V. Hugo
Rentrée ^ des troupeaux.
Hier soir les troupeaux rentraient. Depuis le matin, le portail^ attendait, ouvert à deux battants ^ ; les bergeries étaient pleines de paille fraîche. D'heure en heure on se disait : « Maintenant, ils sont à Ey gui ères, maintenant au Paradou.» Puis, tout à coup, vers le soir, un grand cri : « Les voilà ! » et là-bas, au lointain^, nous voyons le troupeau s'avancer dans une gloire de poussière.
Toute la route semble marcher avec lui. . . .
Les vieux béliers viennent d'abord, la corne en avant.
b ku pa:sa si prs ko la
Japo t5:ba e ka la Jeval fi t dé n eka:r
a n arjs:r.
« dona Iqi tu da ms:m a
bwa:r8,» di mô ps:r.
ra:tre de trupo.
j 6 : r " s wa : r le trupo râ : trs. dpqi 1 mats, 1 porta:] atâ:ds, uveir a d0 batâ; le bs-r3(9)ri ets pls:n do pa:j frsij.
d œ:r a n œ:r 5 sdi-zs «ms-tnâ il s5 ta egjs:r, me-tna (t)o paradu. pqi, tu t a ku, vs:r lo swa:r, œ gra kri « le vwala ! » e la ba, o Iws-ts, nu vwajo l(o)trupo s avâ:se dâ z yn glwa:r d(o) pusjs:r. tut la rut sâ:bl ma:r5e avsk Iqi....
le vj0 bel je vjs:n dabo:r, la ko:rn a n avâ.
1. saut. 2. le plus illustre des poètes français du xix® siècle (1802- 1885), auteur des Odes et Ballades, des Orientales, des Feuilles d'automne, de la Légende des siècles, etc. ; de romans comme Notre-Dame de Paris, les Misérables ; de drames comme Hernani, Ruy-Blas, etc. 3. retour au bercail. 4. porte principale. 5. côtés, vantaux. 6. à une grande distance. 7. ou ije:r.
TEXTES, TRANSCRIPTIONS ET NOTES
l'air sauvage; derrière eux, le gros 1 des moutons, les mères un peu lasses, leurs nourrissons ^ dans les pattes ; les mules à pompons rouges portant dans des paniers les agnelets^ d'un jour qu'elles bercent en marchant ; puis les chiens tout suants, avec des langues jusqu'à terre, et deux grands coquins^ de bergers drapés dans des manteaux de cadis ^ roux qui leur tombent sur les talons comme des chapes ^.
Tout cela défile devant nous joyeusement et s'engouffre sous le portail, en piétinant ^ avec un bruit d'averse. . . .
Il faut voir quel émoi dans la maison. Du haut de leur perchoir ^, les gros paons vert et or, à crête de tulle ^, ont reconnu les arrivants et les accueillent par un formidable coup de trompette.
Le poulailler, qui s'endormait, se réveille en sur-
ls:r sova:5 ; de-rjs:r0, 1(9) gro de muto, le ms:r œ p0 la: s, lœ-r nurisS dâ le pat ; le myl a po-p5 ru:5 porta da de pan je le z ap(o)ls dœ 5u:r ksi bsirs a ma-rjâ ; pqi le Sjs tu sqâ, avsk de la: g syska te:r, e d0 grâ koks d bs-rse drape dâ de ma-to d kadis ru ki lœ-r to:b syr le talo kom de Ja-p.
tu sla defil dovâ nu 3waj0:zma e sâ-gufr su 1 porta :j, a pjetinâ t avsk œ brqi d avsirs.
. . . il fo vwa :r ksi emwa dâ la ms-zô. dy o d lœ-r ps-rjwa:r le gro pâ vs:r e o:r a krs:t do ty:l, 5 r(9)kony le z arivâ e le z akœ:j par œ fo-rmida:blo ku d tro-pst.
1(9) pu :1a -je, ki s â-do-rms, s revs:j a
1. le groupe principal. 2. petits à la mamelle. 3. petits agneaux. 4. gaillards qui inspirent la défiance, la crainte. 5. tissu de laine étroit et léger. 6. sorte de grands manteaux d'église. 7. foulant avec les pieds. 8. bâton élevé où perchent les volailles. 9. semblable à une étofle mince, légère et transparente.
saut^. Tout le monde est sur pied : pigeons, canards, dindons, pintades. ^ La bassecour est comme folle ; les poules parlent de passer la nuit!
A. Daudet^.
Le petit postillon ^.
