‹ Manuel pratique de viticulture pour la reconstitution des vignoblesChapitre 6 sur 76 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Description et Étude des Sspéces et Variétés.

Les cépages cultivés en Amérique ne dérivent pas, comme ceux de l'ancien Monde, d'un type unique (le V. Vinifera); ils proviennent d'espèces botaniques diverses, possédant des caractères bien tranchés et imprimant à leurs variétés des propriétés distinctes. Sans entreprendre ici la description de toutes les formes actuellement connues, dont la plupart n'offrent qu'un intérêt purement botanique, nous étudierons du moins celles qui ont donné lieu à des cépages présentant quelque valeur pratique, et nous examinerons leurs variétés les plus importantes.

1° Description des espèces.

Les espèces qui sont dignes de fixer l'attention du viticulteur praticien sont les suivantes : l°LeV. jEstivalis; 2° le V. Riparia; 3° le V. Rupestris; 4° le V. Labrusca.

A. V. JEstivalis. — Le V. jEstivalis est caractérisé de la manière suivante : Plante de vigueur variable, généralement moyenne. Sarments grimpants, gros et longs. Vrilles discontinues. Bourgeonnement rouge carmin vif.

Fig. 1.

Déboursement et floraison à peu près simultanés avec ceux des vignes indigènes. Feuilles quelquefois entières, le plus souvent à lobes plus ou moins marqués, un peu épaisses. Les jeunes s'ouvrent à plat dès leur naissance; elles sont toujours couvertes sur leurs deux faces d'un duvet assez épais ; les adultes, à peu près sans duvet au-dessus, portent en dessous, sur les nervures et les sous-nervures, des poils tantôt un peu raides, tantôt floconneux, dispo-

ses en petites touffes plus ou moins denses ou clairsemées. Grappes à petits grains, presque toujours pruinés, sans goût particulier. Graines moyennes, au nombre de 2 à 3, arrondies au sommet, à bec court et obtus'. Chalaze circulaire, saillante. Raphé proéminent (fig. 1).

B. V. Riparia. — Le V. Riparia est une plante généralement un peu grêle, atteignant un grand développement; très étalée.

Sarments grimpants, longs, le plus souvent grêles, à méri thalles allongés, tantôt glabres, tantôt légèrement velus (aux extrémités tout au moins), à ramifications nombreuses. Vrilles discontinues. Débourrement et floraison très hâtifs, par suite exposée aux gelées du printemps.

Fig. 2.

Feuilles {Jeunes) pliées en gouttière assez longtemps, parfois un peu velues ; — {adultes) en cœur, glabres des deux côtés ou avec quelques poils raides et clairsemés, sur les nervures seulement, en dessous. Fruit : grappe générale-

ment peu volumineuse, à grains petits, à pulpe fondante; saveur particulière, moins accentuée que chez les V. Labrusca. Graines à Chalaze peu saillante, allongée, se confondant avec le Raphé, qui se perd bientôt dans la dépression médiane (fig. 2).

C. V. Rupestrifl. — Le V. Rupestris est une plante moyennement vigoureuse, buissonnante.

Sarments semi-érigés, moyennement longs, à mériihalles courts; ramifications assez nombreuses. Vrilles discontinues. Feuilles (Jeunes) comme vernies à la face supérieure; — (adultes)

Fig. 3.

petites, entières, cordiformes ou orbiculaires, aussi ou plus larges que longues, repliées en gouttière, d'un vert glauque, complètement glabres. Grappes petites, à grains petits, d'un noir bleuâtre, sans goût particulier. Graine petite, ressemblant assez à celle du V. Riparia, mais avec Chalaze et Raphé moins apparents (fig. 3).

D. V. Labrusca. — Le V. Labrusca est une Plante habituellement de vigueur moyenne, montant pourtant parfois très haut. Sarments gros et longs, grimpants ou étalés. Vrilles continues. Bourgeonnement rosé. Feuilles revêtues en dessous d'un duvet serré, prenant parfois l'aspect un peu métallique. Grappe plus ou moins grande, à grains gros, ronds ou ovales, à pulpe coriace et à goût foœé ; peau épaisse ordinairement ; maturité généralement précoce. Graines volumineuses. Chalze et Raphé non apparents (fig. 4).

Fig. 4.

Afin, du reste, de faciliter la détermination des espèces que nous venons de décrire et de permettre de les distinguer, soit de nos vignes indigènes, soit de quelques autres types Américains accidentellement introduits dans nos cultures, nous avons établi la clé analytique ci-jointe, qui sera suffisante dans la plupart des cas.

© ^ d S çs>

rt M O j !*

3«£ +» fa S

°" ri S Ça

cS t- *"• •

o a. a o -SSs8

35 cr«o> -c

2° Description et aptitudes des variétés.

A. Variétés du V. jEstivalis. Les diverses variétés du V. jEstiVàlis peuvent être considérées comme plus spécialement aptes à jouer le rôle de producteurs directs, auquel les rend éminemment propres la qualité de leurs fruits, qui n'ont pas de goût particulier, tandis que le prix élevé de leur bois et la difficulté relative de leur reprise par bouture leur font préférer d'autres cépages comme porte-greffes. Les plus connues d'entre elles sont le Jacquez^ YHerbèmont, le Blak-July, Devereux, ou Lenoir (de Bush), le Cunningham, le Norton' s Virginia ou Cynthiana, VHermann, YAlvey et le Rulander ou Louisiana.

