C. — Herpès
L’herpès de l’oreille n’est pas très fréquent. Je l’ai vu en maintes occasions se développer à la suite d’une fièvre éphémère, concurremment avec un herpès labial, et une fois consécutivement à un herpès pharyngien. Il P eut être symptomatique d’une névrite : il occupe alors la face interne du pavillon lorsqu’il est lié à une névrite du grand nerf auriculaire (3 e branche cervicale) et sa face
postérieure si la névrite a son siège sur le nerf auriculotemporal (trijumeau).
Assez douloureux au moment de son apparition, l’herpès auriculaire disparaît, en général, au bout de quelques jours. Il n’exige comme traitement local qu’une application de poudre d’amidon, pour soustraire les parties malades au contact irritant de l’air.
D. — Eczéma.
Genèse et étiologie. — L’eczéma se développe primitivement sur le pavillon de l’oreille, ou bien succède à une affection analogue de la face ou du cuir chevelu. L’éruption occupe une partie ou la totalité de l’auricule, et se propage quelquefois au conduit auditif ainsi qu’à la membrane du tympan. L’angle d’insertion du pavillon en est le siège le plus ordinaire ; mais, il n’est pas rare de la rencontrer au méat, au lobule et dans la fosse naviculaire. Généralement les deux oreilles sont envahies, et en des points symétriques.
L’eczéma se montre d’emblée ou à la suite d’une irritation produite par un vésicatoire, une otorrhée, des boucles d’oreilles ; il est aigu ou chronique. Les enfants et les adolescents en sont plus souvent atteints que les vieillards. Les jeunes filles au moment de la puberté et les femmes à l’époque de la ménopause y sont spécialement prédisposées.
L’eczéma aigu, qu’on observe surtout au printemps, peut se développer chez des sujets sains d’ailleurs, mais il est lié le plus souvent à un état constitutionnel, tel que la scrofulose, la chlorose, l’herpétisme et l’arthri- Lêvi. 5
74 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, tisme. Il se développe chez certains malades d’une façon périodique, au retour du printemps; j’ai observé pendant plusieurs années deux jeunes gens qui, depuis j leur enfance, étaient atteints, vers les premiers jours de mai, d’un eczéma des pavillons et de la région sourcilière. ,
Symptômes. — L’eczéma du pavillon se présente avec les mêmes caractères que celui des autres régions du corps. La peau est rouge et tuméfiée; elle est couverte de vésicules qui laissent échapper un liquide roussâtre, ou de croûtes provenant de sa dessiccation. Dans certains cas, le derme est mis à nu, et l’on rencontre des gerçures, principalement à l’angle d’insertion de l’auricule, avec un engorgement des ganglions; d’autres fois on observe une exfoliation épidermique abondante.
Les malades se plaignent d’une sensation de brûlure et de tension, qui est bientôt suivie de démangeaisons pénibles. L’éruption, à peine douloureuse, est rarement accompagnée d’un mouvement fébrile.
L’audition n’est diminuée que si l’affection envahit les parois du conduit auditif et la membrane du tympan.
A la dysécée s’ajoutent presque toujours des bourdonnements ou des battements dans l’oreille.
L’eczéma chronique se présente avec les mêmes caractères que l’eczéma aigu ; il n’en diffère que par la durée et la plus grande intensité de quelques symptômes : la peau s’épaissit ; les saillies et les dépressions s’effacent plus ou moins complètement ; le pavillon prend une forme disgracieuse. Les démangeaisons deviennent souvent intolérables et sont suivies, lorsque le malade se gratte, d’une douleur cuisante.
Pronostic. — L’eczéma aigu du pavillon peut disparaître en quelques jours, mais il n’est pas rare de le voir récidiver et passer à l’état chronique, notamment chez les sujets scrofuleux, chez les arthritiques et chez les femmes à l’époque de la ménopause.
La suppression brusque d’un eczéma chronique est souvent suivie d’une surdité grave, avec bruits subjectifs intolérables.
Traitement. — Dans les cas légers, l’eczéma aigu de l’oreille guérit rapidement sans aucun traitement. Si l’éruption est un peu douloureuse, si elle s’accompagne de démangeaisons, on couvrira le pavillon avec de la poudre de riz ou d’amidon, pour le soustraire au contact de l’air; un badigeonnage avec de l’huile phéniquée au ou du glycérolé d’amidon, produit également un excellent résultat. On appliquera pendant 24 ou 48 heures des cataplasmes de fécule de pomme de terre ou des compresses d’eau de sureau tiède sur les parties malades, lorsque la peau sera tendue ou couverte de croûtes, et une solution astringente , aussitôt que les phénomènes inflammatoires auront cédé :
Sous-acétate de plomb.
Eau de roses.
Sulfate de zinc.
Eau de plantain.
Tannin.
Eau.
Borax .
Eau.
1 à 2 grammes.
0,30 à 0,50 centigr.
100 grammes.
La guérison se complétera par l’usage d’une pommade au précipité blanc (1 sur 50).
Dans l’eczéma chronique, les croûtes seront enlevées après avoir été ramollies au moyen de cataplasmes ou d’un peu d’huile d’amandes douces, et l’on cautérisera les surfaces malades tous les quatre jours avec une solution de nitrate d’argent au ^ ou au -fa. Dans l’intervalle des cautérisations, on badigeonnera le pavillon deux fois par jour avec une pommade au précipité jaune ou au précipité blanc (0 Br ,l àO gr ,2 sur 10 grammes de vaseline).
La guérison peut s’obtenir aussi sans cautérisation, mais elle se fait attendre plus longtemps, par l’emploi d’une des pommades suivantes, qui ont en outre la propriété de calmer les démangeaisons si pénibles pour les malades.
