MALADIES DES ORGANES DIGESTIFS. — DYSPEPSIE. GASTRALGIE. — ENTÉRITE
L'estomac est la source et le point de dépari d'une foule de maladies ; il peut être affecté primitivement ou secondairement!. Les maladies des organes les plus éloignés ont un retentissement sur lui. comme aussi
:'7,i DE LA MÉDECINE THERMALE
toutes les fonctions éprouvent tôt ou tard le contrecoup d'une lésion des fonctions de l'estomac. Tracer donc un tableau des dyspepsies, c'est surtout faire mie élude séméiologique. M. Te Dr Dnjardin-Beaumetz, dans ses leçons de clinique thérapeutîquè, a magistralement développé ce point de vue, en s'appuyant sur celte opinion de Brinton que le mot môme de dyspepsie disparaîtrait un jour du vocable médical, lorsque nos connaissances anatomo-pathologïques et cliniques seraient suffisamment complètes.
Il y a des eaux minérales qui s'adressent plus particulièrement à l'estomac dyspeptique; mais la multiplicité même et la diversité des causes font que les eaux les plus étrangères entre elles peuvent arriver à améliorer des dyspepsies, en faisant disparaître l'affection qui leur a donné naissance. C'est ainsi que, dans les cas favorables, le tuberculeux verra ses troubles gastriques s'amender aux eaux sulfureuses; que la cblorose et les maladies utérines, qui sont aussi si souvent escortées des mêmes phénomènes, éprouvant le bon effet des eaux reconstituantes ou sédatives de l'appareil utérin, les fonctions de l'estomac reprendront leur énergie. Examiner à part chacune de ces causes de dyspepsie, ce serait refaire la pathologie de la plupart des maladies ebroniques qui s'accompagnent des troubles digestifs. Ce serait montrer presque chaque diathèse ayant sur l'estomac son retentissement, dans un ordre de fréquence plus ou moins grand. Tels sont l'herpétisme, l'arthritisme, la syphilis, la, tuberculose; telles sont encore des affections
telles que le diabète, l'alcoolisme. M. Cornillon a fait voir dans une note citée tout au long dans la thèse d'agrégation du Dr Raymond, combien étaient nombreux les cas où la dyspepsie était d'origine arthritique. « Fréquemment , dit-il , elle alterne avec la goutte ; elle cesse au moment où l'accès se déclare, pendant toute sa durée ne donne pas signe de vie, et revient quand l'accès a disparu. Cela est si vrai, que beaucoup de goutteux annoncent l'apparition de leurs souffrances articulaires , à la disparition de certains malaises et notamment au retour de l'appétit perdu depuis longtemps. » M. Pidoux rattache cette même dyspepsie dans la majorité dos cas ii l'herpétisme. Cet berpétisme, essentiellement caractérisé par la forme variable, mobile, de ses manifestations, répond bien, selon lui, à l'idée que l'on doit se faire de la dyspepsie. Les herpétiques et les dyspeptiques sont les gens les plus nerveux, les plus irritables du monde. Cette divergence d'opinion dans la nature des causes et la fréquence des origines de la dyspepsie n'a pas pour conséquence une divergence dans la façon d'envisager le traitement hydrominéral. Pour tous, quand la dyspepsie est secondaire, soit par sa date, soit par son importance pathologique, quand elle est due à une maladie d'un organe ou à une affection constitutionnelle et générale qui l'entretient, qui la. fait vivre, c'esL cette dernière qu'il faut avant tout traiter. Mais, quand la dyspepsie est au premier plan, il n'en est plus ainsi, môme serait-elle sous la dépendance d'une diathèse soit herpétique, soif arthritique.
L'estomac est en effel Le mieux placé de tous les meères pour subir L'influence des médicaments introduits, pour eu éprouver des effets de stimulation ou de sédation, de changement dans la quantité des sécrétions. I! y a des eaux plus particulièrement antidyspeptiques, et c'esl dans l'étude même des formes des dyspepsies, après avoir fait aux causes étrangères la pari qui leur incombe, dans l'examen du tempérament de chaque sujet, dans la présence ou l'absence de l'élément douleur, que nous rechercherons surtout les indications auxquelles ces eaux répondent. Il faut noter ici que quand elle est primitive . la dyspepsie a sa source très -communément dans une mauvaise hygiène, une alimentation mal réglée, soit pour la quantité soit pour la qualité, l'usage disproportionné de certaines boissons. Toutes ces causes, que nous retrouverons au sujet de la pléthore abdominale, nécessitent, en dehors du traitement hydrominéral, un régime sévère, dont nous avons donné un aperçu à propos de Vichy, de Garlsbad, et de la cure aux eaux minérales en général.