C'était un jour de pluie. J'avais reçu en cadeau tout un attirail ^ de postillon : casquette, fouet, guides^ et grelots '^. Il y avait beaucoup de grelots. J'attelai ; c'est moi que j'attelai à moimême, car j'étais tout ensemble le postillon, les chevaux et la voiture. Mon parcours^ s'étendait de la cuisine à la salle à manger par un couloir ^. Cette salle à manger me représentait très bien une place de village.
Le buffet ^^ d'acajou ^^ où je
sy-rso. tu 1 m5:d e syr pje ; pi.^S, kana:r, de-do, ps-ta:d. laba:s ku:r s kom fol; le pu:l pairlo do pa:se la nqi !
dode >2.
le pti postijo.
setstôé5U:rdoplqi. savs rsy Q kado tu t dé atira-j d(a) postijo, kaskst, fwe^^, gi-d e grolo. il j ave bo-ku d grolo. 3 atle ; se mwa k(9) 3 atle a mwa ms:m, kar 3et6 tu t â-sâ:bl le postijo, le Jvo e la vwaty:r. mo parku:r s etci-de d la kqi • zin a la sal a ma • 3e par ôé kulwa:r. set sal a ma :3e mo rprezâite tre bjê y n plas do vila : 3.
l(o) byfe d aka3U u 30
1. brusquement. 2. oiseau bigarré, originaire d'Afrique. 3. charmant conteur français (1840-1897), auteur des Lettres de mon Moulin et de nombreux romans : Fr amont jeune et Bisler aîné, le Petit Chose, Tartarin, etc. 4. conducteur de la poste aux chevaux. 5. quantité de choses nécessaires. 6. lanières de cuir qu'on attache à la bride d'un cheval de voiture, pour le conduire. 7. petite sonnette en forme de boule. 8. chemin à parcourir, trajet. 9. passage de dégagement. 10. armoire à vaisselle. 11. arbre d'Amérique, dont le bois est rougeâtre, très dur. 12, ou do -de. 13. ou fwa.
relayais^ me semblait sans difficulté l'auberge du Cheval- Blanc. Le couloir m'était une grande route avec ses perspectives changeantes et ses rencontres imprévues.
Confiné ^ dans un petit espace sombre, je jouissais d'un vaste horizon et j'éprouvais, entre des murs connus, ces surprises qui font le charme des voyages.
Anatole France 2.
ris: je m sa: bis sa difikylte 1 o-bsr5 dy Jval blâ. l9 kulwa:r mets t yn grâ:d rut avsk se psrspskti : V Jâ : 5a • t e se rà-kôitr s-prevy.
ko -fine da z œ pti tsspais s5:br, 59 3wiss d ce vast orizô e 5epru : vs, a : tro de my : r kony, se syrpri:z ki f5l(o) Jarm de vwaja:5.
anatol frâ : s.
Utilité des fables.
Dites à un enfant que Crassus*, allant contre les Parthes, s'engagea dans leur pays ^ sans considérer comment il en sortirait; que cela*^' le fit périr lui et son armée, quelque effort qu'il fît ^ pour se retirer. Dites au mêrne enfant que le Renard et le Bouc descendirent au fond d'un puits ^ pour y éteindre ^ leur soif ; que le Renard en sortit, s'étant servi des épaules et des cornes de son camarade^^ comme d'une échelle ^^;
1. changeais de chevaux (aux relais). 2. limité. 3. écrivain français, ué à Paris en 1844, auteur d'œuvres d'une délicate ironie, d'un style clair, souple et nuancé : le Crime de Sylvestre Bonnard, la Rôtisserie de la reine Pédauqtie, etc. 4. triumvir (trijomvirr) avec César et Pompée (60 avant J. -C. ), fit la guerre aux Parthes, peuple de la Haute-Asie, et périt dans cette expédition avec 80,000 hommes. 5. peji. 6. son imprévoyance. 7. v. faire, à l'imp. du subj. 8. du L. puteus. Cf. puiser, puisard, épuiser. ... 9. etê:dr. 10. de l'espagnol camara, chambre ; litt. , compagnon de chambre. 1 1. L. scala.
qu'au contraire \ le Bouc y demeura pour ne pas avoir eu ^ tant de prévoyance^, et que, par conséquent, il faut considérer en toute chose la fin. Je demande^ lequel de ces deux exemples fera le plus d'impression ^ sur cet enfant ^. Ne s'arrêtera-t-ii ^ pas au dernier, comme plus conforme et moins disproportionné ^ que l'autre à la petitesse de son esprit ?
La Fontaine. Préface des Fables.
L'avare.
