‹ Manuel pratique de viticulture pour la reconstitution des vignobles (volume 2)Chapitre 26 sur 71 · GREFFE · texte numérisé non relu

GREFFE

Lorsque les boutures ont un diamètre suflBsant, on peut les greffer dès Tannée qui suit leur plantation. Dans ce cas, on emploie généralement la greffe en fente anglaise.

On obtient dans ces conditions des résultats supérieurs à ceux que Ton peut espérer sur des sujets plus âgés, tant au point de vue de la proportion de reprise qu'à celui de la perfection des soudures et de la bonne constitution du plant qui en résulte. Ces résultats peuvent être attribués à la jeunesse des tissus sur lesquels on opère, et peut-être aussi à la nature même du système que Ton est amené à employer, lequel, ainsi que nous le verrons plus

CHOIX DBS GREFFONS. 99

tard, offre par lui-même des garanties exceptionnelles.

Il est encore possible de greffer sur de simples boutures avant leur mise en terre; malheureusement ce système ne donne en définitive qu'une proportion peu considérable de bons plants susceptibles de végéter aussi vigoureux sèment que ceux obtenus comme il vient d'être dit précédemment; nous reviendrons du reste un peu plus loin sur cette question .

Si les greffes faites sur des sujets d'un an semblent préférables, on peut néanmoins réussir sur des pieds de tout âge, même sur des souches très-vieilles, auxquelles on donne une nouvelle jeunesse en remplaçant leur charpente extérieure, qui n'est plus formée que des cicatrices des anciennes tailles, par une tige jeune et vigoureuse.

2* Choix des greffons.

A. Choix du sarment. — La greffe assurant, comme les autres procédés de multiplication par segmentation, la permanence des caractères du pied-mère, et dans une certaine mesure du sarment lui-même, il est important de choisir ses greffons parmi les rameaux les plus fertiles de souches saines et présentant bien les apti-

tudes spéciales de la race que Ton veut multiplier.

Ils doivent être en outre bien aoûtés, pourvus de tous leurs yeux, avoir un développement moyen et renfermer peu de moelle. Ces dernières conditions, que Ton rencontre sur des rameaux provenant de souches déjà âgées, sont importantes en ce sens que le bois risque moins d'éclater lorsqu'on enfonce le greffon et que la solidité , et par suite la reprise de la greffe, sont mieux assurées.

Les sarments des jeunes plantiers, plus mous et plus faciles à dessécher, offrent moins de chances de réussite.

B. Époque à laquelle les sarments doivent être taillés. — L'expérience a démontré que, pour assurer le succès des opérations de greffage, il faut que la végétation du greffon soit en retard sur celle du sujet ; il importe, par conséquent, de récolter les sarments destinés à la greffe avant qu'aucun mouvement de sève ait commencé à se manifester. Cette opération doit donc se faire, au plus tard, au commencement du mois de février.

C. Conservation des greffons. — Les conditions pour la bonne conservation des greffons sont,

CHOIX DBjMÉMilWPiVil I ^- il 01

dans une certaine mesijp^ 61 l&^£U|yii^6| indiquées pour les boulires ; - ^f|||^j|j^Y^^us cl cher à les empêcher d' V^Çï^MéS réaliser ces conditions on peui^^py^f que se pratique dans ^'^^^1 u%^f^f^flfl^]t^s.

celliers et les recouvn réunir en petites bottes que Ton dispose debout dans une tranchée de 1"*,50 à 2°^ de profondeur. Cette tranchée doit être creusée sous un hangar ou à T exposition du Nord, au pied d'un mur élevé. Les sarments sont ensuite recouverts de sable, puis de terre fraîche. On doit user, lorsqu'on les retire du sable, des précautions indiquées pour les boutures stratifiées.

D. Moyens de reconnaître la vitalité des greffons. — Lorsqu'on coupe un sarment et que l'on reconnaît que la couche verte située sous l'écorce est desséchée ou qu'elle a noirci, il est fort probable qu'il a perdu sa vitalité. Mais le moyen le plus sûr pour juger de la quaUté des greffons consiste, comme l'a proposé M. Vialla , à en placer quelques-uns, pris au hasard dans les paquets, dans un vase plein d'eau, et à les maintenir pendant plusieurs jours à une douce chaleur, au soleil par exemple. Si les bourgeons se gonflent et s'ouvrent, ou si l'on voit l'eau perler sur une section faite à la partie

supérieure du sarment, on peut être assuré que les bois sont dans de bonnes conditions de con* servation.