Nous emprunterons à M. Dujardin-Beaumetz La division des dyspepsies suivant leur siège et les modilications qu'elles apportent dans les fondions de l'estomac. Il y a des dyspepsies qui ont leur point de départ dans la tunique musculaire, et alors il peut y avoir excès ou diminution de la contractilité de relie tunique. Il y a des dyspepsies dues à l'état de la muqueuse el des deux ordres de glandes que renferme relie muqueuse. Suivanl que c'est la sécrétion des
glandes à mucus ou des glandes à suc gastrique qui est atteinte, nous aurons à distinguer : une dyspepsie simplement muqueuse , ou pituiteuse quand il y a grande exagération de sécrétion ; une dyspepsie dans laquelle le suc gastrique est diminué et ne suffit plus à la transformation des substances albuminoïdes : dyspepsie putride ; une dyspepsie où la production de ce môme suc gastrique est augmentée , dyspepsie acide. Enfin, dans certains cas, la dyspepsie s'accompagne de phénomènes douloureux et est dite gasfralgique; mais la gastralgie peut exister sans aucun symptôme de dyspepsie.
La dyspepsie atonique, par défaut de contractililé. par paresse de la tunique musculaire de l'estomac, sera surtout modifiée par les eaux qui sont de nature à réveiller celte contractililé et que par conséquent on pge Légèrement stimulantes : ce sont avant tout les eaux fortement alcalines, telles que Vichy et Vais: les sources ferrugineuses les plus riches en sels de 1er. ainsi Bussang, Orezza, La Bauche; ferrugineuses thermales, telles que Lamalou et Bcinncs clans l'Aude. Les eaux martiales en général agissent en produisant des effets reconstituants. M. le professeur Gubler conseille encore les eaux qui, tout en contenant du bicarbonate de soude et des sels neutres, sont en même temps très gazeuses (Le Cayla, Vic-sur-Cère, Châteauneuf, Saint-Nectaire .). Quelques eaux sulfureuses auront aussi prise sur l'atonie de l'estomac, surtout quand cette atonie est prononcée et devient le s\mplème dominant ; mais il f;iul choisir celles que.
['estomac peut le mieux supporter, chaudes, pas trèsminéralisées, comme la source de Mahourat à Cauterets.
La dyspepsie atonique s'accompagne souvent d'accumulation de gaz dans l'estomac, de renvois inodores; elle est aussi, dans un certain nombre de cas, sous la dépendance d'une diathèse, telle que l'arthritisme, la goutte; celle notion aura quelquefois à intervenir dans la direction du traitement.
La dyspepsie douloureuse, avec contractilité de la tunique stomacale, sensibilité très-développée et mélange de gastralgie, réclame les eaux faibles, indéterminées, et l'emploi simultané d'une balnéothérapie sédative. C'est ainsi que Plombières, Ussat, Néris, Bagnères-de-Bigorre sont des stations que l'on pourra désigner alors. M. le professeur Gubler conseille en pareil cas les eaux carbo-gazeuses, acidulés légères, qu'il a désignées, d'après leurs propriétés physiologiques, sous le nom d'aneslhésiques. Ces eaux sont Châteldon, Saint-Galmier, Condillac, Saint-Alban, Soultzmatt, Alet, ou bien encore des eaux comme Ëvian, Bagnoles-de-l'Orne, etc., très faiblement minéralisées, dont l'expérience a consacré la notoriété.
Les eaux acidulés gazeuses conviennent dans la dyspepsie par défaut d'acidité du suc gastrique, par diminution de sa sécrétion. 11 en est de même des eaux modérément alcalines, telles que Marcols,LeBouliiu. Royal, qui stimulent les sécrétions des glandes, ei de quelques sources sulfureuses donl l'action excitante peul encore être utilisée ici. Hontalade à Saint-
Sauveur, Mahourat à Cauterels; dans la dyspepsie par excès d'acidité, ce sont les eaux alcalines fortes qui tiennent la tète, ainsi Vichy et Vais tout d'abord, la première plus généralement, à cause de sa thermalité.
