‹ Manuel pratique de viticulture pour la reconstitution des vignobles (volume 2)Chapitre 6 sur 71 · PC · texte numérisé non relu

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2o Description et aptitudes des variétés.

A. Variétés de la V. iBstivalis. — Les diverses variétés de la V. JEsHvalis peuvent être considérées comme plus spécialement aptes à jouer le rôle de producteurs directs, auquel les rend éminemment propres la qualité de leurs fruits, qui n'ont pas de goût particulier, tandis que le prix élevé de leur bois et la difficulté relative de leur reprise par bouture leur font préférer d'autres cépages comme porte-greflfes. Les plus connues d'entre elles sont le Jacquez^ VHerbemontj leBlak-July^ Devereux^ ou Lenoir (de Bush), le CunningKam, le Norton* s Virginia ou Cynthiana, VHermann^ VAlvey et le Rulander ou Louisiana, «

Les trois ou quatre premières paraissent seules devoir occuper une certaine place dans nos cultures. Le Norton' s et VHermann produisent trop peu, sont d'une reprise difficile par le bouturage et ne réussissent que dans des milieux limités. VAlvey coule beaucoup et se greffe difficilement à cause de la nature noueuse de son bois. Enfin, le Rulayider, qui est trèsvraisemblablement un hybride * de Vinifera

^ L'étude histologique de la racine nous avait permis de signaler depuis plusieurs années l'analogie de ses tissus avec ceux des V. Vinifera-, l'examen des caractères des graines

et de V. iEsTivALis, est d'une résistance douteuse et peu fertile.

Nous nous bornerons donc à l'étude détaillée des quatre cépages de ce groupe mentionnés en premier lieu, qui seuls,parmi ceux que nous connaissons sufiBsamment aujourd'hui, paraissent avoir pratiquement quelque valeur.

Jacquez. — Bien que cette variété soit désignée aux États-Unis sous des noms très-variés, elle n'est connue en France que sous celui que nous venons d'indiquer, ou quelquefois sous celui de Jacqws, qui n'a pas prévalu dans le Midi.

Ses caractères principaux sont les suivants : Souche vigoureuse. Port semi-érigé. Sarments longs, à mérithalles moyennement allongés, de moyenne grosseur , presque rectilignes.

Feuilles tri ou quinque-lobées, généralement quinque-lobées ; sinus pétiolaire assez profond, presque fermé ; sinus inférieurs très-profonds; deux séries de dents atténuées, généralement ondulées ; d'un beau vert foncé et glabres en

nous a montré depuis, également, de grandes ressemblances avec celles de cette espèce, et plusieurs faits culturaux sont malheureusement venus appuyer les doutes que les indications purement scientiûques avaient fait naitre chez nous, relativement à la résistance de ce cépage.

16 TIGNES AMÉRICAINES.

dessus, d'un vert plus pâle et avec des bouquets de poils soyeux sur les nervures à la face inférieure. Grappe grosse, allongée, assez lâche, atténuée au bout, ailée. Grain petit, arrondi ; jus d'un noir bleuâtre.

La résistance du Jacques au Phylloxéra est aujourd'hui démontrée par des faits nombreux et anciens ; il s'est trouvé compris dans les premières expériences faites sur les vignes américaines, chez MM. Laliman à Bordeaux, Borty à Roquemaure (Gard), et Aguillon à Ghibron (Var), et depuis lors on peut dire qu'il n'a donné lieu à aucune déception à ce^ point de vue.

Quoiqu'il porte bien la grefife de la plupart de nos cépages de l'ancien Monde, pour les raisoDS que nous avons indiquées plus haut, c'est comme producteur direct qu'il mérite surtout d'être cultivé. Sans donner aussi abondamment que nos anciennes variétés à grand rendement, telles que l'^lramon, le Terret^ etc.. , sa production semble se rapprocher de celle de nos cépages méridionaux de fertilité moyenne, qu'il surpasse par les qualités qu'offre son vin pour le coupage^ .

Peu sujet à la chlorose, le Jacquez a prospéré dans presque toutes les natures de sol où il a

* Voir h l'Appendice, note 2.

été expérimenté jusqu'ici; mais c'est dans les terres profondes, riches, fraîches et bien saines, qu'il paraît donner les meilleurs résultats, au point de vue du bon développement de sa végétation et de l'abondance de sa production.

