques développés dans les muscles et dans les profondeurs des tissus. D'un autre côté, Scoutetten ne vit pas l'existence d'un autre courant électrique très-réel dans le bain minéral et signalé par M. Lambron. C'est celui qui va des parties superficielles aux parties profondes. La conclusion que Scoutetten tire de ses diverses expériences est également peu en rapport avec ce que nous savons du rôle thérapeutique de l'électricité. En effet, il admettait que toutes les sources minérales, au moment où elles émergent du sol, et en vertu des forces électriques qu'elles recèlent dans leur sein, sont douées delà propriété de produire une excitation sur l'organisme humain. Ce que l'on sait
pratiquement de la différence des courants intermittents (excitateurs) et continus (sédatifs) ne permet pas de se ranger à cette manière de voir. Aussi, sans vouloir nier le rôle que peut jouer cet agent mystérieux dans l'ensemble des effets de la médication minéro- Ihermale, est-il prudent d'attendre de nouvelles recherches avant de s:1 prononcer. L'action de l'électricité n'a pas été dans l'espèce décrite d'une façon môme satisfaisante; peut-être bien est-elle d'ailleurs réelle, et c'est ce que l'avenir apprendra.
Composition. — Outre les substances banales contenues dans l'eau ordinaire et qu'elles renferment pour la plupart, les eaux minérales se distinguent ou par de nouveaux ingrédients, ou par des proportions beaucoup plus considérables de substances déjà contenues dans l'eau commune. Les ingrédients nouveaux avaient jusqu'ici été regardés comme se trouvant en petit nombre. Voici le tableau de ceux qu'on rencontre le plus habituellement, emprunté à M. Durand-Fardel cL tracé indistinctement, sans avoir égard à leur ordre d'importance :
Acides.
Carbonique .
Sulfurique.
Sulfhydrique.
Chlorhydrique.
lodhydrique.
Bromhydri'que.
Arsénuiue.
Silicique.
Base?.
Soude.
Potasse.
Litlrine.
Chaux.
Magnésie.
Manganèse.
Fer.
Cuivre.
Matière organi que azotée.
Gaz.
Carbonique. Sulfby. trique.
Azote.
Des procédés nouveaux, la recherche des métaux à l'aide du speclroscope d'après les procédés de Kirchoff et Bunsen, l'analyse par grandes masses de liquide, ont permis à M. Garrigou de multiplier considérablement le nombre de ces substances. Il est difficile d'assigner à ces nouvelles découvertes leur valeur pratique. Les quantités sont infinitésimales, et sans doute la thérapeutique ne retire pas de grands avantages de la présence de tous ces corps. Ces recherches n'en offrent pas moins un grand intérêt et méritent d'être consignées ici. C'est ainsi que, analysant comparativement les diverses sources des Pyrénées, M. Garrigou est arrivé aux résultats suivants :
Les eaux expérimentées ont été celles d'Aulus, Ax, Barèges, Saint-Boès, Eaux-Bonnes, Cadéac, Capvern, Cauterets, Eaux-Chaudes, Gamarde, Luchon, Saint- Sauveur, Salies-de-Béarn, Tramesaygues.