Un certain nombre de sulfatées calciques sont encore souvent appliquées au traitement des dyspepsies. Ce sont des eaux qui, comme Encausse, Contrexéville, Capvern, Rieumajou, Martigny (Vosges). Lacaune (Tarn), etc., s'absorbent facilement à haute dose et, poussant à la diurèse, amènent une dérivation. Les chlorurées sulfatées, Brides, 'Chàtel-Guyon, Santenay, dans la Côle-d'Or, en activant la circulation abdominale , en produisant des hypersécrétions du tube digestif et des glandes intestinales , exercent une révulsion utile dans certaines formes de dyspepsies et s'opposent aux phénomènes de pléthore, d'engorgement vasculaire. M. le professeur Gubler les indique pour le traitement de la dyspepsie pituiteuse.
Toutes ces sources et bien d'autres encore seront appropriées à quelques cas, à quelques formes de la dyspepsie, et l'on ne peut faire autre chose, après avoir cité les principales et donné les traits les plus saillants des divisions auxquelles elles s'appliquent, que de baser son choix sur l'examen de leurs propriétés anti-acides , absorbantes , excitantes de la sécrétion ou de la tunique musculaire, reconstituantes, révulsives par excitation portée sur un organe voisin ou éloigné de l'organe atteint, sur les sécrétions des glandes intestinales (chlorurées sulfatées sodiques).
sur la diurèse (bicarbonates et sulfatées ealoique»), sur l'enveloppe cutanée (batoéation, sudation, etc.). L'étude approfondie de ce qui convient le mieux au malade de tous ces moyens multiples, mais concourant au même but, servira dans son choix de guide an médecin. "
Quand La dyspepsie paraîtra manifestement reliée a. une diathèse, quand il y aura alternance entre elle et d'autres affections dues à la diathèse, que la diathèse sera jugée entretenir el dominer le mal local, un aura recours, dans les cas où cette cause sera riierpôtismc, à la médication arsenicale ou sulfurée, et, lorsqu'on pourra invoquer l'arthritisme, à la médication alcaline, aux eaux indéterminées fortemenl thermales et aux procédés hydrothérapiques de révulsion.
La gastralgie, ou névralgie de l'estomac, accompagne tantôt la dyspepsie et tantôt en est indépendante ; alors, ou bien elle se montre à des heures déterminées et en rapport avec le travail de la digestion, ou bien en dehors de lui, sous forme de douleurs sourdes, de crampes d'estomac, ou au contraire de douleurs aiguës ou suraiguës. Elle est liée fréquemment à un état névropathique général et peut coïncider ou alterner avec d'au 1res névralgies, principalement des parois intercostales el des viscères. Le traitement de la gastralgie par les eau\ minérales est celui des névroses en général, el basé sur la sédition obtenue an moyen d'eaux faiblement minéralisées, indéterminées, employées eu bains tempérés
prolongés, en boisson, etc. : telles sont Ussat, Bagnères-de-Bigorre, Néris, Plombières. On s'accorde h reconnaître à cette dernière station une véritable spécialité pour toutes les affections spasmodiques de l'estomac et du tube digestif. La' gastralgie est très-souvent liée à un état de chlorose et se trouvera bien du traitement de la chlorose. Les eaux fortement minéralisées sont contre-indiquées dans la gastralgie, entre autres les sulfureuses fortes. Parmi les autres névralgies des viscères, il faut mentionner :
L'hépatalgie, dont Frerichs cite un cas guéri par les eaux de Carlsbad ; l'hépatalgie fut remplacée par une névralgie intercostale ;
L'entéralgie, dans laquelle sont surtout utiles les moyens externes, bains prolongés, (.louches tempérées, mais où l'on fera usage également des eaux faibles, indéterminées, en boisson.
L'entérite et la diarrhée chroniques succédant à une inflammation aiguë ou à une dysenterie des pays chauds sont traitées par Vichy ou par des eaux similaires. M. Durand-Fardel recommande tout particulièrement en pareil cas l'usage des moyens externes, et il insiste pour qu'on ne fasse usage qu'avec une extrême prudence de l'eau en boisson. La pratique de Carlsbad est plus étendue : on y traite un grand nombre de ces cachexies intestinales et môme arrivées à une période avancée de la maladie. Les malades voient souvent leurs évacuations diminuer et changer de nature, les forces renaître d, la santé s'améliorer. Les stations similaires de Carlsbad que nous avons en France,
:I8'j DE LA MÉDECINE THERMALE
' Châtel-Guyon , Brides, Miers , Santenay , sonl sans doute appelées ù rendre les mômes services; mais les observations manquent. En revanche, dans la série des faits que Borde u a consignés dans son Traité des maladies chroniques, nous en trouvons quelques-uns expressément indiqués comme diarrhées anciennes rebelles améliorées ou guéries aux eaux sulfureuses. A propos des mômes eaux, voici ce que dit Cyprien Camus : « Une trop vive susceptibilité des intestins, une phlegmasie du foie, de la rate, du pancréas, du mésentère et des intestins eux-mêmes, sont une contreindication puissante à leur emploi ; mais il n'en est pas ainsi lorsque ces évacuations opiniâtres, suivies d'amaigrissement et de fièvres erratiques, sont le résultat de ces altérations vieillies et funestes ou les effets de la tristesse, des chagrins prolongés longtemps ressentis. Presque toujours alors, l'économie est délabrée, les facultés vitales anéanties. L'asthénie est l'élément essentiel de ces dévoiements ruineux, et d'habitude nos eaux soulagent et parfois guérissent. » Lorsque l'entérite a conservé un certain degré de subâcuité, qu'il y a une douleur sourde à la pression du ventre, des eaux sédatives, telles que Plombières, Bagnères-de-Bigorre, Néris, sont ce qu'il > a de mieux à conseiller.