L'époque de maturation de ce cépage est à peu près contemporaine de celle de la petite Syrah; il ne saurait, du reste, guère franchir" vers le Nord les limites d'habitation de cette dernière, à cause des ravages de Vanthracnose, On a dû y renoncer pour cette cause dans la partie septentrionale de la Drôme, et aux États- Unis on ne le retrouve plus qu'à Natchez, dans le Mississipi et au Texas, tandis que TOhio etle Missouri, qui avaient autrefois tenté sa culture, l'ont abandonnée. On peut donc le regarder comme un cépage essentiellement méridional.

Enfin, si nous le considérons au point de vue de la multiplication, nous remarquerons que s'il est d'une reprise de bouture un peu plus difficile que celle des diverses variétés des groupes RiPARiA, Labrusga et Vinifera, il peut néanmoins se reproduire avantageusement par ce moyen. A la condition de faire usage de bois sains et bien conservés, et d'user de quelques précautions faciles à prendre, il n'est pas rare de le voir réussir dans la proportion de 80 ou de 90 p. Yo, en pépinière arrosée.

En résumé, on peut regarder le Jocgioez comme le premier des producteurs directs américains, et comme le seul qui soit appelé à jouer vraisemblablement un rôle d'une certaine importance dans la reconstitution des vignobles de la région méditerranéenne, ce qui justifie pleinement la faveur dont il a constamment été Tobjet de la part des viticulteurs, et les prix élevés auxquels se maintiennent ses boutures.

Herbemont. — Aucun synonyme n'a subsisté en France pour ce cépage; il est caractérisé de la manière suivante : Sov^^he vigoureuse. Port semi-érigé plus étalé que cbez le Jacquez. Sarments longts et forts. Feuilles tri ou quinque-lobées, d'un vert médiocrement foncé et glabre à la face supérieure; d'un vert pâle, avec des poils raides et serrés sur les nervures du dessous. Grappe grande, longue, aijée, compacte. Grain petit, noir bleuâtre.

De même que le Jacquez, V Herbemont est l'un des cépages dont la résistance est des plus anciennement établie; son vin, moins grossier que celui de ce dernier, possède, lorsqu'il provient de situations convenables, des qualités réelles; malheureusement sa coloration, beaucoup moins intense que celle du vin de Jacquez, ne lui per-

met pas de rivaliser \ avec lui sur les marchés du Midi. En outre, VHerbemont se met un peu tardivement à fruit, et sa production, regardée comme très-considérable par les Américains, qui ne sont pas habitués aux grands rendements de nos vignes, est inférieure à celle du Jacquez. Enfin il aoûte souvent les extrémités de ses bois d'une manière insuffisante.

Malgré les inconvénients que nous venons de signaler, qui le font passer après ce dernier cépage, V Herbemont joxxQTîiit encore un rôle important dans la reconstitution des vignobles du Midi, n'était le nombre limité des terrains dans lesquels il est possible de le faire prospérer, sous le climat méditerranéen tout au moins. Il semble jusqu'ici que ce sont, dans ce miheu, les terres caillouteuses, perméables, faciles à échauffer et conservant néanmoins pendant Tété une certaine fraîcheur, qui seules lui permettent de végéter vigoureusement et^ sans chlorose. Les sols à cailloux siliceux ou calcaires, colorés en rouge par du fer peroxyde, ainsi que l'a démontré M. Vialla, lui conviennent très-bien.

L'Herbemont mûrit à peu près en même temps que le Jacquez^ mais, moins sujet que

^ Voir à r Appendice, note 2.

ce dernier à Tanthracnose, il pourra remonter vraisemblablement plus au Nord que lui, à la condition qu'il soit cultivé en coteaux bien exposés.

LHerbemônt est plus difficile à faire reprendre de bouture que lejacqtcez] pourtant, lorsque Ton opère dans de bonnes conditions, on peut obtenir encore des résultats suffisants (de 60 à '^0 p. ^/o)de ce mode de multiplication.

En somme, bien que ce cépage paraisse destiné à rester dans nos vignobles méridionaux, il ne paraît pas appelé à y jouer un rôle, à beaucoup près, aussi important que le Jacqwz.

