IL. POUR LES AUTRES
1. La Prière—Quand dans le sanctuaire, l’encensoir embrasé laisse monter vers le tabernacle et vers la voûte du temple ses nuages d’encens, il représente devant Dieu les coeurs des fidèles qui peut-être sont froids, sans adoration, sans louanges, sans prières ; et cette fumée odorante, vivifiée par le ministère et l’intention de l’Eglise, plaît à Dieu, satisfait ses perfections, supplée à la pauvreté religieuse des assistants. Le coeur du religieux est un encensoir vivant d’où s’échappe à tout instant l’encens de la prière ; il prie, il adore, il aime, pour lui-même sans doute, mais aussi pour ses parents trop peu fervents peut-être, pour ses frères et soeurs, trop peu chrétiens, pour ses amis et connaissances, e pour tous ceux qui ne prient pas asses. Il obtient aux pécheurs leur conversion, aux mourants la paix de Dieu, aux
auvres la résignation, aux malades la pe, à sa Famille mille bénédictions spirituelles et temporelles. Que de pères, que de mères nous verrons dans le ciel, qui auront dû leur salut aux ‘prières d’un de leurs enfants voué à Dieu dans la vie religieuse.
La société toute entière, les nations, les cités reçoivent de la miséricorde divine les grâces, les dons les plus magnifiqu:s, qu’elles doivent souvent, sans s’en douter, aux prières des religieux, des religieuses.
Qu'on lise l’histore de la sainte compagne et amie de Sainte-Thérèse, Anne de Saint-Barthélemy, morte à Anvers, où elle passa les dernières années de sa vie,
et l’on verra que cette sainte carmélite sauva deux fois cette ville de la ruine par ses prières.
La flotte française voguait vers la Terre-Sainte, emportant pour la glorieuse expédition d'outre-mer le roi Philippe-Auguste et toute la force de la cavalerie. Une nuit, la tempête l’assaille. Sur la galère royale, l’alarme était vive ; Barons et Chevaliers se
ressaient autour du roi. “ Ne craignez rien, leur dit hilippe, à cette heure on chante matines à Citeaux ; les moines prient pour la France et son roi.”?
Mais c’est la société religieuse, c’est l'Eglise surtout, qui trouve dans la prière des âmes consacrées, des secours merveilleux. Que d'événements favorables à l'Eglise et à son action, se trouveront avoir leur source dans les prières d’un humble religieux, ou d’une phalange de ces âmes choisies dont Dieu a uni les prières et les sacrifices en un faisceau puissant et victorieux.
‘ Ceux qui prient font plus que ceux qui comred ” disait le grand homme d'état, Donoso ortès.
‘“ Voyez, dit le P. Faber, cette pauvre irlandaise qui va, par les rues, en redisant l’Ave Maria ; elle fait lus peut-être pour l’Eglise, que tel membre cathoque de la chambre des Lor. , par des discours éloquents en faveur des droits de cette Mère de nos âmes.
2. Le Travail—Bienfaiteurs de la société et de l’Eglise par leurs puissantes et incessantes intercessions, les religieux le sont encore par les services extérieurs qu’ils rendent, par les labeurs si divers et :i multiples auxquels ils se dévouent.
Apostolat.— Toujours, ils ont été les premiers et les plus nombreux à la grande tâche de l’apostolat et dans les pays chrétiens et parmi les infidèles. Parcourez les villes et les bourgades, visitez tous les con-
tinents et jusqu'aux îles les plus lointaines, et vous trouverez ces hérauts de Dieu, poursuivant au prix de mille souffrances et souvent se leur vie, leur tâche éminemment humanitaire et civilisatrice, en même temps qu’apostolique. Car ramener les chrétiens à une pratique plus sérieuse de l'Evangile, conquérir les infidèles à la vraie foi, c’est avancer la civilistion, c’est donner paix et félicité aux peuples, en même temps que sauver les âmes. Et, chose admirable ; d’humbles femmes, de timides vierges, consacrées à Dieu, se pressent nombreuses et vaillantes sur les pas de ces apôtres, leur prêtant l’aide si efficace de leur dévouement sans bornes.
