II. Le Témoignage
St-Augustin. ‘ La prédestination renferme et suppose l’union de trois grâces, desquelles le salut dépend : celle du baptême qui la commence ; celle de la vocation qui la continue ; celle de la persévérance qui l’achève.”?
Ce sont là comme trois anneaux qui forment cette chaîne mystérieuse : et la vocation étant celui du milieu lie tellement les deux autres, que sans elle on ne peut se prévaloir du premier, ni se promettre le dernier, parce que, communément, Dieu joint les grâces qui doivent suivre le ba tême, et procurer la persévérance à celle de la vocation.
St-Grégoire de Naziance dit ‘ que la vocation manquée, toute la vie l’est également.’
St-Vincent de Paul. ‘Il est très difficile, si non impossible de se sauver dans une place, ou dans un état, où Dieu ne veut pas que l’on soit.”?
8t-Alphonse.—* Dans le monde, dit-il, on ne comprend pas l'importance de la vocation; on re e comme chose indifférente, de vivre dans l’état auquel on est appelé de Dieu ou dans celui que l’on choisit de son propre mouvement. Voilà pourquoi tant de gens se conduisent mal, et finissent par se damner.”?
Louis du Pont.—‘‘ Entre toutes les choses humaines laissées au choix de notre libre volonté, il n’en est aucune qui demande à être traitée avec autant de vigilance que l’affaire de la vocation”. Il faut soigneusement chercher à savoir ce que le ciel veut que nous fassions ici-bas ; il faut entrer dans les voies de la Providence «n embrassant l’état auquel nous sommes appelés, et conformer notre volonté à la volonté divine.”’
Louis de Grenade.—‘: Ce choix est la maîtresse-roue de notre vie spirituelle toute entière.”
Bourdaloue à une jeune personne: ‘‘ Imprimezvous bien dans l’esprit cette de maxime qu’il n'y a rien dont le salut dépende davantage, que de bien choisir l’état où l’on doit vivre. Combien Dieu a-t-il de reprouvés dans l’enfer qui seraient maintenant des saints, s'ils avaient embrassé, par exemple, l’état religieux ? It combien y a-t-il de saints dans le ciel, qui seraient éternellement réprouvés s'ils avaient véeu dans le monde ?
Voilà ce qui s’appelle le secret de la prédestination, lequel roule principalement sur le choix de l’état de vie.”
Emmanuel de la Croix : ‘ De tous les moyen: de sauver son âme, le plus grand, le plus infaillible, c’est le choix d’un état : car la conduite de la vie dépend presque toujours de l’état qu’on embrasse. ”?
Timon-David. ‘ De votre vie vous n’en rencontrerez jamais de si grave. L'issue des affaires de
ce monde peut être mauvaise, mais n’est jamais
ble. Vous pouvez guérir d’une maladie re’aire une fortune compromise, réparer votre honneur perdu, que sais-je ? Toutes les peines de la vie À ses avoir une compensation ; d’ailleurs elles passent ; mais que dire d’un état defnitif embrassé trop légèrement ? Qui rompra ces voeux de religion que vous regrettez d’avoir faits ? Qui vous enlèvera ce caractère sacré et indélibile du sacerdoce ? qui déliera ce mariage contracté trop légèrement 9”?
Mgr Malou. ‘ Il est certain que la conduite nne ou ma .yaise des hommes, dépend presque toujours de l’état qu’ils ont embrassé. Si cet état est celui qui leur a été assigné par la Providence, comme le mieux approprié à leur caractère, à leurs forces, et même à leurs faiblesses, on PE dire, en général, qu'ils se vonduiront bien. ils embrassent, au contraire, par entraînement, ne passion, ou par irréflexion un état a co ieu ne les appelle point ou qu’il leur interdit, leur conduite sera repréhensible, mauvaise. Un Jeune homme appelé au sacerdoce ou au cloître ne se sauvera pas dans la vie. du monde ; un autre, appelé à la vie du monde, se perdra s’il s'engage dans le cloître ou dans le sacerdoce. En fait de vocation à un état de vie, on ne se trompe point impunément.”’
Terminons par ces graves paroles de Lessius : ‘ Dans une affaire de cette nature, dit Lessius, d’où dépend—en grande partie—la félicité ou le malheur éternel, rien de plus salutaire qu’un choix prudent, rien de plus dangereux qu’une résolution téméraire. Et né Sean voyez la folie et la présomption des hommes! Ii n’est rien que l’on traïte avec autant de légèreté : la piupart se demandent, non pas ce qu'il y
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a de plus salutaire, mais ce qui procurera le plus sûrement la richesse, les honneurs, les plaisirs, en un mot, quelques jouissances temporelles. Ne dirait-on pas que l'affaire du salut n’est qu’un vain rêve, ou bien qu’elle arrivera à bon terme à notre insu et sans aucun soin de notre part ? C’est là un triste égarement de l'esprit, une source de nombreuses fautes. La moindre erreur dans les principes des sciences, d’où l’on déduit tout un corps de doctrine, va s’augmentant de conséquence en conséquence : dans la vie morale, le mauvais choix d’un état, donnant le point de départ de tout le reste de notre vie, étend aussi peu à peu sa fâcheuse influence sur nos actions, entraîne beaucoup de désordres et souvent même la perte éternelle, De là on peut voir combien il importe de recourir à un examen sérieux avant d’embrasser un état de vie quel qu’il soit.”?
Tout homme, est obligé de faire un bon choix, mais cette obligation est encore plus indispensable pour celui qui reçu de Dieu de plus grands dons de nature et de grâce. Plus Dieu accorde à l’homme des moyens pour parvenir à sa fin, plus l’homme est obligé d’y employer tous ses efforts. Le serviteur qui a reçu cinq talents doit gagner beaucoup plus que celui auquel on en a donné qu’un : on demandera aucoup à celui qui aura beaucoup reçu! La contrée plus favorisée du soleil doit produire plus de fleurs et de fruits. Ainsi, le bon sens, un esprit pénétrant, une heureuse mémoire, un jugement sain, de grands talents obligent à la reconnaissance envers celui de qui on les tient—mais on doit surtout correspondre très fidèlement à certaines faveurs extraordinaires de grâce surnaturelle, quand on en a été prévenu. Ce serait donc un grand mal que d’employer à des futilités des talents que Dieu nous a départis avec libéralité pour en faire de nobles usages.
—VI. Principal obstacle à un bon choix : L'oubli de Dieu dans la Jeunesse.
I. Il en est dont la conduite est criminelle et vicieuse. Ils sont esclaves d’habitudes coupables : c’est la négligence ordinaire de la messe ou des sacrements : c’est la boisson, c’est le blasphème, ce sont surtout les fautes de toutes sortes contre la pureté, les fréquentations coupables, les mauvais plaisirs. Dans ces circonstances :
n ne s'occupe guère de sa vocation. Quand on viole habituellement et sans remords les commandements de Dieu en matière grave, on ne s’inquiète guère de la volonté d’en haut au sujet de la vocation.