Blaok-July. — Quelquefois désigné sous les noms de Devereux ou de Lenoir {de Bush) , ce cépage, qui est peu répandu encore dans les cultures en France, y est néanmoins apprécié et tend à s'y étendre. Il possède les caractères suivants : Souche très-vigoureuse. Port étalé (un peu moins que celui du Cunningham). Sar^ ments longs, de moyenne grosseur, ramifications nombreuses. Feuilles [adultes) de moyenne dimension ; entières ou à peine trilobées ; d'un vert assez foncé et presque glabres à la face supérieure, avec de très-légers poils sur les nervures, d'un vert plus pâle avec des poils courts, en bouquets assez abondants sur les ner-

DESCRIPTION DES VAniÉTÉS. ^ 21

vures à la face inférieure ; — {jeunes) nettement trilobées, très-peu blanches sur les deux faces, assez foi^ment rosées sur les bords. Grappe petite, compacte. Cmm petit, d'un noir bleuâtre foncç.

Le vin de Black- July^ sans posséder la couleur de celui du Jacquez ni la finesse de celui de VHerbemontj peut être considéré comme un assez bon vin rouge d'ordinaire; malheureusement le faible volume des grappes et des grains de ce cépage ne permet pas d'en obtenir une production bien considérable. Moins sujet à la chlorose que VHfrbemonty mais plus pourtant que le Jacquez^ il paraît s'accommoder de tous les terrains qui ne sont pas trop mouilleux ou trop froids. L'époque de la maturité de ses fruits semble un peu plus tardive que celle du Jacquez et de VHerbemont. Il reprend facilement de bouture.

Cunningham. — Aucun des noms synonymiques qui lui sont donnés en Amérique n'est usité en France. C'est, après VHerbemontet le Jacquez^ le plus répandu de tous les iEsirvAxis dans nos cultures ; il présente de très-grandes analogies avec le Black- July et„ fcnrarotivec lui un groupe caractérisé par ses grappes petites et compactes et ses feuilles entières ou presque en-

î?2 VIGNES AMÉRICAINES.

tières, que l'on pourrait opposer à celui à grandes grappes et à feuilles lobées auquel appartiennent le Jacquez et VHerbemont.

Les caractères de ce cépage sont les suivants: Soiùche très- vigoureuse . Port étalé. SarmerUs longs et ramifiés. Feuilles {adultes) grandes, entières ou légèrement trilobées; sinus pétiolaire le plus souvent fermé ; deux séries de dents généralement atténuées; un peu gaufrées entre les nervures; d'un vert foncé et très-légèrement duveteuse à la face supérieure ; d'un vert blanchâtre et recouvertes de longs poils sur les nervures à la face inférieure ; — {Jeimes)^ nettement trilobées, velues et blanches sur les deux faces. Grappe trèa-compacte, de moyenne dimension, souvent ailée. Grain petit, noir, un peu grisâtre. Le vin du Cunnin^ gham, qui est riche en alcool et présente certaines qualités, manque malheureusement de couleur*; aussi ne peut- on guère en faire que des vins blancs qui, bien préparés, ont certainement de la valeur, mais que l'insuffisante fertilité de ce cépage ne permet pas de produire très-avantageusement.

Le Cunningham paraît s'accommoder de presque toutes les natures de sol, à la condi-

* Voir à l'Appendice, note 2.

tion toutefois qu'ils ne soient pas humides et froids à l'excès. C'est la variété de V. ^Estivalis qui, avec le Jocgi/sz, possède la plus grande élasticité à ce point de vue ; il paraît liiême réussir mieux que ce dernier dans les terrains caillouteux et secs des coteaux. Il prospère plus qu'aucun autre, notamment dans les terrains de cailloux roulés, ferrugineux, du Diluvium Alpin. Sa maturation, malheureusement plus tardive que celle des autres variétés que nous venons d'examiner, ne permettra guère de le cultiver, en dehors de l'extrême Midi, que sur des coteaux bien exposés.

Le Cunningham est au moins aussi difficile à faire reprendre de bouture que VHerbemont^ ce qui l'empêchera vraisemblablement de jouer le rôle important auquel l'appelleraient ses aptitudes remarquables comme porte-greffe.