Les trois ou quatre premières paraissent seules devoir occuper une certaine place dans nos cultures. Le Nortorts et YHermann produisent trop peu, sont d'une reprise difficile par le bouturage et ne réussissent que dans des milieux limités. L'Alvey coule beaucoup et se, greffe difficilement à cause de la nature noueuse de son bois. Enfin le Rulander, qui est très vraisemblablement un hybride 4 de Vinifera

1 L'étude histologique de la racine nous avait permis de signaler depuis plusieurs années l'analogie de ses tissus avec ceux des V. Vinifbra ; l'examen des caractères des graines

et de V. JEstivalis, est d'une résistance douteuse et peu fertile.

Nous nous bornerons donc à l'étude détaillée des quatre cépages de ce groupe mentionnés en premier lieu, qui seuls, parmi ceux que nous connaissons suffisamment aujourd'hui, paraissent avoir pratiquement quelque valeur.

Jàoquez. — Bien que cette variété soit désignée aux États-Unis sous des noms très variés, elle n'est connue en France que sous celui que nous venons d'indiquer, ou quelquefois sous celui de Jacques^ qui n'a pas prévalu dans le Midi.

Ses caractères principaux sont les suivants : Souche vigoureuse. Port semi-érigé. Sarments longs, à mérithalles moyennement allongés, de moyenne grosseur, presque rectilignes.

Feuilles tri ou quinque-lobées, généralement quinque-lobées ; sinus pétiolaire assez profond, presque fermé ; sinus inférieurs très profonds ; deux séries de dents atténuées, généralement ondulées ; d'un beau vert foncé et glabres en

nous a montré depuis, également, de grandes ressemblances avec celles de cette espèce, et plusieurs faits culturaux sont malheureusement venus appuyer les doutes que les indications purement scientifiques avaient fait naître chez nous, relativement à la résistance de ce cépage.

dessus, d'un vert plus pâle et avec des bouquets de poils soyeux sur les nervures à la face inférieure. Grappe grosse, allongée, assez lâche, atténuée au bout, ailée. Grain petit, arrondi ; jus d'un noir bleuâtre.

La résistance du Jacques au Phylloxéra est aujourd'hui démontrée par des faits nombreux et anciens; il s'est trouvé compris dans les premières expériences faites sur les vignes américaines, chez MM. Laliman à Bordeaux, Borty à Roquemaure (Gard), et Aguillon à Chibron (Var), et depuis lors on peut dire qu'il n'a donné lieu à aucune déception à ce point de vue.

Pour les raisons que nous avons indiquées plus haut, c'est surtout comme producteur direct que le Jacquez est cultivé : sans donner aussi abondamment que nos anciennes variétés à grand rendement, telles que l'Aramon, le Terret, etc., sa production semble se rapprocher de celles de nos cépages méridionaux de fertilité moyenne, qu'il surpasae par les qualités qu'offre son vin pour le coupage.

On a prétendu qu'il existait deux variétés de Jacquez , Tune plus fructifère que l'autre. Rien ne nous a semblé démontrer jusqu'à présent qu'il en fût réellement ainsi; nous avons seulement observé que certains pieds identiques,

du reste, aux autres par leurs caractères d'ensemble, produisaient moins qu'eux. Ce fait est facilement explicable par la multiplication excessive à laquelle on s'est livré au début sur ce cépage, et qui a amené à employer comme boutures des fragments de sarments infertiles ; une bonne sélection des boutures permettra de faire peu à peu disparaître cet iaconvénient et d'améliorer même la production moyenne. *

Bien que, comme nous venons de le dire, ce soit surtout comme producteur direct que le Jacquez est cultivé, on peut néanmoins l'employer utilement comme porte-greffe ; beaucoup de viticulteurs l'ont fait avec succès. La facilité de son adaptation aux diverses natures du sol, la vigueur de sa végétation et le volume considérable de son tronc, le rendent très apte à jouer ce rôle.

Peu sujet à la chlorose, le Jacquez a prospéré dans presque toutes les natures de sol où il a été expérimenté jusqu'ici; mais c'est dans les terres profondes, riches et bien saines, qu'il paraît donner les meilleurs résultats, au point de vue du bon développement de sa végétation et de l'abondance de sa production.

On l'a vu, en effet, quelquefois faiblir après plusieurs années de bonne végétation dans des

terrains à sous-sol de calcaire tendre (craie ou tuf) rapproché de la surface ou dans des sols de plaine dont les couches inférieures sont rendues humides par une nappe d'eau souterraine peu profonde.

L'époque de maturation de ce cépage est à peu près contemporaine de celle de la Syrah ; il ne saurait, du reste, guère franchir vers le Nord les limites d'habitation de cette dernière, à cause des ravages de Vanthracnose.

Dans la Gironde, il ne réussit que sur les hauts coteaux ; il dépérit dans la plaine, sous Tinfluence de cette maladie.

On a dû y renoncer enfin, pour cette cause, dans la partie septentrionale de la Drôine, et aux États-Unis on ne le retrouve plus qu'à Natehez, dans le Mississipi et au Texas, tandis que TOhio et le Missouri, qui avaient autrefois tenté sa culture, Font abandonnée. On peut donc le regarder comme un cépage essentielle* ment méridional.

Enfin, si nous le considérons au point de vue de la multiplication , nous remarquerons que s'il est d'une reprise de bouture un peu plus difficile que celle des diverses variétés des groupes Riparia, Labrusca et Vinifera, il peut néanmoins se reproduire avantageusement par ce moyen. A la condition de faire usage de bois

sains et bien conservés, et d'user de quelques précautions faciles à prendre, il n'est pas rare de le voir réussir dans la proportion de 80 ou 90 °/ , en pépinière arrosée.