Le foie est sujet à une foule d'affections, depuis la congestion simple jusqu'aux lésions et aux dégéné-
rescences les plus avancées, et. Ton a vu quelquefois passer en revue dans une énumération complaisante toutes ces affections, comme si leur traitement appartenait en bloc à la thérapeutique hydrominérale. En réalité, dans toute lésion, l'usage des eaux est au moins inutile. Ce n'est que dans l'hyperhémie, dans quelques formes d'hypertrophie, dans les catarrhes chroniques de la vésicule biliaire et dans ses calculs, que les meilleurs auteurs les conseillent. Fauconneau Dufresne, outre la polycholie, citait encore l'oligocholie, le foie gras ou hépatoclémie, la congestion qui précède la cirrhose ; mais à cela on lui objectait avec raison que, du moment où il n'y avait que congestion, nul ne pouvait prévoir qu'il y aurait cirrhose, et que, quand il y avait cirrhose déclarée, l'effet ne pouvait être que négatif. Cette hyperhémie. qu'elle précède la. cirrhose ou toute autre affection organique, n'en est pas moins la source la plus fréquente, selon Frerichs, des maladies du foie, et c'est contre elles que les ressources de la médecine hydrolliermale sont employées avec succès et avant toute autre détermination plus grave. Le foie peut se con- ^•siionner ou s'enflammer d'un grand nombre de laçons différentes : outre l'influence de stases sanguines dans les organes voisins, dans le centre circulatoire, la propagation des inflammations du tube digestif auquel il est intimement lié par continuité de tissu, le foie est le rendez-vous de toute la circulation abdominale, et le trouble apporté à celte circulation l'obstacle produit sur un quelconque ,1e ses points
38g DE LA MÉDECINE THERMALE
amènera une stase dans L'organe, de môme que les vaisseaux abdominaux s'engorgeront secondairement quand le foie serahyperêmié. C'est là une des grandes causes, une des principales origines, dans les régions tempérées, des maladies hépatiques. Lors donc qu il v aura disproportion entre la quantité de t'alimentalion et Le traTail de l'assimilation, que les substances ftntritives élaborées ronLenues dans les vaisseaux du Chyle ne trouveront pas facilement leur écoulement et leur emploi, il se produira une pléthore abdominal,'. Celle pléthore est un fait normal dans Les heures qui suivent la digestion. Ce n'est que par son exagérât on répétée qu'elle en arrive à constituer un phénomène morbide. Alors les pesanteurs, les gonflements dans la région hépatique deviennent communs Il se produit d'autres symptômes du côté du tube digestif, constipation, gonflement et tuméfaction des veines hémorroïdaires, diminution de l'appétit, engourdissement. Cet étal, intermittent d'abord, devient par l'effet d'un régime mal compris, toul a fait permanent; tantôt le peu de sobriété, les excès, les écarts d'hygiène en sont la cause, tantôt c'est le genre de vie trop sédentaire ci qui Défavorise pas les combustions ci les renouvellements des tissus; Les conqaences peuvent en être sérieuses. Ce sont en somme celles de L'état «pic Les anciens médecins avaient désigne par l'expression caractéristique, mais aujourdnui tombee en désuétude, d'obstruction des viscères.