B. Variétés de la V. Riparia. — De même que les variétés de la V. ^Estivalis paraissent plus spécialement destinées à la production directe, celles de la V. Riparia semblent devoir jouer à peu près exclusivement le rôle de porte-greffes. En effet, tandis que le goût particulier de leurs fruits et leur médiocre fertilité empêchent de songer à leur demander directement du vin, la facilité de leur reprise de bou-

ture, le. bas prix relatif de leurs sarments, la rusticité de la plupart d'entre elles, enfin la facilité avec laquelle elles se prêtent à la greffe du plus grand nombre de nos anciens cépages, leur assurent le premier rang pour cet objet.

Les variétés de cette espèce que la pratique paraît avoir adoptées d'une manière définitive senties suivantes: 1** les diverses races de la V. IRiPABJAsa/uvage; 2® le Solonis; 3® le Clinton] 4* le Taylor\ 5® le Vialla; 6® le Franklin. On pourrait encore ajouter à cette liste VElvira^ le Noahy et peut-être encore quelques autres qui se rattachent à la même souche et qui» bien qu'encore peu connues, se répandront probablement à cause de leur résistance et de leur vigueur.

V. Riparia sauvage. — Les boutures de RiPARiA sauvage sont importées en très-grande quantité d'Amérique depuis quelques années ; elles nous arrivent des bois du Missouri, du Kansas, de Tlowa, des confins nord du territoire des Indiens et même du Texas. Aussi, grâce à la possibilité de se procurer à peu de frais et en quantité presque indéfinie les sarments de cette espèce ; grâce en outre à la rusticité que possèdent habituellement les plants qui en proviennent et à leur grande résistance

DESCRrPTION DES VARIÉTÉS. 25

aux attaques du Phylloxéra, il est probable qu'elle prendra une place importante dans nos vignobles.

Par suite de la multiplication par semis qui s'opère spontanément dans les bois et du métissage qui a lieu entre les diverses races, les variétés sauvages de la V. Riparia sont trèsnombreuses ; on pourrait en compter presque autant que de pieds-mères, et il serait impossible et sans intérêt pratique d'examiner toutes les formes déjà connues en France. On peut néanmoins, en tenant compte de leurs caractères principaux et de leurs aptitudes culturales, les grouper en quatre races principales : 1"* les V. Riparia sauvages tomenteux\ 2o les V. Riparia sauvages glabres à feuilles minces ; 30 les V. Riparia sauvages glabres à feuilles épaisses ; 4** les V. Riparia sauvages à petites feuilles .

Les V. Riparia tomenteux sont ceux dont les feuilles et les jeunes rameaux sont recouverts d'un duvet dans le jeune âge ; ce sont généralement des plantes vigoureuses, dont le tronc à grand diamètre offre un sujet robuste pour la greffe. Peu difficiles sur la nature du sol, ils ne redoutent guère que les marnes blanches tout à fait infertiles ou les terres humides à l'excès ; encore se comportent-ils

mieux dans ces dernières que les Ripama gUx'bres à feuilles minces.

Les V. RiPARiA glabres à feuilles minces sont caractérisés par leurs feuilles dépourvues de poils à la face supérieure dès leur jeune âge, et tantôt complètement glabres, tantôt revêtues de quelques poils raides à la face inférieure et sur les nervures seulement. La feuille , plus mince que chez ceux que nous avons appelés à feuilles épaisses, est aussi généralement d'un vert moins foncé et moins lustré. Ils sont pour la plupart remarquables par la grande dureté que prennent de très-bonne heure leurs racines, et par le petit nombre de phylloxéras qu'on y trouve. Plus sujets à la chlorose que ceux de la race tomenteuse, on doit les placer de préférence dans des terrains bien sains et pas trop argileux. La variété vendue sous les noms de RiPARiA FabrCy R. Martin des Pallières, et trèsestimée par certains viticulteurs, appartient à ce type.

Les V. RiPARiA glabres à feuilles épaisses^ qui sont peut-être le résultat d'une hybridation de la V. RiPARiA et de la V. Gordifolia, ont les feuilles glabres, plus épaisses et plus luisantes que celles de la race précédente; elles sont généralement aussi moins allongées et à dents moins profondément découpées. Ce type , dont on

pourrait citer comme exemple la variété inexactement dénommée Scv/pernon (sic)^ du Jardin d'Acclimatation, et celle portant le n** 13 dans la collection des V. Riparia de M. Meissner, paraît remarquable par sa résistance à la chlorose.