En résumé, on peut regarder le Jacquez comme le premier des producteurs directs américains, et comme le seul qui soit appelé à jouer vraisemblablement un rôle d'une certaine importance dans la reconstitution des vignobles de la région méditerranéenne, ce qui justifie pleinement la faveur dont il a constamment été l'objet de la part des viticulteurs des contrées méridionales.

Herbemont. — Aucun synonyme n'a subsisté en France pour ce cépage; il est caractérisé de la manière suivante : Souche vigoureuse. Port semi-érigé plus étalé que chez le Jacquez. Sarments longs et forts. Feuilles tri ou quinque-lobées, d'un vert médiocrement foncé et glabre à la face supérieure; d'un vert pâle, avec des poils raides et serrés sur les nervures du dessous. Grappe grande, longue, ailée, compacte. Grain petit, noir bleuâtre.

De même que le Jacquez, V Herbemont est l'un des cépages dont la résistance est des plus anciennement établie; son vin, moins grossier que celui de ce dernier, possède, lorsqu'il provient

de situations convenables, des qualitées réelles; malheureusement sa coloration, beaucoup moins intense que celle du vin de Jacquez, ne lui permet pas de rivaliser * avec lui sur les marchés du Midi. En outre, VHerbemont se met un peu tardivement à fruit, et sa production, regardée comme très considérable par les Américains, qui ne sont pas habitués aux grands rendements de nos vignes, est inférieure à celle du Jacquez dans l'Hérault. Enfin il aoûte souvent les extrémités de ses bois d'une manière insuffisante.

Malgré les inconvénients que nous venons de signaler, qui le font passer après ce dernier cépage, VHerbemont )0\iQYdiit encore un rôle important dans la reconstitution des vignobles du Midi, n'était le nombre limité des terrains dans lesquels il est possible de le faire prospérer, sous le climat méditerranéen tout au moins. Il semble jusqu'ici que ce sont, dans ce milieu, les terres caillouteuses, perméables, faciles à échauffer et conservant néanmoins pendant l'été une certaine fraîcheur, qui seules lui permettent de végéter vigoureusement et sans chlorose a . Les sols à cailloux siliceux ou cal-

* Voir à l'Appendice, note 2.

2 Voir Mémoire sur les Causes de la chlorose chez Y Herbemont, par M. G. Foèx, in Revue des Sciences naturelles. — Montpellier, décembre 1881.

caires colorés en rouge par du fer peroxyde, ainsi que l'a démontré M. Vialla, lui conviennent très bien.

Vflerbemont mûrit à peu près en même temps que le Jacquez ; mais, moins sujet que ce dernier à l'anthracnose, il pourra remonter vraisemblablement plus au Nord que lui, à la condition qu'il soit cultivé en coteaux bien exposés.

VHerbemont est plus difficile à faire reprendre de bouture que le Jacquez; pourtant,lorsque Ton opère dans de bonnes conditions, on peut obtenir encore des résultats suffisants (de 60 à 70 °/ ) de ce mode de multiplication.

En somme, bien que ce cépage paraisse destiné à rester dans nos vignobles méridionaux, il ne paraît pas appelé à yjouer un rôle, à beaucoup près, aussi important que le Jacquez.

Blaok-July. — Quelquefois désigné sous les noms de Devereux ou de Lenoir (de Bush), ce cépage, qui est peu répandu encore dans les cultures en France, y est néanmoins apprécié et tend à s'y étendre. Il possède les caractères suivants : Souche très vigoureuse. Port étalé (un peu moins que celui du Cunningham). Sarments longs, de moyenne grosseur, ramifications nombreuses. Feuilles {adultes) de moyenne

dimension; entières ou à peine trilobées; d'un vert assez foncé et presque glabres à la face supérieure, avec de très légers poils sur les nervures; d'un vert plus pâle avec des poils courts, en bouquets assez abondants sur les nervures à la face inférieure; — (jeunes) nettement trilobées, très peu blanches sur les deux faces, assez fortement rosées sur les bords.

Grappe petite, compacte. Grain petit, d'un noir bleuâtre foncé.

Le vin du Black-July, sans posséder la couleur de celui du Jacquez ni la finesse de celui de YHerbemont, peut être considéré comme un assez bon vin rouge d'ordinaire; malheureusement le faible volume des grappes et des grains de ce cépage ne permet pas d'en obtenir une production bien considérable. Moins sujet à la chlorose que YHerbemont, mais plus pourtant que le Jacquez, il paraît s'accommoder de tous les terrains qui ne sont pas trop mouilleux ou trop froids. L'époque de la maturité de ses fruits semble un peu plus tardive que celle du Jacquez et de YHerbemont. Il reprend facilement de bouture.

Cunningham. — Aucun des noms synony-, miques qui lui sont donnés en Amérique n'est usité en France. G'est, après VHerbernont et le

Jacques , le plus répandu de tous les ^Estivalis dans nos cultures; il présente de très grandes analogies avec le Black-July et forme avec lui un groupe caractérisé par ses grappes petites et compactes et ses feuilles entières ou presque entières, que Ton pourrait opposer à celui à grandes grappes et à feuilles lobées auxquels appartiennent le Jacquez et VHerbemont.