Les pays du Nord, pays où L'on trouve le plus de grands mangeurs ci proportionnellemenl de gens m-
tempérants., sont ceux qui offrent le plus grand nombre de cas de pléthore abdominale. Elle n'est pas non plus rare sous nos climats, soit pour la môme raison, soil par l'influence de certaines professions.. C'est ainsi que les professions sédentaires, celles où les fonctions digestives deviennent lentes et s'endorment par suite de défaut d'exercice musculaire , conduisent fréquemment à cette pléthore. Les Allemands, qui ont plus souvent affaire à des malades de cette nature, conseillent pour eux des eaux la valives, désobstruantes, les sulfatées sodiques et chlorurées sadiques, la Muhlbrunnen à Carlsbad, les eaux de Marienbad, le Rakocsy à Kissinp'u. M. Le professeur Gubler, qui a si bien mis en lumière les eaux sous ce rapport similaires de celles de l'Allemagne, cite en première ligne Chàlel-Guyon, Brides. Saint-Nectaire, comme pouvant produire des effets spoliatifs et d'excitation sur la riivulation des viscères. L'action purgative de ces sources est ici Irès-importante ; c'est ce qui fait sans doute que Carlsbad agit différemment de Vichy dans un certain nombre de cas. Les alcalins en effet, qui se distinguent par une action plus intense, plus profonde sur l'organe lui-même et sur ses sécrétions, n') joignent pas ce mode dérivatif spécial aux sulfatées sodiques, polymôtalliques, ou chlorurées sodiques.
La pléthore abdominale ne reste pas longtemps seule, quand on n'a pas remédié aux inconvénients qu'elle produit, à la constipation, à l'anorexie, elle amène l'hypernémie du foie, qui devienl alors la lésion
dominante et la plus nécessaire à traiter. L'hypochondrie est également une des suites habituelles de cel état des organes digestifs, et il ne faut pas interpréter autrement les nombreuses observations d'hypochondriaques guéris aux eaux minérales que l'on r encontre, dans les observations les plus anciennes.
LThyperhémie du foie est active ou passive; elle est idiopathique ou symptomatique ; elle reconnaîl une foule de causes, dont une des principales esl pour les climats tempérés la répétition des (roubles circulatoires abdominaux dont nous venons de parler, pour les climats chauds l'influence d'une température torride, mais surtout, d'après Frerichs, l'influence de la malaria, des miasmes si communs sous ces latitudes. Cette hyperhémie, qui s'observe à tous les degrés, depuis un léger état aigu, pendant lequel il n'esl pas encore permis d'aborder les eaux minérales, jusqu'aux cachexies avancées, aux engorgements tenaces et étendus, esl avant tout justiciable des eaux alcalines, bicarbonatées sodiques. Enfin, comme tous les autres organes, le foie peut présenter des manifestations qui seront sous l'influence d'une des mandes diathèses d'ensemble, rail dont il sera nécessaire de tenir compte.
Les engorgements du foie, en France, sont surtout traités par Vichy et les eaux alcalines qui s'en rapprochent. En Allemagne, c'est vers Carlsbad el quelques chlorurées sodiques, comme Kissingen ,
Homl rg, Wiesbaden, que l'on dirige ces mêmes
malades. Nous voyons doue des résultats identiques
obtenus par des moyens différents, non sans quelques nuances, sans quelques distinctions. Les quelques explications dans lesquelles nous sommes entrés au sujet de la pléthore permettent de trouver à Vichy et aux sources alcalines un effet plus direct par « la manière dont elles abordent immédiatement l'organe hépatique et agissent sur lui ». M. Durand-Fardel fait parfaitement ressortir cette action élective sur le l'oie. On pourrait dire à ce propos qu'il y a des eaux hépatiques, comme il y a des eaux pulmonaires et des eaux vésicales ; nous ne voyons pas que l'indication de diathèses soit ici invoquée souvent, mais nous constatons au contraire qu'elle cède le pas à l'indication d'organes. N'y aurait-il pas de la part des alcalins une excitation particulière portée sur la circulation hépatique proprement dite, excitation dont on pourrait voir la preuve dans l'exagération de sécrétion de la bile qui est la conséquence de leur emploi ? N'auraient-ils pas par là la une môme action sur la partie centrale de ce circuit sanguin abdominal, que d'autres eaux stimulent également par la périphérie ? Quoi qu'il en soit, le premier phénomène que l'on observe pendant la cure est le réveil des fonctions digestives ; viennent ensuite l'atténuation et la disparition de l'ictère quand il s'est montré. C'est ce <pie l'on a signalé pour Vichy, et Frérichs a donné une observation d'ictère disparu après quinze jours de cure à Carlsbad. L'épaisseur du foie dans les cas anciens ne diminue que lentement. Il faut plusieurs saisons poiir mettre le malade à l'abri de complica-
lions ultérieures : il peste alors dans les intervalles une pesanteur qui indique que L'organe a conservé une grande susceptibilité. Le traitement consiste dans l'eau en boisson et dans les bains surtout; les diverses sources de Vichy sont prescrites à doses graduelles, ainsi que nous l'avons indiqué dans l'article Vichy, et en cela appropriées au tempérament de chaque sujet et aux périodes de la maladie. On doit prendre d'autant plus de précautions que l'on est plus rapproché d'une crise aiguë ou des débuts du mal. On doit éviter avec soin toute excitation excessive portée sur l'organe à l'aide des eaux minérales : c'est ce qui fait la principale contre-indication des sulfurées, auxquelles Bordeu attribue, ce qui est d'ailleurs fort plausible en raison de la stimulation qu'elles amènent, un certain nombre de désobstruclions du foie. On préférera même à Vichy, dans des cas où l'on a affaire a une trop grande acuité, à une forme trop éréthique, des eaux bicarbonatées comme Royal et Le Boulou, des sources telles que Saint-Nectaire, ou des sulfatées calciques, faiblement minéralisées ou indéterminées : Ussat, Fernande. Plombières. A <;es dernières, c'est surtout la sédalion que l'on demande.
