‹ Manuel pratique de pronunciation et de lecture françaisesChapitre 39 sur 50 · ÉLISION · texte numérisé non relu

ÉLISION

68. Quand on dit : 3e œ palto do vlu:r (j'ai un paletot de velours), on supprime 9 entre 3 et e de fai, 9 entre / et ^ de paletot, 9 entre î^ et ^ de velours. La suppression d'un son dans certaines combinaisons de sons s'appelle élision.

L'a est le son qui s'élide le plus souvent [cf. dvi (devis), fne:tr (fenêtre), plot (pelote), ... et cette locution populaire si curieuse: 1 po:v pœp ^ (le pauvre peuple)]. 11 tombe régulièrement quand sa chute n'entraîne pas un groupe de deux consonnes initiales ou de trois consonnes médianes.

^ prononciation à éviter.

118 PRONONCIATIOX FRANÇAISE

Ainsi, on dit Jovai (cheval), mais: I9 Jval (le cheval); l9 Sards, mais : do 1 sarde (dans le jardin). On peut à cet égard, se rappeler ce qui a été dit plus haut (p. 49).

Il y a d'autres élisions :

P de voyelles, comme a dans l'âme pour la âme ; i dans sHl pour si il ; etc.

2^ de consonnes comme :

1, r. Ex. : s n krwa pa (elle ne croit pas) ; sy 1 bâ (sur le banc).

k. Ex. : 3e ete avs Iqi (j'ai été avec lui). Cette prononciation, d'ailleurs régulière, est habituelle dans le Midi.

3** de syllabe entière. Ex. : ça (cela), via (voilà), etc.

Dans la conversation familière, il y a beaucoup plus d'élisions que l'écriture ne le laisse supposer.

Addition.

69. De l'élision, il est intéressant de rapprocher le phénomène exactement contraire, celui de raddition.

Celui-ci montre la soudure de l'article défini avec le nom ^suivant dans : le levier (expression populaire), le lendemain, le loriot, etc.

Il apparaît encore dans les mots classiques ou populaires où un e est placé devant un s suivi d'une consonne soufflée, k, tj p, etc.

Exemples classiques: escalier, esclandre, estomac, esprit, etc.

Exemples populaires : esquelette, escandale, escarole, estatue, estation, estrapontin, etc.

Liaison.

70. Lorsqu'on prononce correctement : c'est inutile, on lie ensemble t final de c^est et Vi initial de inutile. On fait une liaison.

La liaison est l'action de lier deux mots ensemble, au moyen de la consonne finale du premier et de la voyelle initiale du second. Ainsi que le remarque M. Nyrop, «la consonne de liaison quitte le premier mot pour devenir initiale du mot suivant^».

Observation. — L'application de ce principe change souvent la nature et le sens des mots, et devient une source de calembours. Ex. : Quel est le premier homme du monde ? Réponse : le rhum de la Jamaïque — De quelle couleur est toujours un coôre-fort quand on le vide? 11 est tout vert (est ouvert) — Vous ne ferez jamais un bon marin : vous êtes trop homme de terre (trop pomme de terre !) — Il sortit du bain comme ww vieillard en sort (un vieil hareng saur !). . . .

A propos de liaisons, il y a deux excès contraires à éviter : ne pas en faire du tout, les faire toutes. Si l'on ne faisait aucune liaison, le français manquerait d'aisance, de souplesse, et prendrait une allure saccadée fort désagréable. Par contre, si l'on faisait toutes les liaisons, on augmenterait démesurément, dans la diction, la proportion des consonnes, surtout des consonnes z, t, et notre langue serait encore désagréable.

En somme, une liaison n'est bonne que si elle remplit trois conditions : ne pas choquer l'oreille, être autorisée par l'usage et ne troubler en rien la clarté.

Il y a d'autres précautions à prendre :

P toute liaison doit être douce, légère. Par exemple, dans «les jugements de cour vous rendront blanc ou noir)} le c de blanc ne doit pas être articulé avec autant de netteté que dans blanc couloir.

2" L'oreille ne peut supporter que de^ix liaisons consécutives de même nature. Ex. : nous vous^avons avertis| assez^à temps, et non : nous vous^avons^avertis^assez^ temps.

1. Nyrop, Manuel phonétique du français parlé, Paris, 1902, p. 181.

7L Liaisons obligatoires. — Les nombreux cas particuliers de liaisons obligatoires peuvent se ramener à deux idées principales qui les expliquent : Vaccord, le sens.

A. On tend de plus en plus à faire la liaison d'accord pour marquer le pluriel et le distinguer du singulier. Ex. : du drap I anglais, des draps^anglais ; ce mot|a vieilli, ces mots^ont vieilli; le bras | étendu, les bras^étendus ; un bain| agréable, des bains^agréables ; une langue étrangère, des langues^étrangères ; un petit^oiseau, de petits^oiseaux ; un petit^animal, de petits^animaux ; etc.

B. On doit faire la liaison de sens :

P entre les articles, les adjectifs, les déterrainatifs d'une part, et, d'autre part, les substantifs. Ex. : les^amis, aux^époux, des^enfants ; — les vrais^amis, de bons^enfants ; — un^habit, deux^heures, ces^arbres, mes^yeux, aucun^intérêt (o-kœ n êters), quelques^oiseaux, tout^homme, etc.

2** entre les pronoms et les verbes, ou entre les verbes et les pronoms. Ex. : il^avait, avait^il *? ; il^est^occupé, estoil^occupé 1 ; il peut^avoir raison, peut^il^avoir raison ? ; il faut^une preuve, faut^il^une preuye 1

3^ entre l'adverbe et le mot qu'il modifie. Ex. : très^assidu, bien^aimable, plus^honnête, moins^agréable. (La liaison est facultative pour/or^.)

4° entre la préposition et le mot qu'elle régit. Ex. : dans^une voiture, en^Amérique, sans^ordre, sous^un pont, avantcbier, devant^eux, chez^eux, etc. (La liaison est facultative pour après, depuis, dès, envers, vers, par-dessous, pardessus. Elle ne se fait jamais pour selon.)

5° dans des noms composés et des locutions indécomposables. Ex. : pot^ eau, potc.au - feu, poteau lait, poteaux-roses ; pied^à terre, de pied^en cap ; guet^apens (gst ;ipa) ; crocccn-jambe (kro k â.5a:b); — tout^ fait, tout^à coup; mot3 niot; tôt^ou tard (to tu ta:r); de

plus^en plus, de moins^en moins, de temps^en temps, etc. (La liaison est facultative pour pas à pas, de part et d'autre, par rapport à, corps et âme, de mieux en mieux, etc.)

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