Les caractères de ce cépage sont les suivants: Souche très vigoureuse. Port étalé. Sarments longs et ramifiés. Feuilles (adultes) grandes, entières ou légèrement trilobées ; sinus pétiolaire le plus souvent fermé; deux séries de dents généralement atténuées; un peu gaufrées entre les nervures; d'un vert foncé et très légèrement duveteuses à la face supérieure ; d'un vert blanchâtre et recouvertes de longs poils sur les nervures à la face inférieure; — (jeunes) nettement trilobées, velues et blanches sur les deux faces. Grappe très compacte, de moyenne dimension, souvent ailée. Grain petit, noir, un peu grisâtre. Le vin de Cunningham, qui est riche en alcool et présente certaines qualités, manque malheureusement de couleur '; aussi ne peut-on guère faire avec ses raisins que des vins blancs qui, bien préparés, ont certaine-

1 Voir à l'Appendice, note 2.

ment de la valeur, mais que l'insuffisante fertilité de ce cépage ne permet pas de produire très avantageusement.

Le Cunningham paraît s'accommoder de presque toutes les natures de sol, à la condition toutefois qu'ils ne soient pas humides et froids à l'excès. C'est la variété du V. ^Estivàlis qui, avec le Jacquez, possède la plus grande élasticité à ce point de vue; il paraît même réussir mieux que ce dernier dans les terrains caillouteux et secs des coteaux. Il prospère plus qu'aucun autre, notamment dans les terrains de cailloux roulés, ferrugineux du Diluvium Alpin. Sa maturation, malheureusement plus tardive que celle des autres variétés que nous venons d'examiner, ne permettra guère de le cultiver, en dehors de l'extrême Midi, que sur des coteaux bien exposés.

Le Cunningham est au moins aussi difficile à faire reprendre de bouture que VHerbemont, ce qui l'empêchera vraisemblablement déjouer un rôle important comme porte-greffe ; ses aptitudes à ce dernier point de vue sont d'ailleurs fort discutées.

B. Variétés du V. Riparia. — De même que les variétés du V. ^Estivalis paraissent plus spécialement destinées à la production directe,

celles du V. Riparia semblent devoir jouer à peu près exclusivement le rôle de porte-greffes. En effet, tandis que le goût particulier de leurs fruits et leur médiocre fertilité empêchent de songer à leur demander directement du vin, la facilité de leur reprise de bouture, le bas prix .relatif de leurs sarments, la rusticité de la plupart d'entre elles, enfin la facilité avec laquelle elles se prêtent à la greffe du plus grand nombre de nos anciens cépages, leur assurent le premier rang pour cet objet.

Les variétés de cette espèce que la pratique parait avoir adoptées d'une manière définitive sont les suivantes : 1° les diverses races du V. Riparia sauvage; 2° le Solonis) 3° le Clinton-, 4° le Taylor\ 5° le Vialla; 6° le Franklin. On pourrait encore ajouter à cette liste l'Elvira, le Noahj et peut-être encore quelques autres qui se rattachent à la même origine et qui, bien qu'encore peu connus, se répandront probablement à cause de leur résistance et de leur vigueur.

V, Riparia sauvage. — Les boutures de Riparîa sauvage sont importées en très grande quantité d'Amérique depuis quelques années ; elles nous arrivent des bois du Missouri, du Kansas, de l'Iowa, des confins nord du terri-

toire des Indiens et même du Texas. Aussi, grâce à la possibilité de se procurer à peu de frais et en quantité presque indéfinie les sarments de cette espèce; grâce en outre à la rusticité que possèdent habituellement les plants qui en proviennent et à leur grande résistance aux attaques du Phylloxéra, il est probable qu'elle prendra une place importante dans nos vignobles.

Par suite de la multiplication par semis qui s'opère spontanément dans les bois et du métissage qui a lieu entre les diverses races, les variétés sauvages du V. Riparia sont très nombreuses; on pourrait en compter presque autant que de pieds-mères, et il serait impossible et sans intérêt pratique d'examiner toutes les formes déjà connues en France. On peut néanmoins, en tenant compte de leurs caractères principaux et de leurs aptitudes culturales, les grouper en quatre races principales : 1° les V. Riparia sauvages tomenteux ; 2° les V. Riparia sauvages glabres à feuilles minces) 3° les V. Riparia sauvages glabres à feuilles épaisses; 4° les V. Riparia sauvages à petites feuilles.

Les V. Riparia tomenteux sont ceux dont les feuilles et les jeunes rameaux sont recouverts d'un duvet dans le jeune âge ; ce sont généralement des plantes vigoureuses, dont le

tronc à grand diamètre offre un sujet robuste pour la greffe. Peu difficiles sur la nature du sol, ils ne redoutent guère que les marnes blanches tout à fait infertiles ou les terres humides à l'excès; encore se comportent-ils mieux dans ces dernières que les Riparia glabres à feuilles minces.

Les V. Riparia glabres à feuilles minces sont caractérisés par leurs feuilles, dépourvues de poils à la face supérieure dès leur jeune âge, et tantôt complètement glabres, tantôt revêtues de quelques points raides à la face inférieure et sur les nervures seulement. La feuille, plus mince que chez ceux que nous avons appelés à feuilles épaisses ,est aussi généralement d'un vert moins foncé et moins lustré. Ils sont pour la plupart remarquables par la grande dureté que prennent de très bonne heure leurs racines et par le petit nombre de Phylloxéras qu'on y trouve. Plus sujets à la chlorose que ceux de la race tomenteuse, on doit les placer de préférence dans des terrains bien sains et pas trop argileux. La variété vendue sous les noms de Riparia Fabre, R. Martin des Pallières, et très estimée par certains viticulteurs, appartient à ce type.