Quand l'alTeclion du foie est trop avancée, il en est île même que lorsqu'elle est trop près de son début : on doit éviter avec soin les sources énergiques. Vichy scia déconseillé quand le malade présentera déjà quelques phénomènes de cachexie séreuse, «les épanclicmenls , des hydropisies. Alors quelques eaux
MALADIES DU FOIE Mti
reconstituantes, ferrugineuses ou autres, seront Les seules à employer.
Le régime diététique de Vichy, moins minutieux qu'il ne le fut autrefois, a cependant conservé un certain nombre de ses pratiques méthodiques. C'est là un adjuvant du traitement. Les affections du foie sont très fréquemment liées à des états dyspeptiques dont l'amendement est déjà une bonne condition pour l'avenir. Le régime de Carlsbad est beaucoup plus sévère ; la quantité d'aliments que chaque malade doit absorber par jour est réduite à son minimum. On cite dans l'histoire de l'hygiène plusieurs exemples célèbres de santés délabrées remises en état par le régime ; nul doute que chez tant de malades, victimes quelquefois de l'intempérance, souvent d'une alimentation irrégulière, mal équilibrée, mal digérée,, de pareilles règles ne soient de puissants auxiliaires.
La stase veineuse du foie, résultant d'un obstacle à la circulation cardiaque, peut s'améliorer par le traitemeni hydrominéral quand elle n'est pas trop avancée ; si les lésions valvulaires sont déjà très prononcées, ainsi que les troubles fonctionnels qui en résultent, il est mieux de s'abstenir (Frerichs).
Le aaâmrrhe des voies biliaires et les calculs biliaires sont des affections (pi marchent généralement ensemble, l'une étant le produit de l'autre et réciproquement. Les eaux alcalines et les sels alcalins ont été de tout temps préconisés dans le traitement des concrétions des voies biliaires. A l'époque où l'on
était surtout préoccupé aussi bien de leur dissolution que de celle des pierres dans la vessie, Frédéric Hoffmann et après lui bien d'autres, guidés par des théories chimiques, employaient les alcalins pour les dissoudre. Aujourd'hui, ces systèmes ont l'ait leur temps, et personne ne croit plus à la désagrégation d'un calcul déjà formé ; mais les alcalins n'en ont pas moins une incontestable spécialisation d'effets, et cela parce que, en augmentant la sécrétion biliaire, ils la rendent plus fluide et la diluent, et en second lieu parce que, en rendant plus énergique la contractilité des canaux excréteurs, ils aident à l'expulsion des concrétions calculeuses. Ce sont donc des actions physiologiques et nullement chimiques que l'on doit invoquer ici.