Précipité blanc.__
0,50 centigr. .
Acide borique.
Cold cream..
.... 10,00 grammes.
Acide phénique.
Glycérine q. s.
.... 0,25 à 0,50 centigr.
Cold cream.
15,00 grammes.
Oxyde de zinc.
Vaseline.
A la période de desquamation, on fera deux fois par jour un badigeonnage avec une pommade à l’huile de cade (2 à 4 grammes pour 6 grammes de vaseline).
Dans les cas rebelles, avec tuméfaction douloureuse, les douches froides en pluie, 2 à 3 par jour, sont quelquefois employées avec succès.
Un traitement général, antiherpétique, antiscrofuleux
ou antiarthritique, suivant l’état constitutionnel du malade, hâtera la guérison et préviendra les récidives.
E. — Périchondrite.
La périchondrite est une affection rare : elle se manifeste par l’apparition à la surface antérieure du pavillon d’une tumeur rouge, lisse, douloureuse, qui augmente rapidement de volume et obstrue*quelquefois le conduit auditif. Cette tumeur, chaude au toucher et fluctuante, laisse échapper, lorsqu’on l’incise, un liquide jaunâtre, visqueux, rarement du sang ou du pus. Le cartilage est dénudé dans une étendue plus ou moins considérable, et les tissus voisins de la dénudation sont fortement engorgés.
On n’a pas souvent occasion d’observer l’inflammation à son début; si l’on était appelé à cette période de la maladie, il y aurait lieu d’appliquer un traitement antiphlogistique. L’incision de la tumeur est indiquée aussitôt que l’exsudât est formé.
La guérison est possible sans opération, mais la résorption se fait lentement et l’affection se prolonge pendant plusieurs mois. La cicatrisation très longue à obtenir aussi après l’intervention chirurgicale amène toujours une déformation fort disgracieuse du pavillon.
§ V. — Tumeurs du pavillon.
Des tumeurs de toute nature peuvent se développer sur le pavillon de l’oreille ; on a observé et décrit : 1° Des tumeurs sanguines (othématomes); 2° des tumeurs fibreuses ; 3° des tumeurs érectiles ; 4° de6 cancers; 5° des tumeurs crétacées.
A. — Otuématome.
Genèse et étiologie. — L’othématome ou hématocèle du pavillon est une tumeur sanguine ou séro-sanguine qu’on rencontre fréquemment chez les aliénés paralytiques, plus souvent chez les hommes que chez les femmes. On en a observé aussi un assez grand nombre de cas chez des lutteurs, des boxeurs et chez des enfants.
Quelques auteurs admettent que l’épanchement sanguin est toujours le résultat d’une violence extérieure souvent répétée; d’autres soutiennent que chez les aliénés il est dû aux troubles de la circulation de la tête, à des altérations de structure du périchondre qui se détache du cartilage sous-jacent, à une augmentation de la vascularisation de l’auricule et à un ramollissement du cartilage.
Cette opinion semble confirmée par les expériences de Brown-Sequard (communication à l’Académie des sciences, mars 1869), d’après lesquelles des lésions des corps restiformes donnent lieu à des hémorrhagies et quelquefois à la gangrène des pavillons.
Symptômes. — L’hématome siège le plus ordinairement à l’oreille gauche, dans l’espace compris entre l’hélix et l’anthélix, ou dans la cavité de la conque. On le rencontre rarement à droite ou sur les deux oreilles à la fois.
La tumeur, plus ou moins volumineuse, rouge ou bleuâtre, luisante, est souvent chaude au toucher et un peu douloureuse ; elle présente toujours une fluc-
tuation manifeste au centre et quelquefois une légère crépitation. Lorsqu’on l’incise on trouve, de dehors en dedans : la peau, le périchondre décollé, une sérosité visqueuse, sanguinolente, inodore, du sang caillé, et enfin la surface externe du cartilage plus ou moins ramolli. Parfois les produits épanchés se résorbent et l’hématome disparaît sans laisser de trace; mais si le cartilage est altéré, il est rare que le pavillon ne se déforme pas ; Toynbee a même observé, dans un cas de résorption rapide, une ossification du pavillon.
Traitement. — Des compresses résolutives suffisent pour amener la guérison, lorsque la tumeur est récente et de faible volume ; mais si l’épanchement est considérable il faut vider la poche. Au début, quand le sang est encore fluide, on fera une ponction aspiratrice et on appliquera un bandage compressif. Si la tumeur est ancienne, on l’incisera et on pansera à plat. On peut essayer aussi le massage, dont Meyer, de Copenhague, a obtenu de bons résultats chez deux malades.
B. — Tumeurs érectiles.
Les tumeurs érectiles se rencontrent au pavillon de l’oreille, sous forme de tumeurs veineuses ou sous forme de tumeurs artérielles.
Les tumeurs veineuses sont plus ou moins étendues et se présentent à l’état de taches bleuâtres, livides, d’un aspect repoussant, que les malades sont généralement condamnés à conserver toute leur vie. Chez les su .jets jeunes, et lorsque les taches ont une surface res-
80 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, treinte, on emploiera les moyens usités .contre les tumeurs érectiles en général.
Les tumeurs érectiles artérielles occupent une partie ou la totalité du pavillon : L’auricule, augmenté de volume, prend une coloration rougeâtre. La dilatation vasculaire s’étend quelquefois jusqu’au crâne. Ces tumeurs peuvent donner lieu à des hémorrhagies inquiétantes, qui réclament l’intervention du chirurgien, et que, en général, la ligature des artères auriculaires suffit à flétrir. En cas d’insuccès, la ligature de la carotide est indiquée.