La présence de la potasse, de la soude, du phosphore, celle de l'alumine, du manganèse, du fer ont été constatées partout; on a de plus rencontré : la strontiane à Aulus, Saint-Boès, Capvern, Gamarde et Luchon ; le cuivre et Varsenic partout, sauf peut-être l'arsenic aux Eaux-Chaudes; Y antimoine à Barèges, Capvern, Aulus, Cauterets. Le cobalt, douteux à Aulus et aux Eaux-Bonnes, existe à Capvern, Saint-Boès, Gamarde et Luchon; le tellure à Aulus et Capvern; le plomb à Aulus, Capvern, les Eaux-Chaudes, Gamarde, Luchon, Saint-Sauveur. Le bismuth n'a été trouvé qu'à Luchon seul ; le cœsium et le rubidium à Luchon, Aix, Tramesaygues; le rubidium isolément
aux Eaux-Bonnés;l 'iode à Saint-Boès, Salies, Ludion : Le bromure à Saint-Boès el Ludion ; le brome à Salies; le chrome a Aulus. Ces constatations que M. Garrigou poursuit infatigablement par les mêmes méthodes qu'il applique aux eaux d'Auvergne après les avoir appliquées aux eaux des Pyrénées, ne permettent jusqu'ici et ne permettront guère de longtemps de tirer des conclusions cliniques au sujet des nuances que l'on avait observées au point de vue de leur action entre des eaux considérées comme similaires ou très-rapproebées; mais elles offrent, en tout cas, un grand intérêt de curiosité. Dernièrement, le même chimiste a signalé la présence du mercure dans les eaux de la Bourboule . Les corps qui jusqu'à nouvel ordre sont reconnus comme ayant une véritable importance médicale sont, tout d'abord ceux qui ont servi à caractériser les grandes divisions d'eaux minérales , comme les sulfures de sodium et de calcium, le bicarbonate de soude, le chlorure de sodium, les sulfates de soude et de magnésie, le fer. Plusieurs d'entre eux constituent des médications bien tranchées auxquelles les éléments accessoires, l'état de dissolution, donnent des caractères différents de ceux que les mêmes corps possèdent dans la thérapeutique ordinaire, mais s'en rapprochant par des côtés communs et parfaitement reconnaissables. Aussi peut-on bien délimiter des médications telles que les médications sulfureuse . bicarbonatée sodique, saline, ferrugineuse. D'autres corps, sans jouer un égal rôle, peuvent cependant exister en quantité suffisante pour être pris en grande
considération. Parmi les gaz , l'acide carbonique , se dégageant à l'état libre dans une foule de sources salines, ferrugineuses, alcalines, est produit parfois en si grande quantité qu'on a pu l'utiliser soit en inhalation, soit en bain pour un mode de traitement spécial.
L'arsenic, dont l'importance s'est accrue dans ces derniers temps au point que quelques auteurs, Bazin entre autres, ont créé une classe d'eaux arsenicales, considérées, d'après les idées médicales régnantes, comme surtout applicables à la diathèse herpétique et ses manifestations, l'arsenic a été signalé pour la première fois en 4839, par M. Tripier, dans les eaux de Hammam-mès-Koutin (Algérie). Depuis lors, il a été retrouvé dans un nombre incalculable de sources, et sa présence mémo aux doses les plus minimes est venue donner dans bien des cas une explication peut-être trop facilement mise en avant de leurs effets curatifs. Il faut évidemment beaucoup rabattre de ce premier enthousiasme, et si l'arsenic, médicament énergique, existe à doses très-notables dans quelques fontaines, ce n'est certainement pas une raison suffisante pour que des traces presque impondérables dë ce métal soient invoquées à tout propos comme constituant la plus précieuse des acquisitions pour telle et telle station. En effet, l'arsenic existe à peu près partout, mais il ne mérite pas d'être signalé partout. Les quatre stations qui en France contiennent les doses les plus appréciables de ce médicament sont les suivantes :
Arséniate de soude.
La Bourboule.
0^,014 (Lefort).
0 ,020 (Thénard).
0 ,028 (Millot, Ricbe).
0 ,044 (Garrigou).
Vichy
Le Mont-Dore.
0 ,003 (Bouquet) 0 ,0009 (Lefort).
Plombières . . .
0 ,0006 (O. Henry et Lhéritier).
0 ,0002 (Lefort).
Les propriétés énergiques excitantes et altérantes de l'iode, le rôle qu'on lui a fait jouer dans la thérapeutique, dans l'hygiène, l'influence que l'on a attribuée à sa présence dans les eaux potables, avaient conduit quelques auteurs, entre autres Pélrequin et Socquet, à créer une classe d'eaux iodurées, ou mieux bromo-iodurées, à cause de la présence simultanée du brome. Bazin avait joint les bromo-iodurées aux chlorurées ; cette classe ne renfermerait qu'un nombre très-restreint de sources. L'iode existe dans presque toutes et est emprunté surtout aux conferves et aux matières végétales que les eaux renferment. Elle n'est que bien rarement abondante, et dans des sources qu'il est possible de caractériser par d'autres éléments ; les principales sont : en France, Challes, Bondonneau, Coize ; à l'étranger, Saxon en Valais, San-Gotlardo (province de Trévise), Kreusnach.
La lithine a été fort employée dans ces derniers temps contre la goutte et les affections arthritiques. Aussi voit-on quelquefois employer la désignation d'eaux lithinées. Les principales sources qui renfer-
ment de la lithine sont Royat, Ems, Vichy. Les sels de lithine sont fortement diurétiques ; ils rendent l'urine alcaline. Mais, jusqu'à nouvel ordre, on n'a pas une assez grande certitude de l'effet des eaux lithinées en médecine thermale. Aussi est-il bon de se tenir sur la réserve. M. Henri Byasson, dans un travail récent sur les eaux potables des Pyrénées, a démontré qu'elles renfermaient toutes des quantités appréciables de lithine. Le cuivre existe h Saint-Christau dans des proportions peu considérables, a Cransac (Aveyron), ii Levico (Italie), enfin beaucoup plus abondant dans quelques eaux qui se trouvent en Espagne au voisinage d'abondantes mines de ce métal. Ces eaux peuvent en retenir assez pour devenir toxiques.
