‹ Manuel pratique de pronunciation et de lecture françaisesChapitre 40 sur 50 · Liaisons prohibées. — On ne doit pas faire la liaison · texte numérisé non relu

Liaisons prohibées. — On ne doit pas faire la liaison

P Après les consonnes muettes qui ne servent pas à marquer de flexions. Ex. : grenie(r) à foin, monsieu(r) Albert, po(t) en grès, du nor(d) au midi, cou(p) à faire, lour(d) à porter, abu(s) à supprimer, fécon(d) en ruses, lon(g) à répondre, etc. ;

2° Après les consonnes muettes précédées de r. Ex. : vers|un but, des vers | -à-soie, envers|et contre tous, il perd|un temps précieux, cela ne sert | à rien, vert | et rouge, il sort | à l'instant, il court] encore, etc. ;

3° devant les mots commençant par h dite aspirée. Ex. : le I haricot, le | héron, un | hochet, la| huche; c'est | honteux il^est^en I Hollande ; etc. (Voir § 48.)

Les gens du peuple disent parfois : les z-haricots, les z-harengs, etc. (Cf. Labiche, la Sensitive, 3, i.)

4° devant onze, onzième, ouate, oui, huit, yacht (jak), yatagan, yole (jol), uhlan et un dans certains cas comme uniet un font deux.

5° Après 1' s de certains composés. Ex. : des chars |-àbancs, des arcs | -en-ciel, des crocs | -en-jambes, des ducs jet pairs, etc.

Pour : arts-et-métiers, la liaison est facultative.

6*^ Après le t des terminaisons en art, ert, eurt, ort, ourt. Ex.: il part I à l'instant; la plupart | ont péri ; il s'est oflert|à notre vue; elle meurt | en paix; il dort | où il se trouve; il court I encore, etc.

Observations. — Insérer un z là ou il faudrait un t, et vice versa, c'est faire un pataquès. Voici, dit-on, l'origine de cette expression : un beau diseur était au spectacle dans une loge, à côté de deux

femmes, dont l'une était l'épouse d'un agioteur ci-devant laquais, l'autre d'un fournisseur ci-devant laquais. . . . Tout à coup le jeune homme ^^ouve sous sa main un éventail. «Madame, dit-il à la première, cet éventail est-il à vous? — Il n'est poin-z-à moi — Est-il à vous? en le présentant à l'autre. — Il n'est pa-^-à moi.» Le beau diseur, en riant «Il n'est poin-z-à vous, il n'est pa-f-à vous, je ne sais pa-iî-à qu'est-ce.» Cette plaisanterie a couru dans les cercles, et le mot est resté. (Domergue, Manuel, Paris, 1805.) Les pataquès portent aujourd'hui 1p nom de cuirs ou de velours.

7" Après la conjonction et. Ex. : il était fort et|agile.

8° dans des combinaisons où la liaison donnerait lieu à des sons bizarres ou difficiles. Ex. : des^espaces| immenses ; tu aimes I à danser; venez sur les | une heure, quatre heures | un quart ; etc.

73. Remarques particulières. — Afin de mettre en garde contre des liaisons qu'on a plaisamment appelées des «liaisons dangereuses,» voici quelques indications utiles :

B — ne se lie pas dans Christophe Colomb, plomb, aplomb. Ex. : un aplomb | extraordinaire.

C — se lie comme un k dans croc-en-jambes, sac au dos, franc original, mais ne se lie pas dans franc (monnaie), Marc (nom commun), estomac. La liaison de c est facultative dans tabac à fumer, tabac à priser.

D — ne se lie pas dans nid, muid, Gand, gland, gond, ni dans les mots terminés par rd comme égard, hasard, bord, lourd, sourd. Sauf dans nord^^est, nord^ouest, le Cid^était un vaillant, d en liaison se prononce t. Ex. : quand^on voudra (ko t 5 vudra), grand Jiomme (grâ t om), pied^jà-terre, coudz,elle, entend-elle, il prend jun livre, etc.

E — La lettre e finale n'évite pas la liaison de la consonne qui la précède avec la lettre initiale du mot suivant. Ex. : une bonn{e)^affaire.

F — se lie toujours, soit avec sa prononciation naturelle : un œuf^assez gros, du bœuf^à la mode, ce canif ^est couvant, etc.,

soit avec le son d'un v; neuf heures (nœv oe:r), neuf hommes (nœv om), neuf ans (nœv a), etc.