S** Époque du greffage.

En principe, les greffes une fois faites doivent se souder le plus vite possible ; or, la soudure ne peut s'effectuer qu'à l'époque où la végétation a commencé, de sorte qu'il est préférable d'attendre ce moment pour greffer. Des greffes faites trop longtemps à l'avance courent diverses chances qu'il importe d'éviter. Les tissus mis à découvert risquent de se dessécher ou de subir, suivant les circonstances atmosphériques, d'autres altérations de nature à empêcher la soudure; en outre, les gelées de printemps peuvent, en détruisant les bourgeons ou en arrêtant subitement la végétation, compromettre gravement l'avenir de ces opérations. C'est habituellement pendant la fin de mars et le courant d'avril qu'on effectue les greffes avec le plus de chances de succès dans le Midi.

Un temps couvert et doux, mais non à la pluie, qui empêche la dessiccation du greffon sans menacer la greffe d'une humidité excessive et préjudiciable à sa réussite, est celui que Ton doit préférer quand on a la chance de le rencontrer à cette époque.

i"" Systèmes de greffe usités pour la. vigne,

Les préoccupations relatives à la reconstitution des vignobles ont excité depuis quelques années les imaginations des greffeurs, et beaucoup de procédés nouveaux ont été proposés pour le greffage des vignes Américaines; on peut en trouver une énumération très-complète dans l'ouvrage de M. Ghampin ; mais parmi tous ces systèmes un petit nombre seulement semble devoir rester dans la pratique usuelle. Nous ne nous attacherons à décrire que ceux qui ont déjà suffisamment fait leurs preuves pour que Ton puisse les ranger parmi ces derniers.

On peut dire en premier lieu que, pratiquement, il n'est possible de greffer la vigne que sous terre; les greffes faites à l'extérieur échouent le plus souvent, par suite de l'action de l'air, qui dessèche les parties en contact avant leur soudure; nous laisserons donc de côté tous les procédés proposés pour être effectués dans ces conditions. L'expérience a, en outre, démontré que les divers systèmes de greffe en fente doivent être préférés à ceux de greffe par approche, qui donnent lieu généralement à des individus peu vigoureux et à soudure imparfaite. Nous ne nous préoccuperons donc que des premières, parmi lesquelles nous décrirons :

104 TIGHBS AUÉriICAIXBS.

— a. la greffe en fente ordinaire; — b. — à la Pantoise; — c. — en fente anglaise ; — d, — Citampin ; — e. — à cheval ; — f , — à talon ; — g. — Fermaud.

A. Breffa eu fente ordinaire. — Pour exécuter cette greffe [fig. 8), on déchausse la souche afin

Fig.%. — Greffe en fente ordiaaire. a. —Section d'un vioui s<^et fendu entièrement, b. —d'un jeune sujet fendu partiellement.

de faciliter le travail ; puis on la coupe à uue profoudeur de CjOS ou de 0",03 seulement, au-dessous du niveau du sol, aSn d'éviter le plus possible les chances d'affranchissement, et on rafraîchit la plaie avec une serpette du côté où doit être posé le greffon. On fend ensuite au moyen d'im ciseau approprié, ou simplement

avec une serpette, si la souche n'est pas trop forte. Dans le premier cas, le ciseau est placé un peu en arrière du bord du sujet (fig. 8, a), et, une fois la fente faite, on en élargit la partie supérieure jusqu'au ciseau, en enlevant, à l'aide de la pointe de la serpette, deux petites lames de bois d'une épaisseur proportionnée au volume du greffon à insérer.

Quant à ce dernier, on le coupe à trois yeux, puis on le taille en forme de lame de couteau

Fig. 9. — Coupe du greffon pour la greffe en fente ordinaire.