Un avare, Hai'pagon, a engagé comme intendant Valère, qui a ses raisons pour le flatter, et qui, atin de lui plaire, trouve que les domestiques dépensent trop. D'où la scène suivante entre Harpagon et maître Jacques, qui lui sert à la fois de cuisinier, cocher, etc.
Maître Jacques. — Monsieur, j'enrage de cela, et je suis fâché tous les jours d'entendre^ ce qu'on dit de vous; car enfin je me sens pour vous de la tendresse en dépit que j'en aie^^, et, après mes chevaux, vous êtes la personne que j'aime le plus.
Harpagon. — Pourrais-je savoir de vous, maître Jacques, ce que l'on dit de moi*?
Maître Jacques. — Oui, monsieur, si j'étais assuré ^^ que cela ne vous fâchât ^^ point.
Harpagon. — Non, en aucune façon.
Maître Jacques. — Pardonnez-moi ^^: je sais fort bien que je vous mettrais en colère.
Harpagon. — -Point du tout; au contraire, c'est me faire
1. du L. contrarius, de contra, en face de, contre. Cf. rencontrer, contrarier. 2. pron. y. 3. litt., action de voir d'avance, 4. 58dmâ:d. 5. litt., action de presser dans. Cf. imprimer. 6. Cf. fable 5 du livre m. 7. choisira-t-il. 8. qui manque de proportion (rapport des parties entre elles et avec leur tout). 9. .ta : dr. 10. bien que je ne le paraisse pas. 11. sûr. 12. imparf. du subjonctif. 13. je vous demande pardon de dire le contraire.
plaisir, et je suis bien aise^ d'apprendre comme on parle de moi.
Maître Jacques. — Monsieur, puisque vous le voulez, je vous dirai franchement qu'on se moque partout de vous, qu'on nous jette de tous côtés cent brocards ^ à votre sujet, et que l'on n'est point plus ravi ^ que de faire sans cesse des contes de votre lésine*. L'un dit que vous faites imprimer des almanacbs^ particuliers, où vous faites doubler les quatre-temps et les vigiles^, afin de profiter des jeûnes'^ où. vous obligez votre monde ^ ; l'autre, que vous avez toujours une querelle toute prête à faire à vos valets dans le temps des étrennes ^, ou de leur sortie/^ d'avec vous, pour vous trouver une raison de ne leur donner rien ; celui-là conte qu'une fois vous fîtes assigner ^^ le chat d'un de vos voisins pour avoir mangé un reste de gigot ^^ de mouton ; celui-ci, que l'on vous surprit, une nuit, venant dérober vous-même l'avoine de vos chevaux, et que votre cocher, qui était celui d'avant moi ^^, vous donna dans l'obscurité je ne sais combien de coups de bâton dont vous ne voulûtes rien dire. Enfin, voulez-vous que je vous dise^ on ne saurait aller nulle part où l'on ne vous entende accommoder ^'^ de toutes pièces : vous êtes la fable ^^ et la risée de tout le monde ; et jamais on ne parle de vous que sous les noms de ladre i^, de vilain i" et defesse-mathieu^^.
Harpagon. — en battant maître Jacques. — Vous êtes un sot, un maraud ^^, un coquin ^^ et un impudent ^i.
1. content. 2, raillerie piquante. 3. transporté de plaisir. 4. avarice, ladrerie. 5. pr. almana. 6. périodes déjeune. 7. abstinence d'aliments. 8. vos domestiques. 9. présents faits à l'occasion du premier jour de l'an. 10. séparation. 11. appeler en justice. Cf. signe, enseigne, etc. 12. cuisse de mouton. 13. mon prédécesseur. 14, ici, tourner en ridicule. 15. sujet de risée. 16. excessivement avare. 17. désagréable, méchant. 18. usurier. 19. drôle. Cf. l'anglais bad felloio, scoundrel. 20. personne malhonnête ; gueux, fripon. 21. effronté ; litt., sans honte, sans pudeur.
Maître Jacques. — Hé bien! ne l'avais-je pas deviné'?
Vous ne m'avez pas voulu croire. Je vous avais bien dit que
je vous fâcherais de vous dire la vérité.
Harpagon. — Apprenez à parler.
Molière ^ L'Avare.
Mort de Madame^.
0 nuit désastreuse ! ô nuit effroyable ^, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante '^ nouvelle : Madame se meurt ! Madame est morte ! Qui de nous ne se sentit frappé à ^ ce coup, comme si quelque tragique ^ accident avait désolé ^ sa famille ? Au premier bruit d'un mal si étrange ^, on accourut à Saint-Cloud ^ de toutes parts ; on trouve tout consterné ^^, excepté le cœur de cette princesse. Partout on entend des cris ; partout on voit la douleur et le désespoir et l'image de la mort. Le roi, la reine, Monsieur ^i, toute la cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré. . . .