Les calculs biliaires peuvent exister dans les voies biliaires sans donner aucun signe de leur présence. C'est surtout dans les parties larges des conduits, dans la vésicule, ou bien dans un point qu'après une première crise douloureuse leur présence a dilaté, que les choses se passent ainsi. Dans les points rétrécis, tels que le conduit cystique , le canal cholédoque et l'orifice duodénal de celui-ci, ils amènent, avec la dilatation de la vésicule, les phénomènes de rétention de la bile , et les accidents douloureux de la colique hépatique. Une fois arrivés dans le duodénum, ils s'écoulent par les voies naturelles; mais ils peuvent se frayer un chemin artificiel, abeéder les parties et causer des désordres variés. C'est, dans l'intervalle des crises que le traitement minérothermal par les eaux alca-
lines (Vichy, Vais) doit être entrepris. Rien n'est plus commun en revanche que de voir, pendant le cours même de ce traitement, revenir des coliques hépatiques, même d'une certaine intensité. C'est ce qui s'explique sans peine quand on songe que les calculs en voie d'expulsion traversent précisément ces parties, où leur présence est le point de départ des phénomènes douloureux. En pareil cas, l'interruption du traitement est de règle, sauf une balnéation tempérée et très douce. Pour calmer les douleurs extrêmement vives que les malades éprouvent, l'emploi de moyens calmants, d'injections de chlorhydrate de morphine, est aussi recommandé. Souvent alors, et quand on craint le retour de tels accidents, des sources qui n'ont ni l'énergie ni le spécialisation de Vichy seront appelées à rendre des services. Mais il faut bien distinguer entre le traitement de la colique hépatique, qui n'est que palliatif, sédatif, le traitement même dont le but est l'expulsion des calculs, résultat que l'on obtient fréquemment à d'autres sources, et cette action modificatrice non seulement de la disposition du moment, mais de la tendance à la production de nouveaux calculs dans l'avenir.
Contrexêville, Vittel, Aldus, Châteauneuf, Andabre, Niederbron (chlorurée sodique) ont été des stations recommandées à divers titres pour le traitement de lu gravelle biliaire el de la colique hépatique.
MALADIES DES ORGANES GÉNÏT(MJRINAIRES .
Les maladies des organes génilo-urinaires sont. Ie> unes communes aux deux sexes, les autres spéciales à l'homme ou spéciales à la femme.
La cystite chronique, calculeuse ou non calculons.-, s accommode dans le premier cas des mêmes eaux «pic la gravelle, sulfatées ealciques, telles que Contres é- \ille, Vittel. Martigny, Sainte-Marie, Encausse, Capvern, ou des sulfurées douces et dégénérées, LaPçeste, Moligt, la source de Mahourat àCauterels. L'alfection calculeuse est mieux modifiée par des sources alcalines, telles que Vichy, Vais, Royal, Marcols, etc. On emploie encore contre elle des eaux indéterminées, comme Evian ou Foncaude. Le traitement de la cystite non calculeuse, de la cystite des vieillards, avec dépôts muqueux ou purulents, réclame surtout les eaux diurétiques peu excitantes, auxquelles on joint les lavages répétés, les injections dans la vessie, des bains tempérés , plus énergiques dans la forme torpide . doux et prolongés quand il reste encore quelques symptômes de l'état aigu. Si la maladie est liée à un état diatliésique , parfois les moyens dirigés contre ce dernier aideront à la cure; mais, en général, le traitement local a surtout de l'utilité ; les douches périnéale, liypogastrique, lombaire sont usitées dans un grand nombre de stations comme moyen tonique el révulsif.
La blennorrhée succédant chez l'homme à mie in-
■flammation aiguë des voies iV excrétion de l'urine, à une blennorrhagie, doit fréquemment sa persistance à des causes générales, telles qu'une constitution lymphatique, et cet état sera heureusement modifié par un traitement hydrominéral stimulant et tonique. Les eaux sulfureuses fortes en pareil cas, Barèges, Luchon, les sources les plus excitantes de Cauterets, sont les mieux indiquées; parfois on a conseillé des injections d'eau sulfureuse dans le canal, et on possède même un certain nombre d'observations où ces injections, par une action substitutive, auraient momentanément avivé le mal, circonstance qu'il faut connaître pour ne pas s'en inquiéter, car elle est un signe précurseur d'amélioration.