Les V. Riparia glabres à feuilles épaisses ,qui sont peut-être le résultat d'une hybridation du

V. Riparia et du V. Cordifolia, ont les feuilles glabres, plus épaisses et plus luisantes que celles de la race précédente; elles sont généralement aussi moins allongées et à dents moins profondément découpées. Ge type, dont on pourrait citer comme exemple la variété inexactement dénommée Scupemon (sic), du Jardin d'Acclimatation, et celle portant le n° 13 dans la collection des V. Riparia de M. Meissner, paraît remarquable par sa résistance à la chlorose.

Quant aux V. Riparia sauvages à petites feuilles, ils donnent ordinairement naissance à de3 individus chétifs et très sujets aux plus mauvaises formes de chlorose; on doitdoncles éliminer soigneusement des cultures.

En résumé, les V. Riparia sauvages, à part ceux que nous avons mentionnés en dernier lieu, peuvent être considérés comme d'excellents porte-greffes, très résistants au Phylloxéra et susceptibles de vivre à peu près dans tous les sols, sauf dans les milieux trop forts et trop humides ou absolument infertiles, à condition de choisir parmi eux les races les mieux appropriées au terrain dont on dispose. C'est eux que Ton devra préférer presque partout dans la région méridiooale.

Soloûis. — Le V. Soloms est probablement une race sauvage du V. Riparia ; il est cultivé depuis longtemps dans plusieurs jardins botaniques d'Europe, mais on ne Ta pas jusqu'ici retrouvé dans les bois des États-Unis ; aussi ne peut-on se le procurer qu'en moindre quantité * et à des prix plus élevés que les autres variétés sauvages de la même espèce. Gomme d'autre part il possède des caractères particuliers et des aptitudes spéciales, nous avons cru devoir la séparer, en nous plaçant au point de vue pratique, de l'ensemble des V. Ripabia sauvages.

Ses caractères principaux sont les suivants : Souche vigoureuse, kport étalé. Sarments longs, à mérithalles moyennement longs, presque cylindriques, à peine sinueux ; ramifications nombreuses et longues ; recouverts d'un léger duvet vers les extrémités et conservant des traces aranéeuses après l'aoûtement. Feuilles de moyenne dimension, entières ; cteux rangées de dents aiguës ; quelques-unes, un peu plus longues, marquent les lobes ; celles qui indiquent les lobesinférieurs convergentleplus souvent vers l'axe de la feuille. Feuilles légèrement pliées en gouttière avec l'extrémité recourbée en dessous. Les jeunes feuilles sont recouvertes en dessus et en dessous d'un duvet blanchâtre; adultes, elles sont d'un vert glauque à la face

supérieure, avec des poils hérissés à la face inférieure, qui est un peu plus pâle. Grappe petite, assez serrée. Grains petits, noirs.

Le Solonis est certainement l'un des types qui offrent les garanties les plus considérables, quant à la résistance ; il est cultivé depuis longtemps avec succès et au milieu du Phylloxéra chez M. Laliman, à Bordeaux, et les lésions produites sur ses racines sont si peu importantes qu'on Ta cru d'abord indemne. On peut le classer, à ce point de vue, à l'un des premiers rangs parmi les cépages aujourd'hui adoptés par la pratique.

Doué d'une vigueur remarquable et susceptible d'un développement considérable dans les milieux qui lui conviennent, il nourrit bien la greffe de la plupart de nos cépages français.

Très peu sujet à la chlorose, il croît mieux qu'aucune autre race du V. Riparia sauvage dans les terrains un peu humides ; il semble redouter, au contraire, dans le Midi, les sols secs et brûlants, où il perd fréquemment ses feuilles grillées par les coups de soleil ou par la mélanose, maladie cryptogamique qui se manifeste par des taches noires sur le parenchyme de la feuille. Il réussit pourtant mieux qu'aucun autre cépage dans les terrains à soussol crayeux peu profond des Charentes ; il re-

doute seulement l'anthracnose dans les climats humides; tels que celui du Beaujolais.

On a reproché au Solonis de se multiplier difficilement de bouture ; ses gros sarments reprennent en effet avec peine, mais ceux de moyenne ou de petite dimension, bien conservés et placés dans des conditions convenables, réussissent dans des proportions considérables (80 ou 85 %).

Ainsi qu'on peut en juger par ce qui précède, le Solonis peut être considéré comme le portegreffe par excellence des terrains bas, où les Riparia sauvages risqueraient de souffrir de l'excès d'humidité * et des sols à sous-sol crayeux ou tuffeux.

Clinton. — Le Clinton a. été l'un des premiers cépages importés en Europe, lors des débuts de nos expériences sur les vignes Américaines. Sur le dire des Américains, qui l'estiment beaucoup et qui le cultivent sur une assez grande échelle comme producteur direct, on l'accueillit d'abord avec une faveur exagérée : il fournissait, disait-on, un excellent vin, suscep-

* Le V. Cinbrea lui sera peut-être préféré un jour dans ces .conditions ; mais il est trop mal connu actuellement au point de vue de la facilité de reprise de bouture et comme portegreffe, pour qu'on puisse le conseiller encore dans ce but.

tible de passer dans la consommation en France; il devait en outre servir de porte^greffe universel et suffire à lui seul à tous les besoins qu'impliquait la reconstitution de nos viguobles. Malheureusement, de nombreux échecs éprouvés dans le Midi, par suite de sa plantation dans des milieux qui ne lui convenaient pas, causèrent une véritable panique à son égard ; sa résistance, très réelle et démontrée par des faits nombreux et relativement anciens, fut contestée, et il tomba dans un discrédit aussi peu justifié que l'engouement dont il avait été l'objet. On est revenu aujourd'hui à des idées moins exclusives et, par suite, plus justes sur son compte. Bien qu'il donne un vin remarquable par sa couleur et par sa richesse en alcool, on a renoncé à l'utiliser comme producteur direct, à cause de son médiocre rendement et de son goût particulier ; et si Ton a reconnu qu'il portait fort bien la greffe de certains de nos cépages méridionaux (de YAramon notamment), on s'est également rendu compte qu'il ne pouvait s'adapter (du moins dans la région méditerranéenne) qu'à un nombre de terrains très limité.