(fig. 9), les deux biseaux partant de la base de l'œil inférieur. On doit, autant que possible, éviter de mettre la moelle à nu des deux côtés, afin que la partie amincie conserve une plus grande solidité. Le greffon est ensuite fortement enfoncé dans la fente, et on doit lui don-

ner une certaine obliquité par rapport au sujet, de manière à ce qu'il y ait toujours un point où les couches génératrices du bois se coupent, malgré T inégalité de leur épaisseur. Enfin, on retire le ciseau qui servait à maintenir la fente ouverte.

Ce système de grefife est plus spécialement applicable aux souches d'un certain âge, et par conséquent d'un diamètre assez considérable.

Pour celles d'une moindre grosseur, on peut avoir recours à une ligature, ou bien ne pratiquer la fente que sur un côté au moyen de la serpette {fig. 8, b).

B. Greffe à la Pontoise. — Dans les derniè-

Fig. 10. — Greffe à la Pontoise.

res conditions que nous venons d'indiquer, on peut encore employer la greffe dite à la Pontoise {fig. 10), qui diffère de la précédente en ce qu'au lieu de fendre le sujet, on creuse, soit avec la serpette, soit avec une gouge spéciale, une excavation destinée à servir de logement au greffoir, qui est alors taillé en forme de pyramide triangulaire. Bien qu'assez employé depuis quelque temps, ce système, qui est du reste d'une exécution difiBcile , n'a pas donné d'aussi bons résultats que celui en fente ordinaire.

C. Greffe en fente anglaise. — Pour exécuter cette greffe [fig. 1 1), le sujet est taillé en biseau, au niveau du sol, au moyen d'ime serpette ou d'un couteau spécial, puis refendu verticalement vers le milieu de la section. Le greffon étant taillé de la même manière, les languettes ainsi détachées sont mutuellement engagées dans les fentes ; mais il faut avoir soin de faire coïncider les écorces le mieux possible, au moins d'un côté, lorsque le greffon est d'un diamètre plus faible que le sujet. Les parties sont ensuite maintenues solidement assemblées, à l'aide d'une ligature fortement serrée.

Ce procédé, qui permet de placer de trèsbonne heure (à un an le plus souvent) nos variétés du pays sur pied Américain, donne les

108 Vin.N'EB AMÉRICAINES.

meilleurs résultats, tant au point de vue de la proportion des reprises qu'à celui de la bonne constitution des plants qui en proviennent. Ces

Fig. 11. — GrulPo en fu/ile angiiise.

résultats nous paraissent dus à la multiplicité et à l'étendue des surfaces de contact entre les couches génératrices du bois du sujet et du

Fig. 11. — Greffa ea fente Anglaise'.

' Ua retard dans la gravure avait amené à mettre dans te texte dps figures provenant d'anciens clichés, pour représenter la Greffé en fente  nglaise et la Greffe Champin -, on a peosé néanmoins utile de faire figurer ici les dessins relatifs à ces deux systèmes de grelTe et à ceux à cheval et Camusel, qui avaient été exécutés spécialement en vue du présent ouvrage ; nous les donnons sur ce teuillol.

Piij. 13 — Grafle ChampiD.

^if . 13. — a Greffe à cheval, b. — Greffe Camuset.

grefiFon, qui assurent mieux la reprise, facilitent les échanges de matériaux entre les deux individus réunis, et déterminent la formation d'une cicatrice allongée et peu renflée qui ne nuit pas au bon fonctionnement ultérieur de la plante.

Grâce aux divers avantages que nous venons d'énumérer, à la propriété qu'elle possède de s'adapter admirablement aux jeunes sujets d'un an, enfin à la possibilité de l'exécuter facilement au moyen de machines, cette greffe tend à se substituer de plus en plus à toutes les autres et jouera vraisemblablement le rôle le plus important dans la reconstitution de nos vignobles greffés sur pied Américain.

D, Greffe Champin. — La greffe Ghampin est une modification de la greffe en fente anglaise ; on la pratique de la manière suivante {fig. 12): Le sujet, étant coupé perpendiculairement à son axe, est fendu vers les deux tiers de son diamètre, et la partie la plus épaisse est taillée en biseau allongé jusqu'au bord supérieur de la fente. On procède de même pour le greffon, qui est accroché et lié comme il a été dit précédemment.