La spermatorrhée, les pollutions involontaires s'accompagnent souvent d'un grand affaiblissement de l'organisme, d'une prostration du système nerveux, de symptômes d'hypocondrie. M. le professeur Guhler assigne à cette maladie, comme traitement, les sulfurées ou les chlorurées sodiqucs fortes, quelques l'ernigineuses (Lamalou). Lallemand regarde les bains sulfureux comme utiles quand les organes génitaux participent à la débilité générale : pour lui, il existe à Cauterets, Luchon, Ai\-en-Savoie, des sources variées et des moyens de les mitiger selon le degré d'excitabilité du sujet. Moligt et Le Vernet auraient en pareil cas une action encore plus spéciale. Quand il y a coïncidence d'une maladie herpétique, les sulfureux sont également le vrai moyen à employer. Mais toujours on doil craindre de trop agiter les labescents par l'emploi
• les eaux sulfureuses qui amènenl une réaction vive, Il faul des sources d'une température moyenne, ni trop chaudes ni trop froides, pouvant être données en bains .sans qu'il soit nécessaire de les mitiger. Il faut encore, surtout au début de la spennatorrhée, useï- de tous ces moyens avec grands ménagements. Poussé trop vivement, leur emploi soi I an début, soit vers la tin, est susceptible d'augmenter les accidents et force alors à recourir à des sources éminemmenl sédatives, aux indéterminées par exemple- La leucorrhée chez la femme est si constamment liée à la chlorose et à l'anémie que le traitement de ces dernières lui convient essentiellement. Cependant, le fait de récoulement du liquide par les parties génitales comporte quelques indications particulières. Quand on aura remédié à l'appauvrissement du sang à l'aide des sources martiales, à l'asthénie par les stimulantes sulfureuses ou chlorurées sodiques, aux déterminations névropathiques par une balnéation sédative ou par les eaux indéterminées, on devra encore aviser aux moyens dont il faudra faire usage contre l'état local; ces moyens sont les irrigations vaginales, les injections, tous d'une grande délicatesse d'application. Quelques médecins croient pouvoir sans inconvénient, diriger dans la cavité vaginale el sur le col utérin des douches douées d'une certaine force de. percussion; mais, pour le grand nombre, ces douches ont plus de dangers que d'avantages. I; ne faut pas oublier que c'e*sl toujours alors la malade qui est chargée de modérer ci de dirigei
l'impulsion et qu'on ne peut guère s'en rapporter à son discernement. M. le professeur Courty va même jusqu'à regarder comme au moins inutiles , sinon nuisibles, les douches de cette nature, toutes les fois qu'elles ne sont pas données sous la direction du médecin. On comprend quelles entraves de pareilles précautions, que dicte une pratique consciencieuse, apportent au traitement des maladies utérines. M. le professeur Gubler admet, aupoint de vue deleur action sur les liquides de la cavité vaginale et utérine, diverses classes d'eaux. Ce sont des eaux anti-acides, c'est-à-dire alcalines, et parmi elles avant tout Vichy, dont M. Willemin a relaté les bons effets dans les affections de ces organes. Ce sont encore des eaux antizymotiques ou antifermenlescibles, comme les sulfurées, s'opposant au développement des myriades d'organismes microscopiques qui pullulent dans les sécrétions altérées ; ce sont encore des eaux astringentes ou toniques, les sulfatées ferriques, les martiales.
La métrite chronique a diverses origines ; qu'elle soit ou non accompagnée d'ulcérations, elle a tantôt un point de départ uniquement local, et tantôt elle csl reliée à un état diathésique et constitutionnelelle s'accompagne de chlorose et d'anémie, d'accidents névropathiques généraux; elle peut aussi se l'attacher soit au lympbatisme, soit à l'herpétisme soit au rhumatisme, soit à la syphilis, et réclamer alors les eaux qui convienent à ces différentes diathèses. L'application des caustiques, dont l'usage est
si fréquent quand la surface du col présente quelque altération, dans les maladies utérines, se fait quelque- Pois aux eaux; mais il paraît préférable que celle application ait lieu auparavant ou soit consécutive, à moins de circonstances qui sont une indication immédiat©. En effet, l'ulcération tenace, invétérée, cédera mieux à des topiques plus énergiques, et ce n'est que déjà attaquée, déjà modifiée, qu'elle se présentera à la cure hydrothermale avec toutes les chances de guéiïson. En revanche, les desquamations superficielles, légères, les catarrhes à sécrétion visqueuse, plus ou moins abondante, causes si fréquentes de stérilité, de désordres fonctionnels du côté du petit bassin, retireront non seulement des bains, des injections et des irrigations, mais d'une action élective particulière, de certaines sources , les plus grands bénéfices. Voici comment M. Gaulet décrit à propos des eaux de Saint-Sauveur celle action élective, qu'il qualifie fthydrorrhée thermale.
Dans son mémoire sur l'action des eaux de Saint- Sauveur, il montre que les eaux de Saint-Sauveur exercent une action spéciale , pathogénétique , sur l'appareil utéro-ovarien. Celte action, des plus constantes et. des plus facilement appréciables, se manifeste par îles altérations profondes de la sensibilité, de la eontractilité et des sécrétions utérines, ainsi que par îles troubles de la menstruation et de la gestation. Les femmes ne lardent pas à éprouver après le bain, dans la région du bassin, derrière le pubis, une sensation nullement pénible qu'elles accusent en