CHAPITRE IL Établissement de la Submersion
1° Amenée des eaux.
Les eaux destinées à la submersion proviennent de cours d'eau naturels, de canaux, d'étangs, de barrages de retenue, de sources, de puits artésiens ou même de drainages. On peut les amener sur les vignes à traiter par dérivation, au moyen de machines élévatoires et quelquefois par la simple obstruction temporaire des drains ou autres conduits d'assèchement.
A. Dérivation. — Le premier moyen est évidemment le plus simple, et il doit être employé toutes les fois que l'eau peut être prise sans difficulté à un niveau supérieur ; il n'entraîne
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d'autre dépense que celle de la création d'un canal d'adduction.
B. Machines 1 . — Malheureusement, on ne peut songer à appliquer dans tous les cas la dérivation : l'impossibilité de créer des barrages sur certains cours d'eau, les faibles pentes qui obligent à aller prendre l'eau très loin, en traversant plusieurs propriétés étrangères ; enfin l'intermittence du débit de quelques canaux, rendent souvent nécessaire l'emploi du second système. Les machines élévatoires les plus généralement employées sont les pompes rotatives (notamment celles de Neut et Dumont et de Gwine) et le rouet inventé par M. Dellon, ingénieur à Montpellier, et construit par M. Bergegeron, àNimes.
Le rouet paraît donner un rendement supérieur à celui des pompes rotatives, pour les hauteurs moindres de 5 mètres ; mais il offre T inconvénient de ne pas être facile à déplacer comme ces dernières et de se prêter moins bien, par suite, aux exigences de certaines exploitations dont les pièces de vignes sont disséminées, ou bien où l'on veut utiliser le matériel de submersion aux arrosages d'été sur
* Voir à l'Appendice, note IV.
des terres éloignées du vignoble. On a également fait usage, pour élever les eaux, de la noria et du tympan] mais ces machines n'ont donné que des résultats inférieurs à ceux des précédentes.
Les divers appareils que nous venons de mentionner sont généralement mus par des machines à vapeur ; ces moteurs peuvent être considérés, dans bien des circonstances, comme les seuls possibles ; ils sont presque toujours les plus commodes. Le coût de l'opération par leur moyen varie entre 60 ei 80 fr. par hectare, lorsqu'on de dépasse pas 5 mètres, hauteur au delà de laquelle on ne semble guère devoir aller en pratique ; ce prix n'est pas plus élevé que celui qu'exigent la plupart des Syndicats ou Sociétés de canaux d'irrigation.
Les machines sont quelquefois installées à demeure, sur un point culminant, de manière à dominer, par un système de canalisation convenable, toute l'étendue à submerger ; d'autres fois elles sont locomobiles et peuvent être transportées successivement à portéô des pièces de terre que Ton veut traiter. Le premier système doit être préféré toutes les fois qu'il est possible de l'appliquer : il permet, en effet, d'adopter des machines à vapeur fixes à générateur indépendant, qui font le travail à meilleur mar-
ché et durent davantage que les locomobiles.
On évite en outre, par suite de cette disposition, les pertes de temps dans la mise en train de l'opération qui résultent du déplacement ; enfin on peut, par une distribution bien combinée des eaux dans l'ensemble du vignoble, arriver, par son moyen, à mieux répartir le travail pendant la période de submersion, et par conséquent à en abréger la durée.
Il est possible, dans certaines circonstances, de substituer à la vapeur la force fournie par les cours d'eau où l'on puise l'eau nécessaire au traitement des vignes ; on emploie dans ce cas, comme machines motrices, des turbines ou des roues hydrauliques. Le travail s'effectue alors dans des conditions très économiques. Peutêtre trouvera-t-on enfin avantage, pour des opérations importantes, à combiner l'action du vent, trop irrégulière pour être utilisée seule, avec celle de la vapeur.
Quelle que soit la force motrice employée pour élever l'eau, on amène généralement cette dernière à la portée des machines élévaloires au moyen de roubines, c'est-à-dire de fossés creusés à un niveau un peu inférieur à celui des plus basses eaux de la rivière ; on doit se ménager le moyen d'en fermer, au besoin, la prise par des vannes convena-
blement disposées. On évite ainsi les remblais quelquefois considérables qu'exigerait une installation au bord de l'eau. Lorsque Ton redoute d'entamer les digues qui longent les rivières, on peut les faire franchir par un tuyau d'aspiration formant siphon, qui aboutit à une pompe rotative.
C. Obstruction des drainages et conduits d'écoulement des eaux. — On peut quelquefois submerger des terrains anciennement conquis sur des marais et des étangs, en les faisant revenir temporairement à leur premier état.
On commence par niveler le fond, de manière à ne pas avoir des profondeurs d'eau trop différentes ; puis on ferme la partie inférieure, par laquelle se faisait l'évacuation des eaux, au moyen de levées et de vannes convenablement disposées ; enfin, dans le cas où il existe un drainage, on en ferme les tuyaux à la partie inférieure du champ que Ton veut mettre sous l'eau, pendant toute la durée de l'opération. Une fois la submersion terminée, on rouvre tous les conduits, pour permettre aux terres de s'égoutter. Plusieurs applications de ce système, qui unit aux avantages d'une économie remarquable d'installation et d'exécution une grande efficacité, ont été faites avec un plein succès.
2° Trace et établissement des planches de submersion.
Les eaux sont maintenues sur le sol par de petites levées ou bourrelets qui forment le périmètre des planches de submersion.
A . Forme des planches. — On cherche à donner aux planches des formes rectangulaires ; ce sont, en effet, les plus commodes pour les labours et celles qui correspondent le mieux aux systèmes de plantation usités. Dans un terrain horizontal, où Ton peut leur donner une grande étendue en tout sens, on a intérêt à les faire carrées, parce que le carré est celle des figures rectangulaires qui renferme la plus grande surface par rapport à son périmètre, et qui demande par conséquent le moindre développement de bourrelet'; elle facilite, en outre, l'emploi des labours croisés, dontl'efficacité est généralement reconnue. Dans les terrains offrant une pente sensible, on est amené à faire des planches rectangulaires, dont le grand côté suit la moyenne des courbes de niveau, afin, tout en conservant des rayages suffisants, de ne pas exagérer la hauteur des bourrelets en aval.