Quant aux V. Riparia sauvages à petites feuilles^ ils donnent ordinairement naissance à des individus chétifs et très-sujets aux plus mauvaises formes de chlorose; on doit donc les éliminer soigneusement des cultures.

En résumé, les V. Riparia sauvages , à part ceux que nous avons mentionnés en dernier lieu, peuvent être considérés comme d'excellents porte-greffes, très-résistants au Phylloxéra et susceptibles de vivre à peu près dans tous les sols, sauf dans les milieux trop forts et trop humides, à condition de choisir parmi eux les races les mieux appropriées au terrain dont on dispose.

Solonis. — La F. *SoZom5 est probablement une race sauvage de la V. Riparia ; elle est cultivée depuis longtemps dans plusieurs jardins botaniques d'Europe, mais on ne Ta pas jusqu'ici retrouvée dans les bois des États-Unis; aussi ne peut-on se la procurer qu'en moindre quantité et à des prix plus élevés que les autres variétés

sauvages de la môme espèce. Gomme d'autre part elle possède des caractères particuliers et des aptitudes spéciales , nous avons cru devoir la séparer, en nous plaçant au point de vue pratique, de l'ensemble des V. Ripajua sauvages.

Ses caractères principaux sont les suivants : SoUfChe vigonrense, kport étalé. Sarments longs , à mérithalles moyennement longs , presque cylindriques, à peine sinueux ; ramifications • nombreuses et longues ; recouverts d'un léger duvet vers les extrémités et conservant des traces aranéeuses après l'aoûtement. Feuilles de moyenne dimension , entières ; deux rangées de dents aiguës, quelques-unes un peu plus longues, marquent les lobes ; celles qui indiquent les lobes inférieurs convergent le le plus souvent vers Taxe de la feuille. Feuilles légèrement pliées en gouttière avec l'extrémité recourbée en dessous. Les jeunes feuilles sont recouvertes en dessus et en dessous d'un duvet f blanchâtre; adultes, elles sont d'un vert glauque à la face supérieure, avec des poils hérissés à la face inférieure, qui est un peu plus pâle. Gra/?pa petite, assez serrée. Grains petits^ noirs.

Le Solonis est certainement l'un des types qui offrent les garanties les plus considérables, quant à la résistance; il est cultivé depuis longtemps avec succès et au milieu du Phylloxéra

chez M. Laliman à Bordeaux, elles lésions produites sur ses racines sont si peu importantes qu'on Ta cru d'abord indemnû^ On peut.le classer, à ce point de vue, à rmWes premiers rangs parmi les cépages aujourd'hui adoptés par la pratique.

Doué d'une vigueur remarquable et susceptible d'un développement considérable dans les milieux qui lui conviennent, il nourrit bien la greffe de la plupart de nos cépages français.

Très-peu sujet à la chlorose, il croît mieux qu'aucune autre race de la V. Riparia sauvage dans les terrains humides, même un peu salés; il semble redouter au contraire, dans le Midi, les sols secs et brûlants, où il perd fréquemment ses feuilles, grillées par les coups de soleil ; il redoute seulement Tanthracnose dans les cli- / mats humides tels que celui de Beaujolais.

On a reproché au Solonis de se multiplier difficilement de bouture; ses gros sarments reprennent en effet avec peine, mais ceux de moyenne ou de petite dimension, bien conservés et placés dans des conditions convenables, • réussissent dans des proportions considérables (80 ou 85 p. 7o).

Ainsi qu'on peut en jugerpar ce qui précède, le Solonis peut être considéré comme le portegreffe par excellence des terrains bas, où les

BiPARiA sauvages risqueraient de souffrir de l'excès d'humidité * .