Mais et les princes et les peuples gémissaient en vain ^^. En vain Monsieur, en vain le roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements. ... La princesse leur échappait ^^ parmi des embrassements si tendres '^\ et la mort plus puissante ^^ n,ous l'enlevait entre ^^ ces royales mains. Quoi
1. un des plus grands auteurs comiques du monde entier (1622- 1673), composa Tartufe, le Misanthrope, r Avare, le Bourgeois gentilhomme, les Femmes savantes, etc., et mourut en jouant le Malade imaginaire. Ce qui le caractérise, c'est le naturel. 2. Henriette- Anne dAngleterre, femme de Monsieur, frère du roi, duc d'Orléans. 3. efrwa-ja:bl. 4. étonnante et tonnerre sont de la même famille. 5. par. 6. terrible. 7. litt., dépeuplé. 8. Madame mourut en efl'et presque subitement. 9. au château, où elle résidait. 10. frappé de consternation, d'effroi. 11. Philippe, duc d'Orléans. 12. inutilement. 13. remarquer l'opposition entre échappait et tenait. 14. si affectueux. 15. s.e. que l'affection. 16. pour d'entre.
donc, elle devait périr sitôt ^ ! Dans la plupart des hommes, les changements se font peu à peu, et la mort les prépare ordinairement à son dernier coup. Madame, cependant^ a passé du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs; le matin elle fleurissait, avec quelles grâces! vous le savez: le soir nous la vîmes ^ séchée. . . .
BosSDET ^. Oraison funèbre * d^ Henriette d^ Angleterre^.
Un Madrigal ^ de Louis XIV '''.
Le roi ^ se mêle ^ depuis peu de faire des vers ; MM. de Saint- Aignan ^^ et Dangeau ^^ lui apprennent comment il faut s'y prendre. Il fit l'autre jour un petit madrigal, que lui-même ne trouva pas trop joli. Un matin, il dit au maréchal de Grammont : <( Monsieur le maréchal, lisez, je vous prie, ce petit madrigal, et voyez si vous en avez ^^ jamais vu un si impertinent ^^ : parce qu'on sait que depuis peu j'aime les vers, on m'en apporte de toutes les façons.» Le maréchal, après avoir lu, dit au roi : « Sire, Votre Majesté juge divinement bien de toutes choses ; il est vrai que voilà le plus sot et le plus ridicule madrigal que j'aie ^^ jamais lu.»
1. la princesse avait 26 ans. 2. vi:m. 3. un des plus grands orateurs de la chaire (1627-1704). Il prononça des sermons et des oraisons funèbres, écrivit son Discours sur Vhistoire universelle, etc. 4. sermon fondé sur un exemple. 5. Dans cette oraison funèbre, prononcée en 1670, Bossuet montre «ce qu'une mort soudaine lui a ravi (à la princesse), ce qu'une sainte mort lui a donné.» 6. petite pièce de vers qui renferme une pensée ingénieuse et galante. 7. roi de France (1643 1715), monarque absolu, rétablit l'ordre et la prospérité dans ses Etats, fit de nombreuses guerres, construisit le château de Versailles, encouragea les lettres et les arts. 8. rwa. 9. s'occupe. 10. sê-t ejiâ. 11. dâ-50. Saint-Aignan, Dangeau, de Grammont, seigneurs de la cour de Louis XIV. 12. vu z â n ave. 13. contraire au bon sens. 14. v. avoir au subj. prés.
Le roi se mit à rire et lui dit : « N'est-il pas vrai que celui qui l'a fait est bien fat ^ ? — Sire, il n'y a pas moyen ^ de lui donner un autre nom. — Oh bien ! dit le roi, je suis ravi^ que vous m'en ayez ^ parlé si bonnement ^ ; c'est moi qui l'ai fait. — Ah ! Sire, quelle trahison^! que Votre Majesté me le rende ; je l'ai lu brusquement'^. — Non, monsieur le maréchal ; les premiers sentiments sont toujours les plus naturels.» Le roi a fort ri de cette folie, et tout le monde trouve que voilà la plus cruelle petite chose ^ que l'on puisse faire à un vieux courtisan^. Pour moi, qui aime toujours à faire des réflexions, je voudrais que le roi en fit^^ là-dessus, et qu'il jugeât par là combien il est loin de connaître jamais la vérité.