OU DES PORTE-GREFFES
La tendance qui prédomine dans la viticulture en général, mais plus spécialement dans celle du midi de la France, et que Ton peut du reste considérer comme la conséquence des conditions économiques actuelles, est de produire le plus abondamment possible des vins bon marché, sans trop s'inquiéter de leur qualité. Grâce à la facilité des moyens de transport, on peut ainsi atteindre la grande masse des consommateurs et s'assurer des débouchés assez étendus pour le maintien de prix suffisamment rémunérateurs.
A ce point de vue, aucune des variétés Américaines susceptibles de donner directement du vin ne saurait remplacer nos anciens cépages méridionaux à grand rendement, et on ne peut songer à conserver leurs abondantes récoltes qu'à la condition de les greffer eux-mêmes sur des pieds Américains résistants. Cette solution sera donc nécessairement la plus générale, surtout si Ton considère, en outre, quelle permet de rentrer dans des conditions ancienne-
ment connues, de continuer à fournir au commerce les types de vins auxquels il est habitué, et d'éviter bien des tâtonnements et des chances aléatoires qu'implique nécessairement l'emploi de variétés nouvelles. Il ne faut pourtant pas perdre de vue que les rendements excessifs obtenus au moyen des cépages très fertiles sont toujours plus ou moins achetés au prix d'une forte diminution dans la coloration et l'alcoolicité des vins, qualités auxquelles le commerce attache un grand prix. C'est de là que provient l'importance croissante que prend la production des vins de coupage, dans certaines parties de nos vignobles méridionaux. Or, si les producteurs directs Américains ne peuvent nous fournir des vins d'abondance, l'un d'entre eux, le Jacquez, donne un vin de coupage très remarquable, et cela, même dans les sols bas, riches et frais, qui semblent les moins aptes à fournir ces qualités. Ce cépage sera donc vraisemblablement appelé à jouer dans la reconstitution de nos vignobles un rôle d'une certaine importance, bien que secondaire. On l'y plantera en quantité proportionnée à la faiblesse des vins qu'il sera destiné à soutenir, et chaque propriétaire pourra faire dans sa cuve les coupages, qui ne s'opéraient guère jusqu'ici que dans le cbaix du négociant.