Clinton. — Le^ftinton a été l'un des premiers cépages importés en Europe, lors des débuts de nos expériences sur les vignes Américaines. Sur le dire des Américains, qui l'estiment beaucoup et qui le cultivent sur une assez grande échelle, comme producteur direct, on l'accueillit d'abord avec une faveur exagérée : il fournissait, disait-on, un excellent vin, susceptible de passer dans la consommation en France; il devait en outre servir de porte-greffe universel et suffire à lui seul à tous les besoins qu'impliquait la reconstitution de nos vignobles. Malheureusement de nombreux échecs éprouvés dans le Midi, par suite de sa plantation dans des milieux qui ne lui convenaient pas, causèrent une véritable panique à son égard ; sa résistance, très-réelle et démontrée par des faits nombreux et relativement anciens, fut contestée, et il tomba dans un discrédit aussi peu justifié que l'engouement dont il

* La V. CiNEREA lui sera peut-être préférée ua jour dans ces conditions, mais elle est trop>mal connue actuellement, au point de vue de la facilité de reprise do bouture et comme porte-greffe, pour qu'on puisse la conseiller encore dans ce but.

avait été l'objet. On est revenu aujourd'hui à des idées moins exclusives et par suite plus justes sur son compte. Bien qu'il donne un vin remarquable par sa couleur* et par sa richesse en alcool, on a renoncé à l'utiliser comme producteur direct, ^à cause de son médiocre rendement et de son goût particulier, et si Ton a reconnu qu'il portait fort bien la greffe de certains de nos cépages méridionaux (de VAramon notamment), on s'est également rendu compte qu'il ne pouvait s'adapter (du moins dans la région méditerranéenne) qu'à un nombre de terrains limité.

Le Clinton est caractérisé de la manière suivante : Souche vigoureuse, à port étalé. Sarments longs et grêles, à mérithalles allongés. Feuilles moyennement grandes, généralement entières et cordiformeg, quelquefois tri-lobées ; d'un vert assez foncé et glabres en dessus; d'un vert un peu plus pâle, avec des poils raides sur les nervures en dessous. Feuilles jeunes légèrement velues. Grappe moyenne ou petite, compacte, non ailée. Grain petit, noir.

Le Clinton est très- sujet à la chlorose, no- , tamment dans les terres fortes, froides et humides, dans les sols sans profondeur et dans les terrains calcaires. Ce sont les terres de moyenne consistance ou légères, perméables et

fraîches dans lesquelles il végète le mieux et dans lesquelles on doit seulement le cultiver. Les sols siliceux rouges lui sont particulièrement favorables.

Il reprend très-facilement de boutures, au moins aussi aisément que nos vignes indigènes ; aussi, si Ton tient compte de cette propriété, de sa valeur comme porte-greffe, du bas prix et de l'abondance de ses sarments, on peut le considérer comme devant occuper une place très-importante dans les vignobles des localités où il réussit bien.

Taylop. — Le Taylor a été l'objet, quoique dans des proportions moindres, des mêmes fluctuations d'opinion que le Clinton] trop vanté au début, trop délaissé ensuite, il est regardé aujourd'hui, ainsi qu'il le mérite, comme un excellent porte-greffe dans les milieux qui lui conviennent.

Il ressemble assez au cépage que nous venons de mentionner; il est pourtant facile de l'en distinguer par les jeunes feuilles des extrémités de ses rameaux, qui sont nettement glabres. En voici, du reste, la description : Souche vigoureuse, à port étalé. Tronc robuste. Sar^ ments longs, à mérithalles moyennement écartés, — de diamètre moyen, — à peine sinueux.

à ramifications nombreuses et longues. Feuilles assez grandes, presque entières, légèrement trilobées ; sinus pétiolaire assez ouvert ; deux séries de dents assez aiguës ; glabres sur les deux faces ; — d'im beau vert en dessus, vert clair en dessous. Le point de départ des nervures est généralement rosé. Feuilles légèrement creusées en forme d'entonnoir. Grappe petite, coule fréquemment. Grain petit, blanc ambré.

La vigueur du Tay/or lorsqu'il est placé dans des conditions favorables, le diamètre considérable qu'acquiert promptement son tronc, la facilité avec laquelle s'emacinent ses boutures, son aptitude à nourrir nos diverses variétés françaises, en font un porte-greffe de premier ordre. Malheureusement, comme le Clinton^ bien qu'à un moindre degré, il est loin de réussir partout : les terres trop argileuses, trop caillouteuses, trop humides et froides, ou trop sèches, lui sont nuisibles. Lorsqu'on le place, au contraire, dans des sols de consistance moyenne, ou même un peu forte, pourvu qu'ils soient bien drainés, ou dans des terrains légers mais frais, on peut le regarder comme l'un des meilleurs porte-greffes dont on puisse faire usage. C'est en outre en ce moment l'un de ceux que l'on peut se procurer au meilleur marché et le plus facilement.