Rien n'est plus banal à proprement parler que la présence de la silice et de sels de silice dans une foule d'eaux de toute nature. Les silicates alcalins sodiques et potassiques sont abondants dans les sources des Pyrénées, et Gigot-Suard avait classé ces dernières d'après leur richesse on sels alcalins. Cette division n'a pas jusqu'ici été féconde en déductions bien pratiques ; elle n'est qu'ingénieuse ; mais cependant elle méritait d'être signalée.
Matières organiques. — On trouve encore dans une foule d'eaux minérales des matières organiques ou organisées, des conferves, des algues : ainsi h Néris, à Vichy, dans toutes les stations des Pyrénées, à Plombières, à Saint-Honoré, à Valdieri (Ralie) et dans une foule d'autres localités. C'est lorsqu'elles viennent au contact de l'air que ces eaux reçoivent de lui les germes
des végétaux microscopiques qui vivent en elle el renferment des quantités d'infusoires. Les conditions de leur développement sont la température et la composition môme de l'eau minérale. Le principe qui sera favorable à réclosion d'une espèce exclura telle autre, et c'est ce qui explique les caractères différents de ces végétaux suivant les classes d'eaux el les stations dans lesquelles on les observe. A Néris, on signale deux sortes de conferves, l'une des bassins chauds, l'autre dite du bassin de réfrigération. Petit en a également décrit dans beau de Vicny; ainsi elles sont abondantes et ont été amplement étudiées dans les eaux sulfureuses des Pyrénées. On en a décrit deux espèces, l'une tenue en dissolution, l'autre en suspension. La première a été appelée barégine ou glairine ; la seconde a reçu de Fontan le nom de sulfuraire. C'est par l'évaporation de l'eau minérale que bon obtient la glairine. La sulfuraire se rencontre partout dans les conduits des eaux , dans le fond des bassins, où on la recueille pour l'employer à des applications topiques. Elle est formée de végétaux microscopiques, confervoïdes , disposés en filaments très-serrés. Au milieu de ces végétaux vivent des infusoires appartenant aux genres monas et leucophres, des belmintbes, des crustacés, mais surtout la monas sulfuraria, qui se rencontre le plus fréquemment. M. Lambron ne voit dans ces différentes matières organiques que deux modes de la même substance qui aurait une partie soluble (sulfurose; et une partie concrète (sulfurine).
Classification des eaux minérales. — Une
classification repose toujours sur une donnée principale qui doit servir comme de fil conducteur. C'est ainsi que, suivant les points de vue auxquels on s'est placé, on a classé les eaux minérales, soit d'après des données géologiques, d'après des données physiologiques, ou d'après des données chimiques; toutes ces classifications ont cela d'imparfait que, d'après nos notions actuelles, elles sont sujettes à pouvoir être modifiées tous les jours.
La classification géologique (Brongniart) ne pouvait être utilisée en médecine thermale, mais simplement servir à renseigner au sujet de l'origine des eaux , des rapports qui existent entre le principe qu'elles tiennent en dissolution et les terrains qui composent l'écorce du globe.