Le Clinton est caractérisé de la manière suivante: Sowhe vigoureuse, à port étalé. Sarments longs et grêles, à mérithalles allongés. Feuille?

moyennement grandes, généralement entières et cordiformes, quelquefois trilobées ; d'un vert assez foncé et glabres en dessus; d'un vert un peu plus pâle, avec des poils raides sur les nervures en dessous. Feuilles jeunes légèrement velues. Grappe moyenne ou petite, compacte, non ailée. Grain petit, noir.

Le Clinton est très sujet à la chlorose, notamment dans les terres fortes, froides et humides, dans les sols sans profondeur et dans les terrains calcaires, où, par suite du défaut de chaleur ou d'humidité, il ne peut refaire aussi promptement les radicelles que le Phylloxéra détruit. Ce sont les terres de moyenne consistance ou légères, perméables et fraîches, dans lesquelles il végète le mieux et dans lesquelles on doit seulement le cultiver. Les sols siliceux rouges lui sont particulièrement favorables.

Il reprend très facilement de boutures, au moins aussi aisément que no§ vignes indigènes.

Taylor. — Le Taylor a été l'objet, quoique dans des proportions moindres, des mêmes fluctuations d'opinion que le Clinton : trop vanté au début, trop délaissé ensuite, il est regardé aujourd'hui, ainsi qu'il le mérite, comme un excellent porte-greffe dans les milieux qui lui conviennent.

Il ressemble assez au cépage que nous venons de mentionner ; il est pourtant facile de l'en distinguer par les jeunes feuilles des extrémités de ses rameaux, qui sont nettement glabres. En voici, du reste, la description : Souche vigoureuse, port étalé. Tronc plus robuste que celui du Clinton. Sarments longs, à mérithalles moyennement écartés, — de diamètre moyen, — à peine sinueux, à ramifications nombreuses et longues. Feuilles assez grandes, presque entières , légèrement trilobées ; sinus pétiolaire assez ouvert ; deux séries de dents assez aiguës ; glabres sur les deux faces ; — d'un beau vert en dessus, vert clair en dessous. Le point de départ des nervures est généralement rosé.

Feuilles légèrement creusées en forme d'entonnoir. Grappe petite, coule fréquemment. Grain petit, blanc ambré.

La vigueur du Taylor lorsqu'il est placé dans des conditions favorables, le diamètre considérable qu'acquiert promptement son tronc, la facilité avec laquelle s'enracinent ses boutures, son aptitude à nourrir nos diverses variétés françaises, en font un porte-greffe de premier ordre. Malheureusement, comme le Clinton, bien qu'à un moindre degré, il est loin de prospérer partout : les terres trop argileuses , trop caillouteuses, trop humides et froides, ou

trop sèches, lui sont généralement nuisibles. Il réussit pourtant assez bien dans certains terrains de tuf blanc {travertins) très peu fertiles des environs de Montpellier. Lorsqu'on le place, au contraire , dans des sols de consistance moyenne ou même un peu forte, pourvu qu'ils soient bien drainés, ou dans des terrains légers mais frais , on peut le regarder comme l'un des meilleurs porte-greffes dont on puisse faire usage. C'est en outre en ce moment l'un de ceux que l'on peut se procurer au meilleur marché et le plus facilement.

Vialla et Franklin. — Bien que ces deux cépages puissent être considérés comme des variétés distinctes, ils se ressemblent tant par l'ensemble de leurs caractères et par leurs aptitudes, qu'il est difficile de les séparer, ce qui du reste n'offre aucun intérêt au point de vue pratique; dous les étudierons donc en même temps. Tous deux, quoique se rattachant au groupe des V. Bjparia, portent pourtant des traces nombreuses d'hybridation, probablement avec le V. Labrusca, dont ils ont conservé plusieurs caractères, notamment celui de la continuité des vrilles. On peut les décrire de la manière suivante : Souche vigoureuse, h port étalé. Sarments vigoureux, de grosseur moyenne,

DESCRIPTION DBS VARIÉTÉS. 39

violacés, lorsqu'ils sont jeunes, chez le Vialla, verts au même moment chez le Franklin.

Feuilles assez grandes, entières, d'un vert foncé et à peu près glabres à la face supérieure ; d'un vert plus clair et garnies d'un duvet plus ou moins clair à la face inférieure ; à dents peu marquées, obtuses. Grappes petites, non ailées, presque toujours lâches par suite de la coulure. Grains moyens, sphériques, à chair pulpeuse et foxée, noirs foncé et pruinés.

Le Vialla et le Franklin n'offrent aucun intérêt au point de vue de la production directe,, la saveur foxée de leur fruit et leur penchant à la coulure supposant à leur utilisation dans ce but ; mais ils constituent par contre d'excellents porte-greffes, vigoureux, peu sujets à la chlorose et réussissant dans la plupart des sols ; ils paraissent seulement redouter un peu la sécheresse, le Vialla surtout.