Vialla et Franklin. — Bien que ces deux cépages puissent être considérés comme des variétés distinctes, ils se ressemblent tant par l'ensemble de leurs caractères et par leurs aptitudes, qu'il est difficile de les séparer, ce qui du reste n'ojBfre aucun intérêt au point de vue pratique; nous les étudierons donc en même temps. Tous deux, quoique se rattachant au groupe des V. Riparia, portent pourtant des traces nombreuses d'hybridation, probablement avec la V. Labrusca, dont ils ont conservé plusieurs caractères, notamment celui de la continuité des vrilles. On peut les décrire de la manière suivante : Souchs vigoureuse, à port étalé. Sarments vigoureux, de grosseur moyenne, violacés, lorsqu'ils sont jeunes, chezle Vialla^ verts au même moment chez le Franklin, Feuilles assez grandes, entières, d'un vert foncé et à peu près glabres à la face supérieure; d'un vert plus clair et garnies d'un duvet plus ou moins clair à la face inférieure; à dents peu marquées, obtuses. Grappes petites, non ailées, presque toujours lâches par suite de la coulure. Grains moyens, sphériques, à chair pulpeuse et foxée, noirs foncé et pruinés.

Le Vialla et le Franklin n'offrent aucun intérêt au point de vue de la production directe, la saveur foxée de leur fruit et leur penchant

à la coulure s' opposant à leur utilisation dans cfe but; mais ils constituent par contre d'excellents porte-greffes, vigoureux, peu sujets à la chlorose et réussissant dans la plupart des sols. En dehors de ces variétés, définitivement adoptées par la pratique, s'en trouvent encore quelques-unes, ainsi que nous l'avons dit, qui occuperont probablement dans la suite une importante place parmi les porte-greffes, VEl^ vira^ par exemple, hybride du Taylor et du Grand noir (du Jardin d'Acclimatation) . Ce cépage, remarquable par sa vigueur, sa résistance au Phylloxéra et son peu de propension à la^ chlorose, sera à peu près sûrement appelé, par la suite, à servir de sujet pour nos vignes d'Europe, bien qu'il soit susceptible de fournir un vin blanc d'assez bonne qualité. Il en sera '^ vraisemblablement de même du Noah^ hybride récemment importé, qui se rapproche par ses formes et ses aptitudes dii ViallQ^ et peut-être pour d'autres moins bien conpus 'encore.

C. Variétés de laV.Rup'estris. — LaV.RuPEs- TRis ne possède encore que des types sauvages, et ces derniers nous sont trop peu connus pour que nous puissions en déterminer les aptitudes spéciales. Tout ce que nous savons, c'est que les V. RuPESTRis réussissent généralement,

36 VIGNES AMÉRICAÎNES.

même dans les terrains secs et arides^ dans les sols sableux, caillouteux et calcaires, où les V. RiPARiA sauvages ne sauraient vivre.

Peu sujets à la chlorose, ils redoutent seulement les coups de soleil, qui marquent leurs feuilles de taches nombreuses et les font tomber quelquefois. Cet accident est, du reste, sans importance, étant donné le rôle de porte-greffe qu'ils sont nécessairement appelés à jouer; leurs fruits, en effet, chez les individus fertiles, sont beaucoup trop petits et peu nombreux pour qu'on puisse songer à en faire autre chose, et les premières tentatives de greffe pratiquées sur eux ont donné jusqu'ici des résultats satisfaisants. Leur reprise de bouture est comparable à celle du Solonis ; comme pour ce dernier cépage, on doit faire usage de boutures moyennes ou petites, de préférence aux grosses.