G — ne se lie pus dans de long\en large, mais se lie en général avec le son de ^ : un sangjimpur (œ sa kê-py:r), un rang illustre (œ rn k i(l)ystr), un long hiver (œ 15 k iv8:r), etc.

J — ne se rencontre pas dans les terminaisons françaises.

K — se lie tout naturellement quand il est à la fin d'un mot. Ex. : son kodak^est excellent, un kopeck^est une monnaie russe.

L — ne se lie pas dans fusil, gril, outil, persil, mais, précédé de i, de ai ou de ei, il représente le son j. Ex. : gentilhomme (3â-tijom); un travail énorme (œ travatj enorm) ; un soleil éclatant (œ sole:j eklatâ). Dans les autres cas, l se lie toujours. Ex. : un haljanimé, ce hel^arbre, le nouvel^au.

M — se lie rarement, quand elle se prononce à la fin des mots. Ex. : album, maximum, minimum, opium, rhum, requiem (rekqijsm).

N — ne se lie pas dans les substantifs en ain : répuhlicain\intransigeant (ê • trâ • zisâ) ; dans les adjectifs en ain non immédiatement suivis de leurs substantifs: lointain\et dangereux ; dans les mots en an : courtisan odieux ; dans ceux en ein: plein\à déhoi'der (sauf dans les adjectifs suivis de leurs substantifs : plein^azur) ; dans le pronom en placé après le verbe: donnez-m^en\une douzaine; dans les mots en éen\ Européen\acclimaté ; en ien: chirurgien\audacieux, le bien\et le beau; dans les mots en in: encîin\au mal; dans les mots en on : raison\inverse ; dans le pronom on qui suit le verbe : p^u^ on\udmettre ? ; dans les mots en ion: éruption\épouvantable ; dans les mots en un: tribu7i\admirable, aucun\à mon goût, chacun\en particulier (sauf dans les adjectifs suivis de leurs substantifs : aucun^être, commuri^intërêt) ; dans un nom suivi de son substantif : un\à un, un\et un font deux.

N — se lie dans le pronom en précédant le verbe : j'entai (5a ne) assez, et dans en préposition, avec son régime : enjiommage (a noma:5); dans les adjectifs mon, ton, son, suivis de substantifs auxquels ils se rapportent : mon^enfant (mô nci-fa) ; dans le pronom on précédant un verbe: on^a (5 n a) (cf. on n'a pas, 5 na po) ; dans ancien suivi de son substantif: ancien^usàge (â-sjs nyza:3) (mais on dit: un musicien\habile, quand le nom en ien est avant l'adjectif), dans les adverbes bien et rien précédant les mots qu'ils modifient : bien^agir (bjs na3i:r), rien Ji faire (rj? na fs:r) 1.

P — ne se lie qu'à la fin des adverbes beaucoup, trop : je l'ai beaucoup ^aimé, trop^aimé. Mais on dit : camp [ennemi, galop\entraînanty cou^\imprévu, ce drap\est cher, le loup\a été tué. . . .

R — ne se lie pas dans les noms terminés en er, ter : étranger \en ces lieux, danger [inévitable, le premier [est ^arrivé. Se lie dans les adjectifs suivis de leurs substantifs : léger^étourdissementj premier ^homme, dernier ^avis.

S — se lie comme s quand elle a ce son dans le mot isolé : le pancréas^est une glande ; se lie presque toujours comme z: mesjamis, je vais^à l'école. Mais on dit sans liaison : le hras\étendu, un avis\utile, un cours\intéressant, trois heureslun quart, corpslà corps, tuaimes\à lire (ty 8:m a li:r), etc.

T — se lie fréquemment : cetjiomme, il est^armé, il 7'essemblaitjï son frère, 7notJi mot, nuit^jt jour, de fond^en comble, etc. Ne se lie pas après et: grand ^et\adr oit ; vouloir et\oser, et généralement dans les terminaisons où il est précédé d'un r : concert\ivfini, il meurt\inconnu, fort\en musique, il concourt\à tous les prix, il part] en courant, un déseri\immense, etc.

X, en liaison, se prononce rarement s, ks : six^ou dix (sis u dis), index écorché (s-dsks^ekorje) ; le plus souvent z : un faux ^

Page 1