En dehors de ces variétés, définitivement adoptées par la pratique, s'en trouvent encore quelques-unes, ainsi que nous l'avons dit, qui occuperont probablement dans la suite une certaine place parmi les porte-greffes, VElvira } par exemple, hybride du Taylor et du Grand noir (du Jardin d'Acclimatation). Ce cépage, remarquable par sa vigueur et sa résistance au Phylloxéra, sera à peu près sûrement appelé, par

la suite, à servir de sujet pour nos vignes d'Europe, bien qu'il soit susceptible de fournir un vin blanc d'assez bonne qualité. Il en sera vraisemblablement de même du Noah, hybride récemment importé, qui se rapproche par ses formes et ses aptitudes du Vialla, et peut-être pour d'autres moins bien connus encore.

C. Variété du V. Rupestris. — Le V. Rupestris ne possède encore que des types sauvages, et ces derniers nous sont trop peu connus pour que nous puissions en déterminer les aptitudes spéciales. Tout ce que nous savons, c'est que les V. Rupestris réussissent généralement, même dans les terrains secs et arides, dans les sols sableux, caillouteux et de calcaire dur. Le Rupestris a échoué dans les terrains à sous- sol crayeux des Charentes, où les V. Riparia sauvages ne peuvent vivre*

Peu sujets à la chlorose, ils redoutent seulement la mélanose, qui marque leurs feuilles de taches nombreuses, probablement par suite du développement rapide de cryptogames inférieures, et les fait tomber quelquefois. Cet accident est, du reste, sans importance, étant donné le rôle de porte-greffe qu'ils sont nécessairement appelés à jouer ; leurs fruits, en effet, chez les individus fertiles, sont beaucoup trop

DESCRIPTION DBS VARIÉTÉS. 41

petits, peu sucrés et peu nombreux pour qu'on puisse songer à en faire autre chose, et les premières tentatives de greffe pratiquées sur eux ont donné jusqu'ici des résultats satisfaisants. Leur reprise de bouture est comparable à cellô du Solonis ; comme pour ce dernier cépage, on doit faire usage de boutures moyennes ou petites, de préférence aux grosses. On doit en outi o choisir les boutures uniquement sur les pieds vigoureux, certaines races étant chétives et paraissant peu aptes à bien nourrir les greffes.

D. Variétés du V. Labrusoa. — Les variétés du V. Labrusca ne semblent guère aptes à prendre une place importante dans nos vignobles ; leur résistance au Phylloxéra, bien que supérieure à celle de nos vignes d'Europe, est inférieure pourtant à celle des autres espèces Américaines, et si certaines d'entre elles sont susceptibles de se maintenir dans un état suffisant de santé, au milieu des attaques de l'insecte, d'autres au contraire (V 'Isabelle, le Catawba^v exemple) finissent par à y succomber. De plus, elles sont généralement d'une adaptation difficile, elles exigent pour la plupart un sol frais et un climat un peu humide. Enfin, le goût foxé de leurs fruits empêche absolument d'en tirer parti comme producteurs directs.

,Ce n'est donc que comme porte-greffes que Ton peut songer aies employer, et deux variétés seulement ont été conservées dans ce but dans nos cultures : ce sont le Concord et VYork- Madeira\ encore ce dernier n'est-il pas un V.Labrusca pur, mais un hybride, ainsi que l'indiquent la disposition discontinue de ses vrilles et plusieurs autres caractères qu'il serait trop long d'énumérer ici. Nous nous bornerons, dans ce groupe, à l'étude de ces deux cépages.

Conoord.— Le Concord, qui a été d'abord importé chez nous en très grande abondance, à cause de l'estime qu'ont pour lui les Américains, a donné lieu à bien des déceptions, dues au nombre limité des milieux dans lesquels il est susceptible de végéter. Les caractères sont les suivants : Souche assez vigoureuse, à port étalé. Sarments de grosseur moyenne, longs, avec des ramifications nombreuses. Feuilles un peu épaisses, d'un vert foncé et à peu près glabres en dessus, recouvertes d'un duvet feutré, d'abord blanchâtre, puis couleur de rouille en dessous.

Grappe grande, ailée, un peu compacte. Grains gros, globuleux, noirs, pruinés,àgoût foxéttës apparent et à chair pulpeuse.

tyalgré les nombreux échecs qu'a éprouvés la culture du Concord, sa résistance ne saurait

être mise en doute : il a persisté depuis huit ans au milieu du Phylloxéra, dans certaines localités en France. Les insuccès auxquels il a donné lieu sont dus uniquement à sa tendance à la chlorose, qui ne lui permet de se développer d'une manière satisfaisante, dans le Midi, que dans les sols siliceux et ferrugineux, tels que les cailloux roulés duDiluvium Alpin, ou dans des terrains analogues. Malheureusement, même dans les milieux qui lui conviennent, il semble inférieur comme porte-greffe aux diverses variétés de V.Riparia. Dans ces conditions, il est peu probable que les plantations de ce cépage s'étendent beaucoup dans l'avenir : les bons porte-greffes sont aujourd'hui trop faciles à se procurer pour qu'il ne soit pas à peu près complètement délaissé.