Palissier avait tenté un essai de classification basée sur la physiologie thérapeutique. Il avait admis des eaux toniques, rafraîchissantes, adoucissantes, calmantes, enfin les classifications purement chimiques, c'est-à-dire reposant sur la prédominance absolue de tel ou tel principe, sans tenir compte de l'importance thérapeutique , ne répondaient qu'imparfaitement à la nécessité d'établir un ordre pratique. Deux idées ont servi concurremment à fixer les limites de démarcation. La composition môme de l'eau minérale , l'existence d'un principe dominant entre pour premier élément de classification ; mais, pour que ce principe serve de fondement à toute une classe, il faut qu'il soit reconnu jouer un rôle prépondérant dans les actions
thérapeutiques. Celte dernière donnée suffit même à L'exclusion de la première pour légitimer La création d'une classe. C'est ainsi que le fer, le soufre, donl les quantités sont autrement minimes que celles du < h lorure de sodium et du bicarbonate de soude, doivent à l'action qu'ils exercent d'avoir servi à établir les eaux sulfureuses et ferrugineuses. Ainsi donc, d'un côté la quantité chimiquemenl reconnue d'un corps en dissolution dans l'eau minérale, de l'autre la valeur thérapeutique de ce même corps : voilà les deux bases sur lesquelles s'appuient toutes les classifications actuelles, qui ne diffèrent entre elles que par quelques variantes. Les divisions principales ont été créées d'après la présence des acides sulfurique, sulfhydrique, carbonique, chlorhydrique et du fer : ce sont les sulfurées, les chlorurées, les bicarbonatées, les ferrugineuses. La classe des sulfatées a été jointe par beaucoup d'auteurs à celle des chlorurées, par la raison que les sels qui la déterminent coexistent la plupart du temps avec une quantité souvent notable de chlorures. Dans les trois premières de ces divisions, suivant que les acides sont combinés avec une des trois bases principales : la soude, la potasse et la magnésie, on a introduit des subdivisions. Dans la classe des eaux ferrugineuses, suivant que le fer est combiné d'un des (rois acides crénique, carbonique et sulfurique, on a également formé trois subdivisions.
Dans chacune- de ces familles, il y a des eaux types, placées pour ainsi dire au sommet de l'échelle el représentant de la manière la plus accentuée la médica-
lion dont elles portent le nom; il y a des eaux allénuées, diminuées, qui, par transition insensible, perdent les propriétés de leur classe pour en acquérir d'autres, eaux dégénérées ou modifiées, de même qu'à la limite des espèces les types s'effacent et sont moins distants de ceux des espèces voisines. Il y a des eaux qui sont un mélange remarquable des propriétés et de la composition de deux classes : telles sont les cblorurées sulfureuses, comme Gréoulx, Uriage, Aix-la- Chapelle. Enfin bien des fontaines n'ont pas une assez grande simplicité de composition pour pouvoir être facilement renfermées dans tel ou tel cadre, mais au contraire ont plusieurs principes prépondérants, et alors elles sont mixtes ou polymétalliques, selon l'expression de M. Rolureau. Le type de ces polymétalliques est Carlsbad, dont tout le monde connaît la puissante spécialisation.
Il faut tenir compte de toutes ces nuances ; elles donneront souvent la clef des diversités d'action infinies et même contradictoires que l'on signale dans des eaux minérales parfois rangées sous la même enseigne. Il faut se bien pénétrer surtout de ce fait que la nature n'a pas de ces séparations inflexibles que le besoin de méthode force à introduire, mais que tous les degrés sont représentés et vont en s'enchaînant. Par opposition aux eaux polymétalliques, M. Rotureau avait admis les eaux amétalliques , expression moins heureuse, parce qu'elle semble exprimer un fait moins exact. Ces amétalliques, qui oui pour caractère de n'être minéralisées que d'une façon
insignifiante, sont successivement devenues les eaux inermes, indifférentes, indéterminées. Ce dernier lerme est aujourd'hui adopté. On admet donc cinq classes, qui sont :
icarbonatées.
crénatées.
sulfatées.
3° Les eaux indéterminées.
et des médications bien distinctes, en rapport avec ces cinq classes :
La médication sulfureuse,
La médication par les eaux bicarbonatées,
La médication par les eaux salines,
La médication ferrugineuse,
La médication par les eaux indéterminées.
M. le professeur Gublcr a donné une analyse des propriétés médicinales de ces diverses eaux mises en regard dè leur caractéristique chimique. Ainsi il y a des eaux :
1° Les eaux sulfureuses
sulfurées Bodiques.
sulfurées calciques.
Complexes ou polymétalliques.
3° Les eaux salines
2° Les eaux bicarbonatées
Anesthésiques ; Astringentes ou styp-
sulfatées ferriques et
tiques ; Diurétiques ;
ferro-cuivriques.
salines mixtes et sal-
Stimulantes et anes-
Dialytiques ; Eupeptiques ;
tbésiques ;
pêtrées.
alcalines et lithhiées.
laxatives martiales, gazeuses.
Eupeptiques directes ;
acides.
Absorbantes;
alcalines et calcaires, chlorurées - sulfatées ,
Reconstituantes (lymphe minérale);
Ces diverses désignations ne diffèrent de la nomenclature précédente que par les noms qu'elles empruntent aux corps accessoires qui font partie des eaux et dans certaines d'entre elles arrivent à jouer un des principaux rôles.