G'est par ces deux derniers procédés que s'effectuent le plus souvent les greffes sur des pieds jeunes dont le diamètre ne dépasse pas

MO TIGNBS AKÉR1CAINE3.

sensiblement celui des sarments destinés à servir de greffons. On peut ainsi opérer non-seulement sur des plants d'un an, en place, mais

Fig. 13. — Greffe Cliampin.

encore sur des barbées arrachées, des mérithallea enracinés par le provJgnage et de simples boutures. On peut alors greffer à l'atelier pén-

dant la plus grande partie de l'hiver et faire usage de machines à greffer ; on a seulement la précaution de recouvrir les plants greffés d'une épaisse couche de sable, au fur et à mesure de leur préparation, et de les laisser dans cette situation jusqu'au moment de leur transplantation.

E. Greffe à cheval. — Ce procédé, qui n'est applicable qu'à de jeunes sujets , consiste à tailler le pied en biseau aigu et à le faire pénétrer dans une simple fente pratiquée au milieu du greffon. On peut le considérer comme supérieur à la greffe en fente ordinaire, à cause de la facilité de son exécution et de la bonne protection des plaies contre la pénétration des eaux de pluie; mais on doit lui préférer, presque dans tous les cas, la greffe en fente anglaise. On a proposé récemment l'application à la vigne de la greffe Camuset, qui n'est qu'une modification de celle que nous venons de décrire: la languette du sujet est fendue par le milieu, de manière à recevoir une esquille réTservée dans la fente du greffon. Cette greffe, remarquable au point de vue de la multiplicité des surfaces de contact (elle en présente quatre de part et d'autre), offre l'inconvénient d'être d'une exécution diflBcile à la main ; diverses machines ont, il est vrai, été imaginées pour la

Ils VIGNES AMËttlCAINES.

réaliser, mais nous ne savons pas encore si aucune y est parvenue d'une manière suffisante .

F. fireOé i talon. — Ce système, ainsi que le suivant, est destiné à assurer une certaine prolongation d'existence à des greffes Américaines que l'on veut amener à produire promptement du bois, en utilisant le reste de vitalité de souches françaises phylloxérées, mais encore sufBsamment vigoureuses.

Fig. 11. — GielTe k UiIuei.

Pour obtenir de ces opérations un résultat durable, il est nécessaire qu'elles soient effectuées sur des vignes situées en terrain riche,

susceptible de nourrir suffisamment le nouveau pied qui se forme sur la place même où l'ancien périt peu à peu.

La greffe à talon s'exécute ainsi qu'il suit : Le sujet étant coupé et fendu comme il a été dit pour la greffe en fente ordinaire, le greffon, que Ton a eu soin de choisir légèrement courbe et muni d'un talon , est aminci sur ses deux faces en forme de lame de couteau. Il est ensuite inséré dans la fente de manière à ce que les é'corces coïncident bien entre elles et que le talon se trouve dans une situation convenable pour s'enraciner [jig. 14).

G. Greffe Pennaad. — M. P. Fermaud a modifié le procédé précédent de la manière smvante

Fig. 15, — fireffe Fermaud.

{fig. 15): Le pied une fois coupé etfendu, on

enlève avec une gouge appropriée une portion de bois en avant de la fente, de façon à obtenir un biseau aigu sur Tun des côtés. On détache, environ vers le tiers inférieur du greffon, une languette de bois qui doit être dénudée à Textérieur, et on Tinsère dans la fente. L'épaisseur du sarment est logée dans T excavation produite.

Tels sont les principaux systèmes de greffe applicables aux vignes Américaines que la pratique a adoptés jusqu'ici. Nous allons main» tenant examiner les outils et machines qui peuvent servir à leur exécution.

5** Outils et machines a greffer.

A. Outils pour la greffe en fente. — On emploie pour cette opération : 1* une scie à archet en fer ou une scie de jardinier pour décapiter les pieds de forte dimension ; 2* im sécateur pour les sujets plus faibles ; 3* un ciseau en fer, semblable à un ciseau à froid, ou plutôt un ciseau en forme de lame de couteau, qui offre l'avantage d'ouvrir la souche plus sur le devant que vers le centre ; 4* un marteau ordinaire, ou mieux un marteau-piochon, qui, tout en servant à enfoncer le ciseau, permet au besoin de dégager le pied à greffer ; 5"* une serpette pour

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