Tork-Madeira. — UYork-Madeira est évidemment, comme nous Pavons dit plus haut, un hybride de V. LABRUSGAetnon un V. Labrusca pur ; c'est un des cépages américains les plus anciennement introduits en Europe : nous en avons vu des souches cultivées depuis vingtcinq et trente ans, dans diverses collections. On peut en donner la description suivante :

Souche médiocrement vigoureuse et grêle, à port étalé. Sarments grêles, longs, à mérithalles

moyennement longs ou courts, à vrilles discontinues. Feuilles moyennes, entières, d'un vert assez foncé, glabres et un peu tourmentées à la face supérieure, garnies à la face inférieure d'un duvet laineux assez compact ; deux rangées de dents généralement courtes et obtuses. Grappe petite, cylindrique ou cylindro-conique. Grains assez petits, sphériques ; d'un noir foncé, pruinés, à chair pulpeuse et goût foocé.

Ce cépage semble avoir gagné, au croisement avec une autre espèce, des qualités de résistance et de rusticité qui ont attiré l'attention de bon nombre de viticulteurs expérimentés : très-résistant à la chlorose, il réussit à peu près dans tous les terrains, et notamment dans les mauvais sols calcaires caillouteux et arides * , où sa place sera marquée si l'expérience permet, par la suite, de lui attribuer une valeur pratique suffisante ; malheureusement, le goût foxê de son fruit le rend absolument impropre à la production directe. U York-Madeira porte bien la greffe de nos cépages d'Europe, mais il ne leur procure que lentement le développement qu'ils peuvent atteindre. Le V. Rupestris, qui réus-

1 II réussit moins bien dans les sols formés par les calcaires tendres, crayeux ou tuffeux.

sit bien dans les mêmes conditions que lui, forme plus vite de belles souches et paraît préférable comme porte-greffe, à ce point de vue.

Hybrides. — On pourrait ajouter à la liste des cépages qui vient d'être donnée, un certain nombre d'hybrides dont T origine, le degré de résistance et les aptitudes ne sont pas encore très bien connus et auxquels il est pourtant possible d'attribuer un certain avenir à cause de la qualité de leur vin ; tels sont par exemple: le Montefiore, YHuntingdom, le Black Défiance^ YOthello, etc. Nous nous bornerons à donner quelques indications sur ce dernier cépage, qui seul a été suffisamment expérimenté pour que Ton puisse se faire une idée de ses aptitudes.

Othello. - UOthello est YHybride d'Arnold n° 1 ; il serait, d'après Bush, le produit de la fécondation, par le Black Hambourg, d'un cépage inexactement appelé Clinton au Canada. V Othello est doué d'une certaine résistance au Phylloxéra ( bien qu'il ne puisse être classé à cet égard parmi les plus réfractaires ) ; mais son vin est un peu foxé et trop acide daps le Midi, et par suite impropre à remplacer celui de nos bonnes variétés de l'Hérault, qui produisent beaucoup plus que lui. Nous pensons donc

qu'on lui préférera toujours, soit le Jacquez, dont le vin a une valeur commerciale considérable, soit nos anciens cépages greffes sur des porte-greffes plus rustiques et plus sûrement résistants. Il semble d'ailleurs très rustique et réussit même dans certains terrains d'argile blanche très peu fertiles, où la plupart des vignes échouent.

On peut donner de ce cépage la description suivante : Souche vigoureuse ; sarments un peu grêles et à mérithalles allongés, à vrilles discontinues. Feuilles adultes grandes, trilobées, les bords du sinus pétiolaire se superposant ; d'un vert foncé à la face supérieure, et blanchâtre avec un duvet cotonneux blanc par petites touffes sur les nervures et sous-nervures à la face inférieure. Deux séries de dents assez aiguës. Les jeunes feuilles des extrémités sont recouvertes sur les deux faces d'un duvet blanc serré. Grappe assez grosse, cylindro-conique, à grains gros, serrés, réguliers, noirs, un peu ovales ; pédoncule long.

Ghampin. — Enfin, des types sauvages issus du croisement du Mustang (V. Gandicans) et du V. Rupestris, et auxquels M. Planchon a donné le nom de Champin, paraissent avoir un réel avenir comme porte-greffes. Ils sont en

effet tout à la fois résistants au Phylloxéra et h la chlorose, très rustiques, vigoureux, et d'une reprise facile. Les greffes de nos vignes d'Europe que l'on a pratiquées sur le Champin se sont montrées jusqu'ici fort belles à tous points de vue.

On peut donner de ce cépage la description suivante : Souœhe vigoureuse, à port étalé un peu buissonnant (dans le type glabre) ; tronc moyen. Sarments assez grêles, peu longs, rugueux, à ramifications nombreuses et développées (type glabre), d'une couleur brun noisette ; mérithalles courts ; les sarments portent fréquemment vers les extrémités des flocons de poils lanugineux. Vrilles discontinues. Les bourgeons montrent, dès leur ouverture, de grosses grappes de fleurs d'un rouge carmin foncé.

Feuilles petites, cordiformes ou orbiculaires, à peu près aussi larges que longues, légèrement pliées en gouttière pour la plupart ; d'un vert foncé plus ou moins luisant, généralement un peu coriaces, avec flocons de poils blanchâtres à la face inférieure (type tomenteux); dents assez atténuées. Pétiole robuste, long, formant un angle à peu près droit avec le plan du limbe de la feuille. Grappe petite, allongée, irrégulière; pédoncules longs, plus courts dans les types glabres; ceux du type tomenteux sont sous-

48 VIGNBS AMÉRICAINES.

moyens, pruineux, très lâches, mûrissant assez irrégulièrement sur la môme grappe ; stigmate persistant et central ; pulpe charnue, colorée en rouge et veinée, à jus rougeâtre, à goût un peu spécial ; peau épaisse, à saveur très acerbe, presque caustique.

Page 1