Les oeuvres de miséricorde.—Leurs oeuvres sont innombrables. Allez dans tous les continents, en Europe, en Afrique, en Amérique, en Asie, en Océanie, vous trouverez les religieux et les religieuses partout à l’oeuvre, enseignant les ignorants, donnant l’éducation aux enfants, à la jeunesse, relevant les âmes tombées et flétries, dirigeant les pas chancelants et soulageant les infirmités des vieillards de nos hos-
ices, veillant les malades, soignant les blessés dans es hôpitaux et jusque sur les champs de bataille, donnant des soins dévoués aux malheureux privés de leur raison, servant de mères aux orphelins, visitant le pe en sa chaumière, rendant service aux ouvriers
e nos usines. Leur dévouement, sous le souffle de l’Esprit-Saint, les a poussés partout, et nulle part il n’est une misère vers laquelle nè se penche leur cneur, et à laquelle leurs mains habiles et infatigables, ne portent secours.
Oui, on doit le dire : Ils sont, en général, les âmes les mieux trempées, les plus actives, les plus utiles qu’il v ait au monde.
Jeunes chrétiens, jeunes chrétiennes, si Dieu vous appelle, soyez fiers et heureux de votre belle vocation. Méprisant tout ce qui est du monde, marchez à travers
tous les obstacles et hâtez-vous de vous dévouer aux grandes oeuvres que ] "Eglise attend de vous.
3. L’Expiation.—1. Ceux qui croient en Dieu savent que le péché existe, le péché, offense de la Souveraine Majesté ; ils savent aussi et ils admettent que le péché appelle l’expiation ; c’est une loi divine imposée à nos premiers parents coupables ; et, nous, héritiers de leur prévarication, souvent pêcheurs nousmêmes, nous subissons avec eux cette loi inexorable.
2. Cette expiation, la justice de Dieu l’ayant voulue égale à l’offense, elle l’a demandée au Verbe incarné ; et celui-ci l’a accomplie en toutes les oeuvres de sa vie mortelle, spécialement par sa passion et sa mort. La rédemption est l’oeuvre de la grande et divine expiation.
4. Certes, l’expiation n’est point difficile pour le chrétien; iln’a ordinaire qu’à se repentir sincèrement de ses fautes, s’unir à J'ésus- brist, puiser dans le trésor infini des expiations du calvaire par une piété solide et fervente, et
qu'ils sont rares les chrétiens pieux et ne de la main de Dieu, en er de leurs autes, les épreuves de la vie! De là
colères divines, terribles et menaçantes, s
à tout instant en châtiments exemplaires, en fléaux dévastateurs.
5. Mais Dieu est miséricordieux. Pour épargner aux pécheurs, aux familles, à la société les rigueurs redoutables de sa justice, il choisit des âmes d'élite, ou du moins des âmes qu’il rend d'élite, en les mettant à part et en les comblant de ses grâces. T'els furent un Benoît Labre, une Catherine de Sienne, une Catherine Emmerich, une sainte Lutgarde, ete. Il est vrai, toutes les âmes vouées à Dieu dans la vie religieuse n’ont pas à remplir une mission égale à celle que remplirent ici-bas les saints nommés plus haut; cependant toutes, pour peu qu’elles soient fidèles, apportent leur part à cette somme d’expiation que la justice divine exige des hommes prévaricateurs. Le triple renoncement de leurs voeux qui se perpétue pendant vingt, trente, cinquante ans, malgré les tentations et les faiblesses du pauvre coeur humain, leurs austérités, leurs labeurs, leurs larmes, leurs supplications, tout cela subi ou accompli en union avec Notre- Seigneur, satisfait la justice de Dieu et épargne à une multitude de coupables, à bien des familles, à la société entière, de nombreux et terribles châtiments.
Jeunes gens, jeunes filles, qui sentez votre âme inclinée vers la vie religieuse, élevez vos coeurs en haut pour apprécier comme il convient, la carrière sacrée du cloître. Vous devez entrer en religion, si vous y êtes appelés, pour faire la volonté de Dieu, pour glorifier Dieu, pour assurer votre salut et conquérir les palmes de la sainteté ; mais vous devez y entrer aussi pour vos parents et vos frères et soeurs que vous laissez dans le monde, pour ces multitudes qui se pressent, s’agitent et se souillent dans les basses vallées du siècle, pendant que vous dressez vos tentes sur les sommets radieux de l'Evangile. Vous devez pour tous ces pécheurs, devenir victimes de pénitence et d’expiation.