D. Variétés de la V. Labrnsoa. — Les variétés de la*V. Labrusca ne semblent guère aptes à prendre une place importante dans nos vignobles ; leur résistance au Phylloxéra, bien que supérieure à celle de nos vignes d'Europe, est inférieure pourtant à celle des autres espèces américaines, et si certaines d'entre elles sont susceptibles de se maintenir dans un état suflBsant de santé, au milieu des attaques de Tin-

secte, d'autres, au contraire {VIsabelle, le Catawba^ par exemple), finissent par y succomber. De plus, elles sont généralement d'une adaptation difficile, elles exigent pour la plupart un sol frais et un climat un peu humide. Enfin, le goût foxé de leurs fruits empêche absolument d'en tirer parti comme producteurs directs. Ce n'est donc que comme porte-greflfes que l'on peut songer à les employer, et deux variétés seulement ont été conservées dans ce but dans nos cultures; ce sont : le Concord et ITori- Madeira ; encore ce dernier n'est-il pas un V. Labrusca pur, mais un hybride, ainsi que l'indiquent la disposition discoi^tinue de ses vrilles et plusieurs autres caractères qu'il serait trop long d'énumérer ici. Nous nous bornerons, dans ce groupe, à l'étude de ces deux cépages.

Conoord. — Le Concorda qui a été d'abord importé chez nous en très-grande abandance, à cause del'estime qu'ont pour lui les Américains, a donné lieu à bien des déceptions, dues au nombre limité des milieux dans lesquels il est susceptible de végéter. Ses caractères sont les suivants : Souche assez vigoureuse, à port étalé. Sarments de grosseur moyenne, longs, avec des ramifications . nombreuses'. Feuilles un peu épaisses, d'un vert foncé et à peu près glabres en dessus,

recouvertes d'un duvet feutçé, d'abord blanchâtre, puis couleur de rouille en dessous.

Grappe grande, ailée, un peu compacte. Grains gros, globuleux, noirs, pruinés, à goût foœé trèsapparent et à chair pulpeuse.

Malgré les nombreux échecs qu'a éprouvés la culture du Concord, sa résistance ne saurait être mise en doute : il a persisté depuis huit ans au milieu du Phylloxéra, dans certaines localités en France. Les insuccès auxquels il a donné lieu sont dus uniquement à sa tendance à la chlorose, qui ne lui permet de se développer d'une manière satisfaisante, dans le Midi, que dans les sols siliceux et ferrugineux, tels que les cailloux roulés du Diluvium Alpin, ou dans des terrains analogues. Malheureusement, même dans les milieux qui lui conviennent, il semble inférieur comme porte-greffe aux diverses variétés de V. RiPARiA. Dans ces conditions, il est peu probable que les plantations de ce cépage s'étendent beaucoup dans l'avenir : les bons porte-grefiFes sonL aujourd'hui trop faciles à se procurer pour qu'il ne soit pas à peu près complètement délaissé .

Yopk-Madeira. — UYork^Madeira est évidemment, comme nous l'avons dit plus haut, un hybride de Y. Labrusca et non un V. Labrusga

pur ; c'est un des cépages Américains les plus anciennement introduits en Europe ; nous en avons vu des souches cultivées depuis vingtcinq et trente ans, dans diverses collections. On peut en donner la description suivante :

Soiùche médiocrement vigoureuse et grêle, à port étalé. Sarments grêles, longs, à mérithalles moyennement longs ou courts, à vrilles discontinues. Feuilles moyennes, entières, d'un vert assez foncé, glabres et un peu pçtourc^^^^^a face supérieure, garnies à la face n^^HI^ d'un duvet laineux assez compact. Deux rangées de dents, généralement courtes et obtuses. Grappe petite, ôylindrique ou cylindro-conique. Grains assez petits, sphériques; d'un noir foncé, pruinés, à chair pulpeuse et goût foxé.

Ce cépage semble avoir gagné au croisement avec une autre espèce des qualités de résistance et de rusticité qui ont attiré l'attention de bon nombre de viticulteurs expérimentés : très-résistant à la chlorose, il réussit à peu près dans tous les terrains, et notamjuent dans les mauvais sols calcaires caillouteux et arides, où sa place sera marquée si Texpér^nce permet, par la suite, de lui attribuer une valeur pratique suffisante ; malheureusement le goût foxé de son fruit le rend absolument impropre à la produc-

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tion directe. Sa valeur comme porte-greffe n'est pas encore très-bien connue, mais il semble que la chétivité de sa végétation le rendra plus convenable pour les cépages des vignobles de la région septentrionale que pour nos variétés très- vigoureuses du Midi.

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